CHAPITRE II
Mercredi f^ mars.
(Temp. max. 25«, min. 20«.)
A six heures et demie nous quittions Tû-Nac (740 mètres d'altitude)» nous élevant au-dessus d'une nouvelle chaîne de montagnes. A l'altitude de 1000 mètres, nous pûmes constater des traces d'éléphants à travers la forêt, en faisant route vers Nuoc-Mao, gros village signalé comme un des points de contact de notre itinéraire avec celui du capitaine Garnier, que nous quittions définitivement à Vien-Sin. Tout en approchant, les traces des animaux parurent plus fraîches, et nous butâmes dans un piège que fort heureusement nous aperçûmes à temps. C'était une immense pièce de bois pointue, très lourde, soutenue par des lianes et placée au-dessus du chemin, à six ou sept mètres dans les branches des arbres : tout autour des piquets aigus pour obliger le pachyderme à passer sur le chemin. C'est avec précaution qu'il fallut avancer pour ne pas faire partir le piège. Plus loin était un mirador supportant une pièce semblable. Au passage de la bande, quelque indigène caché dans les arbres laissait tomber ce pieu sur le dos du passant, causant ainsi une blessure profonde et le plus souvent mortelle.
Nous n'avions pas traversé la zone dangereuse
des pièges sans accident : nos chiens imprévoyants dans la torét payèrent cher leur désobéissance. Black revint avec une patte et la tête meurtries. La pénétration des engins est telle que la patte de la pauvre bête était entièrement transpercée. Les piquets préparés pour la chasse ne contenaient aucun poison, Fort heureusement ; grâce à des soins, elle put se remettre en quelques jours.
Nous étions par 1,100 mètres d'altitude; Nuoc- Hao est riche et peuplé; on n'y cultive pas la cannelle, mais le riz, la citrouille, la patate, le manioc et la canne à sucre viennent facilement dans cette terre fertile, négligée pour ainsi dire de la population.
Arrivés vers le milieu du jour, je pus explorer
lesenvirons. J'avais remarqué des cases très petites ,
^ssimulées à quelque cent mètres des maisons,
jaDS les buissons environnants. Sous prétexte de
cbasse j'arrivai h l'une d'elles et pus constater,
sans étonnement, que là s'entassaient les
Ites, fort bien classées et rangées en bon
ins quel but ces greniers sont-ils hors de vue ■ propriétaire? La seule explication plausible que ces peuples n'ont à craindre que le vol lin armée ou l'incendie : de là, cette habitude I ^ leurs richesses éloignées des habitations. | jjprobable que le vol pratiqué avec tant d'ha- i