‹ Au paya MoíChapitre 51 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

main des porteurs en état de nous accompagner. Des porteurs 1 Nous en aurions, c'était trop juste, dix, vingt, cent, autant que nous le voudrions; les chefs auraient promis la lune; leur enthousiasme me rappelait certains candidats en tournée électorale. Malgré ces bonnes dispositions, nous entrâmes dans le village, sans grande sécurité pour le départ du lendemain. On sortit de la case centrale quantité de tambourins et de pipeaux; nous venions là en trouble-fôte et prîmes un peu pitié de ces malheureux dont les dispositions à notre égard devenaient de plus en plus sympathiques. A peine installés nous assistions, non sans nous tenir les côtes, à un spectacle des plus comiques. Le grand chef, fier de son triomphe diplomatique qui avait évité à son peuple une guerre désastreuse, voulut nous faire la largesse d'un porc. Mais il fallut le prendre et ses hommes n'étant pas très adroits, ce fut pendant une demi-heure une course échevelée de tout le village, une chasse à courre indescriptible qui n'affirmait pas précisément la supériorité de l'homme sur la béte.

A leur politesse nous répondîmes par une distribution de bracelets en fil de laiton, et interdîmes rigoureusement à nos amis toute autre manifestation de tendresse, désireux que nous étions de passer une nuit tranquille.

Tout rentra dans le calme et la seule ani-

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matîon provenait des deux malheureux buffles ligotés au pied du mât de sacrifice, cherchant vainement à briser leurs liens. Je voulus avoir quelque explication sur les faits qui s'étaient produits et questionnai longuement l'interprète. Nous venions d'assister à un trait de mœurs des populations isolées de la montagne d'Annam, qui vaut la peine d'être signalé.

Si deux années de bonne récolte se suivent sans être pillée par aucun voisin, on décide de consommer cette abondance de produits en une série de festins. Les villages, soumis à des chefs féodaux, vivent en état de communisme, et toutes les maisons indistinctement prennent part à ces fêtes. On boit, on mange jusqu'à ce que le superflu des provisions soit épuisé. La fête dure parfois un mois et augmente généralement la mortalité de la population. Souvent aussi les voisins en profitent pour voler ces gens trop opulents faisant parade de leur luxe . L'opération doit être facile, à en juger par notre arrivée intempestive et Taffolement qui s'en suivit. Tel était le village de Man-Ré que notre venue venait troubler dans ses légitimes agapes. Cette manière curieuse de comprendre le plaisir est la conséquence naturelle du manque de débouchés pour les productions du pays. Que d'années ne faudrat-il pas pour faire comprendre à ce peuple Tinté-

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