Fr.rdérick
de Londres, et peut-être à la demande de Chateaubriand ou du moins sur la foi du tendre intérêt qu'il lui avait de nouveau témoigné. Mais les événements n'avaient pas travaillé pour elle comme pour Mathilda. L' « autre femme » n'était pas morte, et lui, il était ministre, n'ayant d'yeux, d'oreilles, de pensée ni de sentiment que pour la guerre d'Espagne, « sa guerre », Elle tombait bien, la trop crédule voyageuse de Bungay ! Elle fut vraisemblablement reçue et congédiée à la va-vite, un peu comme une parente de province.
Lui-même en fait l'aveu :
Par une de ces misères inexplicables de I homme, préoccupé que j'étais d'une guerre d'où dépendait le sort de la monarchie française, quelque chose sans doute aura manqué à ma voix*.
Oui, ni l'accent ni Tâme n"}»^ étaient plus. Charlotte comprit et se retira, le cœur pîus navré peutêtre qu'au lendemain du premier abandon. Avant de regagner l'Angleterre, pour s'y ensevelir à jamais dans le linceul du passé, nous savons par l'auteur des Mémoires qu'elle « lui laissa une lettre où elle se montrait blessée de la froideur de sa réception >. Et il ajoute :
Je n'ai osé ni lui écrire, ni lui renvoyer des frag-
J. Mém. d'O.T., t. IV, p. 282. — Nous savons, par un livre récent de M. Léon Séché, qu'à côté de cette préoccupation il en avait d'autres, auxquelles l'amour n'était pas étranger.
ments littéraires qu'elle m'avait rendus et que j'avais promis de lui remettre augmentés'.
A quinze ans de là, comme elle était presque aux portes de la mort, nous avons vu qu'il eut une dernière fois de ses nouvelles, par son fils. Et ce fut tout.
Ce fut tout, je veux dire qu'il n'entendit plus parler d'elle; mais il ne semble pas qu'elle soit jamais complètement sortie de sa pensée. Quatre années avant sa fin, alors qu'il appliquait ses forces défaillantes à rédiger pour sa pénitence le pensum, d'ailleurs plein de traits admirables, qui s'appelle la Vie de Rancé, le nom de Charlotte se présentait encore sous sa plumet Le souvenir de cet unique amour de sa jeunesse plana jusque sur son déclin, u douce lueur du passé, rose pâle du crépuscule qui borde la nuil' >>. -
Et il continue, il continuera de planer sur son œuvre. Tant que durera cette œuvre, la « fille du pays de Desdémone et de Juliette » qui, sous des
1. Mém. d'O.-T.^t. lY, p. 282. — Il dit encore (p. 282-283) ; « S'il était vrai qu'elle eût eu une raison vérit :ble de se plaindre, je jetterais au feu ce que j'ai raconté de mon premier séjour outre-mer... Le désir de brûler ce qui regarde Charlotte, bien qu'elle soit traitée avec un respect religieux, se mêle chez moi à l'envie de détruire ces Mémoires ».