Quelques associations littéraii'cs d'Est Anglie
pas apprécié seulement les mérites du professeur, mais aussi le commerce de l'homme; d'autre part, il était amplement fixé sur l'état toujours précaire de ses finances : pourquoi ne se serait-il pas employé à lui ouvrir, en quelque sorte, un nouveau débouché dans la ville où il avait transporté ses pénates et dont il était présentement un des citoyens les plus considérables?
Depuis de longues années déjà, Bungay possédait une grammar school florissante, qui se glorifiait d'avoir compté le poète Grabbe au nombre de ses élèves. 11 y avait là les éléments d'une classe pour Chateaubriand.
Il est permis de supposer qu'un beau matin, comme il était de passage à Bungay pour une de ses teaching expéditions, j\I. Brightley lui tint à peu près ce discours : « J'ai causé de vous avec mon collègue dhier, le directeur de la grammar school : il se croit en mesure de vous garantir une douzaine de disciples; arrangez-vous pour trouver une pièce où les réunir. » Simple conjecture, sans doute, mais qui n'a rien que de très vraisemblable. Et Chateaubriand louait la chambre en question, — « à laquelle, dit William A. Dutt, son nom reste désormais atlaché », — au second étage de la vieille maison de Bridge Street dont les Ives occupaient les autres pièces.
S'il se décida pour ce logement, ce fut, j'imagine, à l'instigation des Ives qui, peut-être, le lui concédèrent à titre gracieux.
En tout cas, le voici comme mêlé à leur vie. Il
est de la maison, presque de la famille. Déjà, du temps qu'il n'y paraissait encore qu'en donneur de leçons, il note avec gratitude qu'il y était « mieux reçu que partout ailleurs »'. Maintenant, les rencontres sont plus fréquentes et moins brèves; on se croise dans la cour, dans l'escalier; on se rend mille menus services réciproques; on échange, à tout propos, de ces riens qui finissent par tisser des fils imperceptibles entre les âmes. Le plus souvent, après sa journée de labeur, le jeune maître, au lieu de rentrer à Beccles, sous la tombée hâtive du crépuscule d'octobre ou de novembre, préfère passer la nuit dans son pied-à-terre de Bungay. Les Ives, qui le savent seul là-haut, se disent : « Si nous Tinvitions à dîner avec nous, sans façon?... » 11 ne se fait prier que juste le nécessaire. Au fond, il est ravi d'accepter. Sa sauvagerie ne se hérisse que chez les « grands ». Les Ives sont des gens bien nés, d'aisance large, ayant toute la respectabilité de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent : ce ne sont pas des grands. Us mènent une existence copieuse, mais sans faste ; ils ne visent ni à l'étalage ni au fracas. Loin de se sentir dépaysé dans leurs habitudes, l'exilé respire à leur foyer quelque chose de l'atmosphère dont s'égayait le château paternel, aux rares jours où l'on y traitait des gentilshommes de passage, ' « le marquis de Montlouet, le comte de Goyon- Beaufort », allant plaider au parlement de Bre-i