Mém d'0.-T.,t. II, p. 13i
3. Cf. ibid.^t. II, p. 146 : « Je dois regarder le sentiment que je viens de rappeler comme le premier de cette espèce entré dans mon cœur ».
Il semble, en effet, que sa passion pour Charlotte ait été quelque chose d'unique dans sa vie, comme les circonstances qui la firent éclore. Songeons qu'il marchait à ses vingt-huit ans, que son passé comptait peu de joies, que son présent ne comptait guère que des tristesses. Il était proscrit, il était pauvre, il était malade, il était seul. « L'exilé partout est seul », prononcera son grand compatriote malouin*. Il était voué, lui, par tempérament, à Têtre plus que personne. Abandonné des siens, perdu « dans l'étranger », jamais il n'avait plus senti le besoin de se raccrocher à une sympathie, à une affection. Le temps était loin où les sylphides et les démones des bois de Combourg, fantômes de son imagination enfiévrée, suffisaient à tromper les exigences de son cœur. Aujourd'hui, dans son dénuement moral, compliqué de misère matérielle, son ardente sensibilité avait faim d'un aliment qui ne fût pas un leurre. Il ne pouvait manquer de se jeter avidement sur le premier qui lui serait offert. Il vit que Charlotte était jeune, qu'elle était belle, qu'elle était digne de le comprendre, — et ne se souvint pas, ne voulut pas se souvenir d'autre chose. « Il est difficile, — écrit-il à ce propos^ — il est difficile d'aimer avec toutes les conditions de bonheur, jeunesse, beauté, temps opportun, harmonie de cœur, de goût, de caractère, de grâces et d'années ». Pour une fois en son existence que