CHAPITRE IX
Coutumier paroissial. — Dernier mot.
Les coutumes locales furent dans les siècles écoulés l'objet d'une ardente vénération : on invoquait la coutume comme nous invoquons la loi. Bien dignes aussi de notre filial respect les traditions de la paroisse. Il faudrait souvent, pour en découvrir l'origine, remonter bien haut dans les âges chrétiens. Plusieurs de ces usages jaillirent de la foi du moyen âge ; les générations les ont reçus, observés, transmis comme une chose sainte, où revivait à la fois le souvenir des ancêtres et une expression vivante du christianisme. Nous avons vu de nos jours des associations se former afin de préserver de la destruction les anciens monuments, témoins respectables du temps passé. Les traditions paroissiales ne méritent-elles pas que peuples et pasteurs les conservent avec un soin non moins jaloux ? Leur maintien, il faut en convenir, de même que celui de certains monuments lapidaires, n'est pas toujours aisé ; mais qu'il serait plus difficile de les ressusciter !
Fixer ces traditions ; dresser un coutumier qui les précise, contribue à ne pas les laisser périr. Déjà, dans bonnombre de diocèses, les autorités ecclésiastiques convient le clergé à cette noble tâche, dont
l'attrait égale l'utilité. L'Evêché de Tarbes, pour bien marquer qu'il entrait dans cette voie, en formula le vœu dans les Statuts synodaux de 1886, art. 211. « Nous exprimons le désir que l'on conserve, dans la sacristie de chaque paroisse un Registre ou Mémorial où seront consignés : i° les usages religieux ; 2- les événements actuels ; 3* les documents, souvenirs, traditions... » Cette même formule depuis plusieurs années, est régulièrement reproduite dans Yordo diocésain à l'article Monographies paroissiales ; et un ecclésiastique a été préposé, que qualifiaient sa compétence et ses travaux, pour promouvoir ce genre d'études. Ce souci des vieilles traditions n'est pas fait pour nous surprendre ; car si les usages paroissiaux sont nés de la foi chrétienne, la foi chrétienne vit souvent de leur observation.
Les vicissitudes du temps ont détruit ou altéré bien des coutumes paroissiales ; mais les églises sont rares encore aujourd'hui où ne revit pas quelque tradition, commune jadis à toutes les paroisses du diocèse de Bigorre.
Uénédietion des enfants. — Le prêtre les bénit à la messe du Ier janvier. A l'offertoire ils viennent adorer la croix et portent leur obole pour la Sainte- Enfance. La cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement.
Chandeleur. — Le jour de la Purification, après la bénédiction des cierges, chaque personne offre une bougie pour le service de l'église pendant l'année.
iilorulioit perpétuelle. — Quelques jours avant la fête, la plupart des familles font une offrande pour l'illumination de l'autel et de l'église.
Vendredi sait»*. — Il est d'usage, le matin, qu'on prie à genoux auprès des croix plantées le long des chemins. — Les hommes font individuellement le chemin de la croix. — Pendant l'office, tous les assistants viennent un à un adorer la croix. Tous les hommes passent au sanctuaire pour l'adoration.
Invention de Ste-Croix. — Le prêtre bénit, à la messe, des faisceaux de petites croix, que les habitants plantent ensuite dans leurs diverses propriétés.
Fête de saint Jean-Baptiste. — La veille, bénédiction du brandon. — Le jour de la fête, à la messe, bénédiction des fleurs.
Saint Koelts. — Bénédiction des animaux.
Bénédiction dn Saint-Sacrement. — Désormais chaque dimanche du mois. Depuis cinquante ans, on la donne sur semaine aux principales fêtes solennisées dans l'Ordre des Filles de la Croix : Invention et Exaltation de Sainte-Croix, Saint André, Immaculée-Conception.
Toussaint, — A la fin des Vêpres des Morts, procession au cimetière, où l'on donne l'absoute ; après le chant du Libéra, prières dites répons. — Le lendemain, avant la messe, chant du Ier nocturne de l'office des morts ; adoration de la croix à la messe ; après l'absoute, prières. — Il est d'usage qu'on fait, en nature ou en argent, une offrande pour messes à célébrer.
Premier dimanche «la Carême. — Après les vêpres du jour, vêpres des morts. — Le lendemain, mêmes usages que pour la Commémoration ' des
morts.
Processions. — Chaque Ier dimanche du mois, procession du rosaire autour du cimetière; en cas de mauvais temps, elle se fait dans l'intérieur de l'église ; procession du Saint-Sacrement, le 3me dimanche du mois.
La procession dominicale, de l'Invention à l'Exaltation de Sainte-Croix, se fait, avant la grand-messe, à la croix du cimetière ; et, à la croix Pipot, aux fêtes de l'Ascension, de la Pentecôte, de l'Assomption.
Procession des Rogations : Ier jour au Cassoulet ; 2me jour, à la Laquette ; 3me jour, autour du village ; — le jour de Saint-Marc, procession autour du village ; — le jour de l'Assomption, après vêpres, la procession se dirige vers le presbytère, descend le chemin rapide et, sans arriver à la route nationale, revient par la croix Pipot ; — les deux dimanches de la Fête-Dieu, procession au sommet de la côte.
Funérailles Avant midi, chant du Ier nocturne,
alors même qu'on célèbre la messe ; après midi, chant des vêpres.
Services funèbres à la suite des décès. — 1° messe d'enterrement ; 2° messe du 2e jour ; 3° messe de neuvaine ; 4° messe du bout de mois ; 5° messe d'anniversaire. A chaque service funèbre : adoration de la croix, prières.
Prières, dites répons. — i° Au cimetière, après l'enterrement ; 2° après chaque service funèbre devant la table de communion ; 30 et enfin chaque dimanche après la grand-messe. Il est d'usage qu'on fait ces prières : pour un père et une mère, au moins deux ans, et une année au moins pour les autres membres de la famille.
Défunts du rosaire. — Après le décès d'un membre, la confrérie fait célébrer une messe annoncée le dimanche au prône. — Le lendemain de la fête du Rosaire, messe chantée pour tous les membres défunts de la confrérie.
Récitation du cliapcict. — Il est d'usage qu'on le récite chaque dimanche après l'office de vêpres.
B'ain bénit. — Les familles le fournissent à tour de rôle. La personne chargée de l'offrir, le présente à la sainte table au moment de l'offertoire et adore la croix. — Ensuite adoration de la croix par les familles en deuil.
N.-B. — Les usages relatifs aux legs particuliers, aux confréries sont consignés dans le coutumier conservé à la sacristie.
C'est un principe chaque jour vérifié par les données de l'histoire, que la pratique de la morale chrétienne concourt à la grandeur des peuples, comme à leur décadence le retour aux mœurs du paganisme. La paroisse d'Ozon semble confirmer une fois de plus cet axiome de vitalité sociale. Du chiffre de
huit cent cinquante-trois habitants où elle s'élevait en ses jours de prospérité religieuse, la voilà descendue en moins de trente années au chiffre maximum de cinq cents. Faut-il, pour une part, attribuer à la violation des lois divines ce mouvement de dépopulation ?
Quoi qu'il en soit, nous venons d'indiquer le grand secret du relèvement des peuples. L'auteur de YEsprit des lois, Montesquieu, a écrit de l'ancienne Rome qu'ayant établi des lois pour s'élever à la grandeur, elle n'en découvrit point pour s'y maintenir.
Nos populations chrétiennes, instruites aux leçons du catéchisme, ne sauraient invoquer cette excuse d'ignorance. Fortes et prospères par la vertu ou dégénérées par le vice, elles savent que toute prospérité durable, dans les bourgs comme dans les cités, résulte de la fidélité à Celui qui se proclame « la Voie et la Vérité et la Vie ». Joan., xiv, 6.