‹ Au pays de l'ombreChapitre 22 sur 71 · LA TABLE TRAHIT SES SECRETS · texte numérisé non relu

LA TABLE TRAHIT SES SECRETS

lever et du coucher du soleil, le prix du lié, enfin tout ce qui nous vint à l’esprit.

Sauf quelques-unes de correctes, les réponses furent, je crois, très peu satisfaisantes. A la fin, ayant épuisé notre stock d’enquêtes, nous nous demandions l’un à l’autre : « Quelle question allons-nous maintenant poser à la table ? »

Soudain je dis : « Savez-vous où se trouve mon père, ce soir ? » et la réponse arriva promptement par trois soulèvements distincts de la table : « Oui »

Ml) bien ! cela est étrange à dire, mais personne d’entre nous ne savait où se trouvait mon père à ce moment-là, et nous en attendions avec anxiété des nouvelles. Ma mère souffrait d une douleur interne et avait voyagé de Londres à la ville de Durham, pour consulter un spécialiste. Celui-ci avait jugé une opération nécessaire.

On avait écrit à mon père pour feu informer et le prier de venir donner son avis quant à l’opportunité de celteopération, ma mère ne voulanlpas s’y décider en son absence. Cette lettre ne reçut pas de réponse. Nous en conclûmes qu’il avait été appelé au dehors et n’avait pas reçu la lettre, étant parti après le départ de ma mère. Dans un billet que celle-ci m’écrivait le matin môme, elle me priait de venir la voir le jour suivant, car elle se sentait péniblement impressionnée de ne rien savoir de papa. Ceci pour expliquer ma question à la table et ma surprise à sa réponse

— « Où se trouve-t-il, alors? » fut notre demande suivante..., mais ici se présentait une difficulté. Nos signaux convenus ne répondaient qu’à « oui », à « non », à w je ne sais pas », et aucun de ces mots ne pouvaient convenir à notre question. Quelqu’un s’offrit à répéter l’alphabet, et la table consentit à lever un pied aux lettres qui devaient former le nom de l’endroit qu’elle désirait nommer. Après bon nombre d’erreurs, de répétitions et d’obstacles, nous obtînmes le mot « Swansca. »

— Vous voulez dire qu’il se trouve dans la ville de Swansca, dans le pays de Galles?

— Oui.

— Depuis com bien de temps y est-il ?

(Dix coups). — Cela veut-il dire dix jours?

— Oui.

— Impossible ! Cela ne peut être vrai. Nous savons qu’il était à Londres ces jours derniers.

(Dix coups de nouveau). — fttes-vous bien sùrequc ce sont dix jours?

— Oui.

— Et que fait-il, là?

— Je ne sais pas.

— Est-il dans un hôtel ?

— Non.

— En visite chez quelque ami?

— Non.

— C’est par trop stupide. S’il n’est pas à l’hôtel ni chez un ami, il ne peut être à Swansca.

— Si.

LA TABLE TB A IUT SES SECRETS () j

— Ou donc, alors? Quelqu’un suggéra le mot de

mili.'fin.

— Oui.

- Vous voulez dire qu’il esta bord d’un bateau 9 — Oui.

— Quel bateau? quel en est le nom ?

Ici on recommença à dire l’alpbabet, et, après un moment, nous eûmes le nom de « Lizzie Morton. .> Vous voulez dire qu’il est à bord d’un vaisseau

S™Z é e/ J5 *‘* Mm0n ' Cl <IU ' i ' a ét,: ‘ di * jours à — Oui.

- C’est étrange, fit observer quelqu’un de nous Avez-vous l’idée qu’il peut y dire?

Non, répliquai-je, il était à Londres où il vou !Ut teminei ' 'f lle,, r ,ie s petites affaires avant de rejoindre maman à Durham. Il n'y est pas venu et n’a l>-’«s répondu à ses lettres; mais il lui aurait sûrement écrit s il eut été appelé quelque part ailleurs. Je crois que tout ceci n’a aucun sens, provenant de la table.

-Jais, fit un des hommes présents, on prétend que ce sont les esprits qui font parler les tables.

Est-ce un esprit qui fait parler la table 9

— Oui.

— L’esprit d’un homme ?

— Mon.

— L’esprit d’une femme 9

— Oui.

— Quel est votre nom ?

— Mary K.

C’était le nom de ma grand’mère.

— Êtes-vous ma grand’mère ?

— Oui.

— Avez-vous vu mon père à Swansea?

— Oui.

-- S’y trouve-t-il encore?

— Oui.

Parler de notre surprise, devant le résultat de celte expérience, cela exprimerait à peine nos sentiments. Pour ma part, je me sentais loul à fait stupéfaite, et je me demandais, tout à la fois avec, désir et perplexité, s’il fallait ou non parler à ma mère de ce que nous avions fait. Le lendemain matin, pendant mon voyage à Durham, je me demandais encore si j’en dirais quelque chose à ma mère, et je me décidai finalement à n’en point parler. Tout ceci contenait trop de mystère; j’avais encore le souvenir très net de l’incrédulité qui accueillait les récits au sujet de mes rêves et de mes amis les fantômes, et je reculais à ridée de la défiance que je lirais dans les regards de ma mère, même si elle ne l’exprimait pas par ses paroles.

En arrivant à la maison où elle demeurait, nous eûmes à peine échangé deux phrases qu’elle me dit: « J’ai reçu une lettre de papa, ce matin ; il esta Swansea, et il vient de recevoir mes leflres au sujet de l’opération. »

Je me sentis devenir tour à tour brûlante et glacée, et tonte la chambre sembla tourner autour de moi.

— Ou'y-a-t-il ? demanda ma mère, n’es-tu pas bien ?

Page 1