LETTRES DE VOYAGE
Paris, 30 avril 1891,
Vous VOUS intéressez à mon voyage, M. le Principal \ parce que vous en connaissez le but : visiter en France le lieu de naissance de Mgr de Laval, les principaux endroits oii il a vécu avant de passer au Canada, et compléter mes recherches historiques sur ce grand évêque, en vue d'une seconde édition de ma Vie de
I. M. l'abbé Verreau, Principal de l'Ecole normale Jacques-Cartier, INlontréal. Toutes ces Lettres de voyage lui sont adressées, excepté celles qui ont une suscription spéciale, oia qui ont déjà paru dans la Semaine Religieuse de Québec, ou le Paris-Canada. Ces dernières ne regardent pas, il est vrai, à proprement parler, « le pays de Mgr de Laval» ; je les donne ici, cependant, comme complément de mon voyage. — M. Verreau, à qui sont adressées mes lettres inédites, est décédé le 15 mai 1901.
Mgr de Laval ^ Vous avez hâte d'avoir de mes nouvelles. « Soyez sûr que je vous tiendrai au courant », vous ai-je dit, en vous quittant le 9 avril. Quel plus beau jour pour commencer à vous écrire que l'anniversaire même de la naissance du premier évêque de Québec !
Un mot, tout d'abord, de la traversée.
Des voyages en mer, même sur un paquebot confortable comme la Gascogne^ je crois qu'il faut dire ce que saint François de Sales écrit des champignons : les meilleurs ne valent pas grand'chose. C'est monotone et ennuyeux.
A plus forte raison, lorsque la traversée est orageuse, comme celle que nous avons eue. Fort heureusement, je n'ai pas été malade.
Le 20, au matin, j'étais à Paris. J'ai revu ^ avec un immense plaisir ses beaux monuments, ses parcs et ses jardins publics, ses grands boulevards et ses larges avenues, mais surtout son incomparable promenade des Champs-Elysées, de l'avenue de l'Arc de l'Etoile et du Bois de
1. Cette seconde édition, revue, corrigée et abrégée, a été publiée en 1901, puis suivie d'une troisième édition, dédiée à ^Igr l'archevêque Bégin. qui parut en 1906. La première édition, en deux volumes, dédiée à S. E. le cardinal Tascherean, date de 1890.
2. L'auteur avait déjà passé en Europe dans l'automne de 1883.
Boulogne, probablement la plus longue, la plus délicieuse et la plus agréable du monde entier ^. En deux ou trois jours, j'ai traversé Paris en tous sens.
Du haut de la tour Eiffel, ce^prodige de la mécanique moderne, il est facile aujourd'hui de se faire une juste idée de la position de cette grande capitale : elle est située dans un « bassin » vaste, mais Ipeu profond, qu'entoure une ceinture de collines verdoyantes sur lesquelles reposent les villes de Saint-Germain-en- Laye, de Saint-Cloud, de Meudon, etc ^ Par une échancrure, la Seine, cette Cabir-Coubat ^ de la France, écoule tranquillement ses eaux vers la mer. On assure qu'il n'y a pas plus de cent pieds de niveau entre Paris et le Havre.
Les plus hauts monuments de Paris, le Grand-Opéra, la basilique de Montmartre *, la tour Saint-Jacques, le Panthéon, les Invalides, le Trocadéro, l'Arc de Triomphe de l'Etoile,
1. « Je n'ai jamais rien vu de plus beau ni de plus gai que Paris ...» (La reine Victoria, dans sa Correspondance) .
2. « Les hauteurs qui boident le bassin de Paris. » (Le Correspondant du lo novembre 1896, p. 409.)
3. Nom que les Sauvages du Canada avaient donné à la rivière Saint-Charles, près de Québec, à cause de ses nombreux méandres.