Au pays de Mgr. de Laval, lettres de voyage
« Le v'oyage, a dit quelque part] notre historien Garneau, est bien l'image de la vie, où les hommes font quelques pas ensemble, et se quittent ensuite pour jamais ^ >i
Il y a pourtant un moyen de perpétuer le plaisir et l'utilité d'un voyage : c'est d'en écrire le récit, jour par jour, d'enregistrer fidèlement les choses et les faits qui nous ont frappés, et tels qu'ils nous ont frappés, de photographier, pour ainsi dire, nos impressions personnelles, autrement si fugitives et si mouvantes. Plus tard, rentré chez soi, on parcourt son journal, on lit ses notes, et Ton converse de nouveau avec les personnages que l'on a connus, on revit vraiment dans les lieux que Ton a visités.
I Littérature canadienne, Québec, 1863, p. 208.
« J'ai été par ces beaux chemins, écrit M. de Vogiié, regardant les paysages et les hommes, m'amusant aux idées qu'ils font lever. En parcourant les routes, l'enfant chasse aux papillons, l'homme chasse aux idées ; jolies prises sur l'heure où on les fait ; mais quand on vide sa boîte, le soir, elles ont déjà les ailes pâles et l'insignifiance des choses mortes. N'importe, il faut toujours collectionner ; c'est une passion tranquille, on ne saurait trop l'encourager ^ .»
Pour ma part, je l'ai fait. Ayant eu l'avantage d'aller deux fois en Europe, et de visiter bon nombre de pays, je me suis toujours astreint, chaque soir, à « collectionner » les faits et les impressions de ma journée. Je rapportai ainsi de mon premier voyage yxn Journal assez volumineux, que je revois toujours avec plaisir, et du second, qui remonte déjà, lui aussi, à bon nombre d'années, les Lettres de voyage que je publie aujourd'hui sous le titre : « Au pays de Mgr de Laval. "
Quelques-unes de ces lettres ont déjà paru
I Souvenirs et visions, par Eugène-IMelchiorde Vogiié, de l'Académie française.
dans la Semaine Religieuse de Québec, ou ailleurs. La plupart, cependant, sont tout-àfait inédites ; et le fait qu'elles sont restées dix-huit années entières dans « ma boîte », prouve bien que, dans ma pensée, elles n'étaient point destinées à la publication. Mais comme elles regardent, la plupart, du moins, le « pays de Mgr de Laval », qui avait été le but spécial de mon voyage, on a fini par me convaincre que je devais les mettre au jour. • Je crains bien que le lecteur ne trouve (f qu'elles ont déjà les ailes pâles et l'insignifiance des choses mortes ». Qui sait cependant si le souvenir encore vivant des grandes fêtes de Mgr de Laval ne leur donnera pas un regain d'actualité ?