‹ Au pays de Paul et VirginieChapitre 5 sur 24 · SUR L'OCÉAN INDIEN · texte numérisé non relu

SUR L'OCÉAN INDIEN

Ce soir, à l'aide de jumelles marines, j'ai parfaitement distingué des montagnes, bien qu'aucune terre ne soit en vue; mais ce n'étaient que les montagnes de la lune. Quand le satellite a surgi du sein de la mer, comme un énorme boulet rouge, il paraissait si près qu'on aurait cru pouvoir l'atteindre.

Le l^*" août, trois jours après avoirquitté Port- Natal, la terre est signalée : c'est le cap Sainte- Marie, pointe sud de la grande île africaine de Madagascar. Le cap apparaît sous la forme d'une montagne tabulaire absolument semblable à celles de l'Afrique australe. Nous longeons, pendant toute la matinée, à quatre ou cinq milles de distance, la côte orientale de l'île, qui offre l'aspect assez monotone d'une longue suite de falaises à pic de deux à trois cents mètres de hauteur, découpant sur le ciel une ligne droite interrompue à intervalles à peu près égaux par les angles des vallées qui sillonnent le plateau terminal. Ce n'est qu'à la hauteur du fort Dauphin que le paysage change d'aspect. Le centre de l'île se hérisse de hautes montagnes dont l'altitude ne doit pas être inférieure à deux mille mètres, et dont les formes pittoresques et variées offrent un contraste frappant avec le sud de Tile : c'est l'Ecosse sous les tropiques. Cette côte passe

ÂD PATS DK PAUL ET \TRG!N1E

poar être très peuplée, mais dous la longeons de trop loio pour pouvuir distÎDguer les villages malgaches, et c'est à peine si nous pouvons de temps en temps apercevoir la fumée d'un feu. Au coucher du soleil, les cimes des moûts lointains, aux contours très tourmentés, se découpent avec une indicible netteté sur un fond d'or en fusion, et cette mystérieuse Madagascar apparaît alors belle et idéale comme uq rêve. La voir ainsi, et passer, quel raffinement odieux du supplice de Tantale !

Quand je monte sur le pont le lendemain, à ma grande surprise Madagascar a disparu. C'est que le Donne Castle navigue prudemment à distance des récifs de corail, pour ne pas courir le sort du Conwaij. Le capitaine règle la marche de la machine de façon à n'arriver que demain matin sur les lieux du naufrage du Conway :

noua marcherons la nuit sous petite vapeur. Depuis que nous avons franchi le tropique du Capricorne, la chaleur est devenue lourde et humide.

3 août. — Nous voici à l'ancre, depuis ce matin, en vue du Conway Castle, sous le 20' degré de latitude sud, à une lieue de Vatomandry, village situé sur la côte orientale de Madagascar. Le panorama de l'île est ici d'une

^aade beauté. A (juelques lieues dans l'intérieur ) profile une chaîne de montagnes, image rép^uite des Pyrénées. Au pied des montagnes, ' dans les régions basses du littoral, s'épanouit ta luxuriante verdure des contrées tropicales. A un mille, entre nous et l'île, le Conway est couché, la coque éventrée, sur un récif de curail qui se prolonge jusqu'à la côte, et qui, du point où nous sommes, est parfaitement rcconnaisaable à la ligne blancbe que trace la vague écumeuse on s'y heurtant. Quand on sait que le naufrage a eu lieu en plein jour, à dix heures du matin, on se demande comment l'oflicier de quart a pu ne point apereevoir le brisant. C'était d'ailleurs une grosse imprudence de s'aventurer si près d'une cote aussi mal famée et aussi peu renseignée sur les cartes marines. Mais le capitaine du Conway avait depuis longtemps la réputation de longer de près les côtes dans le but d'économiser du charbon. Pauvre capitaine 1 A-t-iJ été assez puni de son imprudence I Depuis près de trois mois qu'il a fait naufrage, il attend à bord de son épave l'arrivée du paquebot qui viendra lo recueillir; car les passagers et une partie de l'équipage ont seuls pu abandonner le Conwaij. mais le capitaine est resté à bord avec les officiers, le machiniste, le charpentier, le cuisi-

nier, le maître d'hôtel et quelques matelots, en tout une douzaine d'hommes. Une chaloupe du Donne Castle, montée par le second et M. Smith, agent de la compagnie, se rend à bord du Conmay, et pendant toute la journée ce sont des allées et venues entre les deux bâtiments; le cotTrefort et tous les objets précieux qui se trouvent sur l'épave sontupporlés à bord du Donne Castle; les chaloupes du Conwai/ sont hissées sur notre pont. Enfin, dans la soirée, nous voyons arriver à bord le capitaine du Conway : ses infortunés compagnons ne seront recueillis par le Doune Caxtle qu'à son retour de Maurice, Lo pauvre capitaine — nous ne le nommerons point — offre avec le capitaine Harris un contraste qui serait comique s'il n'était si triste; l'un gros comme Falslafl', l'autre maigre comme Uon Quichotte. Mais Dieu sait s'il a maigri du régime enduré depuis trois mois! S'imagine-t-on ce qu'ont dû souffrir ces raallicureux emprisonnés dans un navire immobilisé 1 M, Smith nous raconte qu'en y entrant il a failli se trouver mal de l'atroce infection causée par la décomposition du n snoeck », poisson embarqué au cap de Bonne-Espérance et accumulé dans la cale (|ue l'eau de mer a envahie. C'est sur ce charnier que les naufragés ont vécu depuis le 10 mai. Le

capilaiac, qui ae se dissimule pas que sa carrière est brisée, a une contenance qui fait peine à voir : il dîne à table à côté du commandant, mais il ne porte plus ses galons, c'est un simple passager.

A Tamatave, le naufrage du Comaay a paru si étrange qu'il a donné lieu aux suppositions les plus imaginaires et aux commentaires les plus inattendus. Il y avait longtemps qu'on y soupçonnait la perGdc Albion d'introduire à Madagascar de la poudre et des fusils, dans le but d'armer les Malgaches contre le protectorat français. Le naufrage d'un navire anglais sur la côte de Madagascar est venu fortifier ces soupçons:

d'après la version qui a cours à Tamatave, le Conicay transportait des munitions de guerre, et c'est pour avoir voulu les débarquer sur un , point désert du littoral qu'il s'est brisé sur le récif.

Et voilà pourquoi, dès notre arrivée en vue du Conwaij^ nous avons rencontré un vieux petit croiseur français, le Ilugon, commandant Denis, qui, pendant toute la journée, n'a cessé de se promener dans les eaux do notre mouillage et de surveiller nos mystérieux rapports avec le navire échoué. Ce qui semblait devoir fort intriguer l'équipagedu Huf/on^ c'était d'apercevoir sur notre pont des tuniques rouges. Par trois

fuis le crniseur s'est approche si près de notre poupe que j'ai pu lui envoyer un salut île bienvenue en français. Le eommanHant Denis m'a répondu qu'il pratiquait des sondages.

Ah ! mais non, je n'ai point traduit cette réponse au capitaine Harris, qui s'en serait diverti comme un augure romain. Et le fait est que chaque fois que le Ilugon s'approchait de notre mouillage, on sondait, on sondait à outrance. « Vingt-cinq ! Vingt-cinq t u criait un brave matelot de toute la force de ses poumons. Ce que j'ai ri in petlo de la bonne farce, et ce que j'ai eu peur en songeant aux possibilités d'un casus ôelli eli'uD combat naval entre le ïlugon et le Donne Caslle !

Cette diversion m'a consolé du retard que noua cause le naufrage du Conway. En fait de distraction il y a encore les baleines qui me paraissent plus petites que celles que j'ai vues dans la mer glaciale, et les requins, ces tigres de la mer, qui ne cessent de rôder autour de nous, et puis encore les indigènes qui viennent nous accoster dans leurs embarcations malgaches- Quoiqu'ils aient les cheveux laiucu.x des nègres, ils ont plutôt le teint et le type du Malais, dont ils paraissent descendre. Ils se coiffent d'un chapeau de paille et portent une tuniqno

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sans maiiclies, très ample, en grussiiTe étofTo couleur crème, rayée de lignes bleues ; ils rameal en cadence en chantant; ils parlent une langue bizarre, qui abuse énormément de la voyelle a.

Ayant passé vingt-quatre heures à l'ancre, le DouneCantle ne s'est arrêté que quelques heures à Tamatave, oi'i nous sommes arrivés le 4 août à neuf heures du matin. Lu port est un des plus dangereux de Madagascar, à cause des récifs de coraux qui en rétrécissent l'entrée : on ne peut y pénétrer que pendant le jour, et avec la plus grande prudence. Lors du dernier cyclone, la plupart des navires qui y stationnaient ont été jetés à ta côte, et dans ces épaves encore fraîches on reconnaît des bâtiments frangais, anglais et américains. Nous entrons sous petite vapeur par l'étroit chenal, et nous mouillons à un kilomètre delà terre,

Tamolave offre, de loin, un agréable coup d'œil, avec ses cocotiers ombrageant Ans cases en bambou, A l'horizon se prolile une chaîne de montagnes se détachant sur un ciel chargé de gros nuages, qui finissent par crever sur nous en une pluie tropicale. L'averse passée, je saute avec quelques passagers dans une chaloupe montée par des rameurs niulgaclius, et c'etit sur

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le dos de nos Malgaches que nous uLturrissons sur le sablo de !a plage, au milieu d'une flottille de curieuses embarcations indigfines creusées dans le tronc de V Inophi/llum,

C'est dans le palanquin du pays, le filanjana, que nous sommes conduits à la ville. Le filanjana est une chaise on cuir ou en toile fixée sur deux perches parallèles réunies par des monlants en fer : les porteurs malgaches, au nomhro de quatre, posent sur l'épaule les extrémités des perches, et ils courent tout le temps au trot accéléré, ce qui cause une espèce de roulis qui, à la longue, doit finir par incommoder; le voyageur éprouve une secousse brusque et inattendue chaque fois que les porteurs changent d'épaule, ce qu'ils font tous en môme temps et à un signal convenu entre eux. Le filanjana, qui s'appelle aussi fitakona, est le seul moyen de locomotion dans l'intérieur de Madagascar, oii il n'y a pas d'autres voies de communication que d'étroits sentiers de piétons : on met huit à douze jours pour se rendre en ce primitif équipage de Tamatave à Antananariva, la capitale do l'île. Dans un long voyage il est nécessaire d'engager huit porteurs par palanquin afin qu'ils puissent se relayer.

Tuiualavecsl une aiiière déception : un village

HUH L'OcéAN mOlSH

kspect européen, composé d'une rue unique, interminable, étroite, noa pavée, sablonneuse, bordée de vulgaires maisons en bois ou en lôle, celte odieuse tôle qui s6vit ici comme en Afrique australe. En tôle la poste, en tôle les bureaux des messageries maritimes et de la Castle Line; plus loin, un bâtiment en bois, où siège le tribunal de 1" instance, orné d'un buste grotesque delà République; ailleurs, une église en bois; puis encore, des magasins tenus par des Français, des Anglais, des Cliinois, et une infecte auberge franco-malgache, qui est le « grand hôtel » de Tamatave.

Pour retrouver le pittoresque et la couleur locale, il faut s'engager dans un d* ces jolis sentiers qui, se détachant de la Grand'Rue, courent entre des baies de bambous et mènent aux cases des indigènes, à travers de splendides jardins où croissent des cocotiers, des eorodoxia regia, des manguiers que le dernier ouragan a dépouillés de leurs fouilles, des bananiers, de gigantesques aloès,et surtout cet arbre gracieux, si commun à Madagascar, qu'on désigne sous le nom d'arbre du voyageur, parce qu'une entaille pratiquée à la naissance d'une de ses immenses feuilles, qui peuvent couvrir un homme, en fait couler une eau fraîche et pure dont le

W AU PATS DE TACL a \

TOj-ageur peut se désallérer. Les cases des indigènes rappclleat assez bien les maisons japonaises : pour les mettre à l'abri de rhiimiditéet des reptiles, ils les établissent à un pied du sol; ils en empruntent tous les matériaux à l'arbre du voyageur, cette providence des iusulaires de Madagascar : le tronc de l'arbre donne les pieux qui en forment la charpente et les planchettes qui ea forment les parois ; avec les feuilles on fait la toiture et les nattes qui tapissent le plancheret les parois de l'habitalioQ. Dans ce brûlant climat, point de tarreaux de vitre aus fenêtres, que des nattes suffisent à clôturer la nuit. Des liaies de bambous servent d'endos aux Jardins qui entourent les cases. Tout cela a un aspect absolument exotique et donne l'idée de ce que doivent être les villages de l'intérieur de l'île.

Il serait inexcusable de visiter Tamatave sans voir la personne de Son Excellence le gouverneur malgache, qui occupe le rang de quinzième officier du palais, et qui porte le nom un peu long de Uainaudriamamhandry. Il réside dans la vieille forloressc circulaire construite au dixseptième siècle par les Hollandais, une forteresse du parade qui no résisterait pas une heure à l'arlillerie moderne (1).

(1) Lius Ëvûaemuuls burvunua dupuU l'oat bicu prouvË. J

SDR L-OCE.\N INDIEN

Au moment où j'en francliissars le seuil, une cinquantaine de soldats malgaches en sortaient, escortant, avec tous les honneurs dus à son rang, un général arrivé le jour même de la capitale, et qui venait de faire une visite officielle à Son Excellence. Je n'ai rien vu de plus burlesque que ce général d'opéra-comîque en uniforme européen, avec ses éblouissantes épaulettes d'or qui tranchaient vivement sur la couleur noire de sa peau. Les soldats qui lui rendaient les honneurs militaires marchaient nu-pieds, vêtus d'une blouse et d'un pantalon blancs, et précédés d'une musique infernale, composée de tambours et de cuivres. Il y avait, à l'entrée de la forteresse, un cerbère qui voulait m'erapêcher d'y pénétrer, et pendant que je parlementais avec lui, survinrent très à propos le capitaine Harrîs, M. Smith, et l'agent de la Castle Line à Tamalave, M. Proctor. Ces messieurs m'introduisirent dans la place, et nous montâmes à l'appartement du gouverneur par un antique escalier en pierre aussi délabré que le reste de la forteresse. Le personnage au nom compliqué nous reçoit dans une mansarde d'un aspect sordide, tapissée d'un vieux papier qui se détache des murs. Il est vêtu à l'européenne, redingote et gilet blanc. C'est un Malgache pur sang. Je suis frappé de sa ressemblance avec

Juarez, cet Indien qui fut président du Mexique. Aussi diasimulô qu'il est fin et rusé, il est très liabile diplomate, et sait ménager à la fois les Anglais et les Français; il me montre tout de suite sou aavoir-faire lorsque je lui adresse la parole en français et qu'il me répond en mauvais anglais, quoique la langue française lui soit très familifere et que son fils ait fait ses études de médecine à Paris. Ce qu'il ne dissimule point, c'est l'expression do joie enfantine qui brille dans ses yeux lorsque les Anglais lui disent l'objet de leur visite : ils sont venus dans le but d'offrir à la reine de Madagascar, de la part de M. Donald Currie, un de ces canons en cuivre dont on se sort sur les paquebots pour faire des signaux. Le bonhomme est alors au mieux avec nous, et il nous fait apporter une bouteille de Moët. Sur l'heure, dit-il, il avisera le premier ministre de la bonne nouvelle par le télégraphe qui relie Tamatave à la capitale. La reine d'Angleterre et la reine de Madagascar peuvent nous savoir gré d'avoir bu à leur santé un Champagne atrocement surchauffé par une température de vingtsept degrés. Cet intermède, auquel II m'a été donné d'assister par le liasard des voyages, se termine par un échange de cordiales poignées de mains et par de mutuelles protestations d'u-

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mitié. Le cas échéant, ce aeronl les mêmes protestationa devant le cominandant du Hugon.

duplicité malgaclie !

Rentrés en ville en palanquin, nous prenons le thé chez M, Proetor, où je rencontre à ma grande surprise un compatriote né dans ma ville natale, M. de laRochcItc, établi ici depuis vingt ans. Sa santé est fort délabrée, et il maudit ce pays de fièvres dont le climat débilitant engendre l'anémie, oh l'on no se soutient qu'à force de quinine, et où la moindre égratignure est suivie du redoutahie tétanos. M. Proetor nous montre une véritable merveille, un œuf de dimensions monstrueuses qu'il a eu la bonne fortune de rencontrer sur la côte occidentale de Madagascar, lors du dernier ouragan : cinq fois plus gros qu'un œuf d'autruche, il ne mesure pas moins de deux pieds trois pouces de circonférence (66 cent.). On so demande ce que devait être l'œpyiornis, lo gigantesque oiseau antédiluvien qui pondait de pareils œufs! C'est avec mille précautions que M. Proetor nous montre son fragile trésor, qui est d'un prix inestimablo, car il n'en existe que trois spécimens dans les musées d'Europe,

Avant de retourner à bord du Doune Casite, j'ai commis des folies chez un marchand do eu-

riosités indigènes, boucliers et assagaies, modèles de chaises à porteurs, objets de ménage, dentelles de soie, guitare malgache faite au moyen de fibres végétales appliquées sur un gros bambou. J'ai payé mes achats en pièces de cinq francs, qui s'appellent ici dollars, et qui sont la seule monnaie en usage dans le pays. Pour les besoins de la menue monnaie on coupe la pièce en petits morceaux qu'on pèse dans les transactions. Dans la grande rue de Tamatave, on rencontre à chaque pas des changeurs munis d'une balance.

PORT-LOUIS

e de Itle Maurice. — Réminiscences de Paul et Vire. ~ Indùnipnl mis en quarantaine. — Sur le quai du Pofl-Louis, — La population. — Une ville sans hiîlel. — La moitié de la ville dctriiile. — Une épidémie. — La pla»yi d'Armes. ^ La bourdonnais. — Aspect de la villa. — La mosquée. — Le baiar. — Le musée,

En quarante heures, l'hélice a franchi les 470 milles qui séparent Madagascar de Maurice. Le I 6 août à sept heures du matin, neuf jours après I le départ do Port-Natal, la perle de la mer des ' Indes était en vue. Le superbe soleil des tropiques montait dans un ciel clair et sans nuages, et l'île Maurice se levait du sein de l'Océan. J'éprouvais une hien douce émotion à la vue de cette terre, dont le nom évoque le touchant souvenir do deux figures qu'il nous semble avoir connues quand nous avions quinze ans. Voir l'île Maurice, qui fut l'île de Franco, n'était-ce I pasTaccomplissement d'unrftve d'enfanco'qu'ont formé tous les lecteurs do Paul et Virginie?

Il mYttait donné de la voir, trente ans après qno j'en avais !u pour la première fois la fascinante description d'un écrivain do génie. Et maintenant que j'étais sur le point d'y aborder, maints tableaux de l'idylle que je croyais avoir oubliés se représenlaienl vivement à mon esprit. Et je me parlais à moi-même : <i Tu voulais voir l'île de France 1 La voici : regarde et jouis 1 Tant d'autres ont désiré la voir qui ne la verront point 1 »

A mesure que nous approchons de l'ile, le tableau se dessine plus dislinctement. C'est un chaos de montagnes volcaniques aux formes heurtées et étranges, hérissées de pinacles, d'obélisques ; et quand on me les nomme, ces noms e me paraissent point nouveaux, tant les persistants souvenirs de mes lectures d'enfance me les ont rendus familiers. C'est d'abord le morne de la Découverte, d'oii l'on signale, aujourd'hui comme au temps de Bernardin de Saint-Pierre, les vaisseaux qui abordent dans l'île. Ce gigantesque doigt levé, qui semble menacer le ciel, c'est le Pouce, au sommet duquel Paul monta pourvoir s'éloigner sur l'Océan le vaisseau qui emportait Virginie. Mais l'ceil est surtout fasciné par le majestueux et troublant massif du Pieler-Bootli, qui dresse, plus haut encore que

le Pouce, la cime la plus cxlraordinairo qui se puisse imaginer, une cime en forme de champignon ! L'ensemble du tableau est d'une grande beauté, et un voyageur qui a parcouru les deux mondes n'a trouvé à lui comparer que le célèbre paysage de la baie de Rio-de-Janeiro.

Nous entrons bientôt daos la rade du Port- Louis. Vue de Ja mer, la capitale do l'île me rappelle Funchal, dans l'île Madère, couchée dans un grand cirque de montagnes toutes couvertes delà verdure luxuriante des tropiques.

Mais on ne débarque pas aussi facilement à l'île Maurice qu'à Madagascar. La Santé larde beaucoup à venir vérifier nos patentes. Et quand elle arrive enCn, après plusieurs heures d'attente, ft'C'est pour nous refuser la libre pratique, parce ^quela patente d'un des ports aux(|ucls nous avons touclié ne se retrouve point. Ordre nous est donné de hisser au bout du mât le sinistre pavillon jaune de la quarantaine, et défense nous est faite de communiquer avec la terre jusqu'à ce qu'il plaise au bon plaisir des autorités de lover l'interdiction. L'île a été visitée tant de fois par le choléra et la variole, que les Mauriciens ne sauraient prendre assez do précautions contre la contagion.

Ce qui met on défaut toute ma pliilosophio,

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c'est la nouvelle que nous apporte, le lendemain à midi, l'officier do santé. La patente prétendument égarée par nous se trouvait réellement au fond de la boîte emportée par ces messieurs de la Santé; mais ils ne l'avaient pas vue, et ils ne l'y ont trouvée qu'à une seconde inspection à terre. C'est donc indûment qu'on nous a séquestrés pendant un jour et demi comme des pestiférés, et qu'on nous a menacés de la perspective d'être relégués pendant quelques jours dans l'îlot de la quarantaine. Nous sommes trop heureux d'échapper à cette triste perspective pour nous répandre en récriminations inutiles.il convient, toutefois, de remarquer que la Santé eût pu lever l'interdiction immédiatement ; mais, en pays anglais, on pousse si loin la tradition du repos dominical, que ces messieurs ne nous ont donné libre pratique que le lundi à midi, alors qu'ils avouent que la patente s'est retrouvée la veille 1 A peine le pavillon jaune a-t-il disparu du grand mal que noua sommes entourés d'une fouie de petites embarcations montées par des Lascars aux brunes Jambes nues, qui se disputent l'honneur de nous conduire à terre. C'est avec un véritable bonheur que je quitte le paquebot qui m'a porté de Port-Natal au Port-Louis, car pendant les onze jours que j'y ai passés je n'ai

PORT-LOUIS iT

pu me rficoncilier avec la détcslablc nourriture ^a bord et les odieuses conserves alimentaires Bdont on abuse sur les lignes peu fréquentées. 1 Quand on débarque sur le quai du Port-Louis, ce qui frappe tout d'abord, c'est la diversité de types et de langues et le bariolage de costumes qu'offre la population si mélangée de ce marché de l'Orient. Quoique l'île Maurice soit une colonie anglaise, la langue française y règne encore ^^«)mme au temps où elle était l'île de France, et ^^ ^^^He type créole y semble mieux dans son cadre ^^^| ^^K^ue le type anglo-saxon. Mais les blancs, qu'ils ^^^| I soient Créoles ou Anglais, ne forment qu'une in-

fime partie d^ la population : à côté d'eux il y a »Ies Mozainbiques, les Malgaches, les Chinois, et l'immense armée des coulies litndous, ceux qu'on | désigne sous le nom de Malabars, quoiqu'ils se J recrutent dans toute l'étendue de l'Inde, *j

Le Port-Louis cal la capitale de l'ile. Elle I compte, aveclabanlieue, une population dc60. 000 ] âmes, et elle a, avec cela, l'aspect d'une petite ' ville. Son nom a souvent varié sous divers gouvernements : sous l'empire elle s'appela Port- J Napoléon, sous la République Port-Nord-Ouest 1 ou Port de la Montagne. Le nom de Port-Louia,| que lui a restitué l'Angleterre, lui fut donné vrai-J| semblablemenl en l'honneur de Louis XV sousll

t8 An PATS DE PAUL ET VIRGINIE

lequel l'îlo fut prise et appelée île de France. 11 se peut aussi que ce nom lui ait été donné à cause du Port-Louis, situé près de Lorient, dans le

département du Morbihan, d'où partaient les vaisseaux de la Compagnie des Indes et d'où Bernardin de Saint-Pierre fit voile pour Hio de Franco à bord du vaisseau le Marguîs de Castries,

Le premier soin du voyageur qui débarque danfli une capitale est de rechercher un hùteJ, m:

peut ici se dispenser de ce soin, car il n'y a pa»' un seul Ilote] au Port-Louis. La raison en est qu'il y va du sahit du voyageur de n(j point couclier une seule nuit dans la capitale, sous peine d'y contracter le germe do la fièvre. C'est que le Port-Louis n'est plus la ville que nous a décrite' Bernardin de Saint-Pierre : de son temps, lei lièvres y élaientpour ainsi dire inconnues ; il suffi do l'invasion des Hindous, racelrès encline aux fièvres, pour en faire undes plus dangereux foyers d'infection du monde entier. Aussi, il n'y a guère que les gens de couleur, Hindous, Chinois et Mozambiques, qui y aient leur résidence permanente; les blancs. Anglais ou Créoles, le gouverneur lui-même, y séjournent le moins possible, et, sitôt leurs affaires terminées, se reliront & la campagne, loin de la côte insalubre,

PORT-LOUIS 48

les hauteurs qui s'étagent do Rose-Hill à

irepipe. C'est à Curepipe, sur lo plateau le plus

élevé de i'ile, à une heure de chemin de fer du

Port-Louis, que se trouve le seul hûlol de Mau-

^^ice, et c'est là que nous irons coucher chaque

^^rD'ailIeursle Port-Louis esL en pleurs. La ville fume encore de l'incendie du 23 juillet dernier, qui vient d'en détruire toute la partie occidentale. Le quartier brûlé, devenu un monceau de ruines, 6tait un des plus beaux de la ville : c'est là que se trouvaient les plus somptueux magasins. La flamme a dévoré environ 150 maisons, et quatre cents commis sont sur le pavé. Quoique le Port-Louis ait souvent payé tribut au feu, la génération actuelle n'a point souvenir d'un pareil désastre, et il faut remonter jusqu'au grand incendie de 1816 pour en retrouver une semblable dans les annales de la ville. Comme d'ordinaire, on ignore la cause do l'cvénement, et on no manque pas do l'allribuor à la malveillance. On dit que, sans la déplorable organisation du corps dos pompiers, on eût pu facilement maîtriser le feu. On raconte aussi que les soldats, en l'absence de leurs officiers, qui se trouvaient à Curepipe, se sont conduits comme des bandits, pillant les magasins do bijouterie. Pour

riionnour do la civilisation, souliaitnns que ces faitsinouïssoientpunia. Les mines du quartier incendié m'ont rappelé l'aspect de Paris brûlé, lors de la Commune : sur une étendue de plusieurs kilomètres carrés, ce ne sont que pans de murs croulants, arbres calcinés, fers tordus. Navrant spectacle )

Non moins navrant est le spectacle des ruines causées, dans un quartier presque contig'u, par le cyclone du 29 avril de l'année dernière. A plus do quinze mois de distance, on se croirait au lendemain du désastre, car les habitants consternés n'ont point encore relevé, les ruines de leurs demeures. Le vent a fait ici la même œuvre de dévastation que le feu dans le quartier voisin; de centaines de maisons, il ne reste plus que des monceaux de décombres ; le vent a soufflé les murs, tordu les grilles, rompu et déraciné des arbres séculaires, renversé comme un château de cartes le monument do général Malartic, qui s'élevait au centre du Champ-de- Mars: on eùtpule croire pourtant inébranlable^ car c'était un obélisque effilé, offrant peu depriae au vent, et construit do solides pierres cimentées et rivées. On n'imagine point pareillescène de désolation I

Si bien qu'en débarqiinnt au Port-Louis je n'y

POBT-LOL'IS

aï plas trouvé debout que la moîlié de la ville ; f'ouragan et le feu oui délruitt'aulre moitié. Des deax élcmeuts, le plus redoutable a été l'ouragan, parce que le jléaii n'a pas été simplement local, mais s'est appesanti sur une grande partie de l'île et a coûté trois mille vies humaines, sur une population qui ne s'élève pas à trois cent mille âmes.

Et comme si cette malheureuse île n'était pas encore assez éprouvée, voici qu'une effroyable épidémie d'infliienza, succédant à uue nor cruelle épidémie de variole, y fait des milliers de victimes. Bénigne ailleurs, l'iiiflueuza est mortelle ici. sous le ciel des tropiques. Presque pas une famille qui n'ait à déplorer la perte

' d'un de ses membres : on ne voit que vêtements noirs, on ne rencontre que cortèges funèbres :

1 l'île Maurice est en deuil.

La partie du Port-Louis qui a été épargnée

I par les éléments a un air riant qui contraste

[ avec l'aspect dedéaolationdesquarLiers détruits.

P Je n'ai rien vu de plus frais ni do plus vert que les ombrages de la place d'Armes, sous lesquels le nouveau débarqué fait son entrée dans l'île de France, Sur les deux côtés de la place se développent deux allées plantées de gigantesques multipliants aux vieux troncs i

noueux de bois noir, el de ces merveilleux acacias do Madagascar connus sous le uom de flamboyants, à cause de leurs splendides fleurs écarlates qui ont, l'éclat do la flamme. De g;eutiU lézards prennent leurs ébats sur les braochea des multipliants, qui offrent un enchevêtrement cnmpliquédc lianes retombant jusqu'à terre. Au milieu de cas ombrages, qui sont comme un abrégé dos tropiques, se dresse une belle statue do bronze du vrai fondateur de la colonie, Matié do Labourdonnais, qui fut gouverneur des île»'' doFrance ct|de Bourbon de 1734à 1746, précisément à l'époque oiî se place l'histoire de Paul et Virginie, dans laquelle lenom do Labourdonnais revient souvent. Par son administration intelligente et énergique, il a laissé dans Tile doFrance d'impérissables souvenirs, etaujourd'hui encore les Mauriciens vouent un culte d'admiration et de reconnaissance à ce grand homme qui fut enfermé à la lin de sa vie à la Bastille et mourut victime do l'ingratitude de sa patrie.

Créée par Labourdonnais, la ville du Port- Louis a gardé la vieille physionomie française que lui a imprimée son fondateur, et qu'a respectée l'occupation anglaise. Aujourd'hui comme au temps où la décrivait Bernardin de Saint-' Pierre, die a encore des maisons en bois, dafl<

iB boueuses et mal pavées; le seul progrès, soQt les voitures qui ont remplacé les palanquins dans lesquels autrefois les noochalants Créoles se faisaient porter par des esclaves importés d'Afrique et de Madagascar. Les rues, que le gouverneur français a tirées au cordeau, ont la régularité des villes américaines, mais elles ont tout le pittoresque et la saleté des villes des tropiques. La rue de la Chaussée, la rue Royale, la rue des Cordelîers sont pleines d'animation et de couleur locale, avec leurs échoppes chinoises, oi!i l'on peut voir les disciples de Confucius tenir leurs comptes avec des plumes de bambou. Ils vendent en détail tout ce que peut consommer un ménage, et quoique personne ne les comprenne, ils s'abouchent avec tout le monde. Pour passer d'une scène de mœurs chinoises à une scène de la vie hindoue, il suffit de franchir le seuil de la mosquée : là, sous les sveltes et gracieuses onoes blanches qui se mirent dans lesbassins la cour aux ablutions, se promènent de grabrahmanes, et l'on pourrait se croire au cœur de l'Inde.

Ce n'eat pas sortir de l'Inde que d'aller au ;ar, qui est à deux pas de la mosquée, et où Hindous apportent les produits de l'île,

AU PAYS DE PAUL ET ViKGIWE

légumes, fruits, poissons, viaodes et volailles. Dana cette Babel, où règne la confusion des tangues, chaque race s'en tîentà samarchantlise. Les Malabars ont la spécialité de la vente des fruits et des légumes, qu'ils cultivent dans les environs dé la ville, et qu'ils apportent avant le jour dans de petites charrettes à ânes ; les Créoles vendent le pain français ; les Arabes tiennent les marchandisos sèches, riz, maïs, café, épices; les Chinois vendent la viande do porc, dont leurs congénères sont très friands, à l'inverse des Hindous et des Créoles, qui considèrent cotte viande comme malsaine dans ce climat chaud.

J'ai retrouvé ici presque tous les fruits que j'ai vus dans les marchés mexicains, bananes, cocos, mangues, ananas, papayes, limons, goyaves, avocats; mais plusieurs do ces fruits, communs à toutes les contrées tropicales, sont connus ici aous des noms différents. Le fruit le plus commun est la banane, dont les Hindous font d'excellentes fritures. Je n'ai vu nulle part une aussi prodigieuse variété de poissons : il y en a de toutes formes, de toutes tailles, de toutes couleurs, ot leurs écailles ont souvent la richesse et la beauté du plumage des oiseaux des tropiques . Il n'est pas jusqu'au monstrueux requin qui ne se vende ici en tranches dont les Hindous

l'ont grande consommation. Au marché comme lartout, les payemenls se font en roupies, et c«'

liï'est pas une de mes moindres surprises, en dé-! >arquant dans cette colonie anglaise, que de^ refuser mes livres sterling parce que

la moanaie de l'Inde est la seule qui y ait cours.

'e me suis donc approvisionné de roupies chei

IQ banquier hindou.

Ce qui cause une impression pénible au Port^

Louis, c'est de voir l'aspect abandonné de la plus grande partie de la ville. Dès qu'on quitte le voisinage du port, on trouve des rues désertes, bù la moitié des maisons portent la mention à louer». De grands et beaux mag'asins, (\m.

tegorgeaîent autrefois de marchandises pré--!

ot qui atteignaient une énorme valeui locative, sont loués, aujourd'hui, pour des prix' dérisoires, à des hommes de couleur, Malabars, Arabes, nègres ou Cliinois, qui en font d'ignobles boutiques de cigares ou d'épiceries, où se bitent en détail le tabac de Bourbon et les cigares! hindous, les « madras » et les « coconada ». La' dépréciation de la propriété au Port-Louîs date de l'invasion des fièvres. La population blanche a déserté la capitale et s'est retirée dan; régions salubrcs de l'île.

Ce sontdes métis paresseux et sales qui vi

AU PATS DE PAUL ET VIBOirOE

^^1 aujourd'hui dans les sompliieuses demeures ^^B qti'iin amour raffiné du luxe avait fait élever. ^^H Pour rcstitunr au Porl-Louis sa physionomie ^H primitive, il faudrait an modifier les conditions sanilaireK, noit par un système de drainage, soit par la IranBformationiIeségouls qui sont établiaj d'une façon d^^fec Lunule. Mais depuis un siècle, les d^ilrilus ho «ont HLratiiiéa en couches tellement /ipaiftHes, Kiirtout dans lo voisinage du port, qu'on u'oBC riR-ttro lu main à l'teuvre, de peur, on remuant le sol empoisonné, de provoquer d'olTroyiildes (îpidémles, comme il est arrivé lorsqu'on lit les lorrassomonLs pour l'établiseemont du chomiii do for. Comment sortir de ce terrible dilemme? Comment rendre à l'île Maurice, ce joyau do l'Orienl, une capitale digae,1 d'elle î 1

Dans celte capitale, qui n'est plus que l'ombre irello-mAme, il n'y a ni b(Mcls,nicaf6H, ni clubs, ni nn>mo de restaurants, car on no peut considérer connue toi lo magasin do p&tissories de la-i ruo do rt^gliso, la a Flore mauricienne », Mais'J ce qui m'u lo plus déconcerté, c'est de ne point''! trouver ici co que j'ai Irouvii dans toutes les J colonies du monde, un libraire.

Lo musée d'Iiistuiro naturelle fondé par Julieaj UosjnrdinAeHtlasouleattrRcLionqnelePorl-Louîa]

PORT-LOUIS

offro encore à l'élranger. Parmi les voyagei illustres qui l'nnl visité, on cite Dutnont d'I ville, M"' Ida Pfeiffer, Freycinet et lo général Gordon, La faune de l'îlo Maurice et des (les voisines, celle de Madagascar, celle de l'Afrique australe y sont bien représentées; mais le conservateur, M. Daruty de Graudpré, me disait avec découragement que lo gouvernement colonial ne lui donne aucun subside : l'institution vit uniquement des ressources de la Société des Arts et des Sciences de Maurice. On y voit une merveilleuse collection de la faune maritime de l'océan Indien, poissons, coraux, coquilles aux mille couleurs. Tous les monstres qui peuplent les raers du Sud y sont représentés, depuis le crabe géant jusqu'à l'horrible requin qui infeste les baies de l'île et dévore chaque année de nombreuses victimes. J'ai trouvé M. Daruty occupé à étudier avec la passion du savant les ossements d'un prodigieux animal antédiluvien plus grand que le mammouth, qu'on lui a récemment envoyé de Madagascar : l'envoi était accompagné d'un œaîi' œpiornis, le monstrueux oiseau antédiluvien. Parmi les animau.>c gigantesques il faut. citer encore les tortues aux dimensions fabuleu-^i ses originaires non des îles Seychelles, comme on le croit communément, mais de l'île d'Âbra.

située au nord de Madagascar. On m'a montré, dans la cour de la caserne, une de ces tortues vivantes, qui doit être âgée d'environ deux siècles, si l'on songe qu'elle passait déjà pour très âgée lors de la conquête anglaise. Les murs de la principale salle du musée sont ornés de curieuses lithographies fort anciennes, représentant quelques scènes de Paul et Virgi- 7iie qui, à en juger par les costumes, doivent avoir été composées à l'époque de Bernardin de Saint-Pierre. On y voit aussi les portraits de plusieurs Mauriciens illustres.

L'île Maurice et l'île Bourbon, les îles sœurs comme on dit dans les deux colonies, ont produit beaucoup d'hommes célèbres, dont l'origine créole est peu connue en Europe. Dans les arts^ i on peut citer le peintre de la Hogue et le sculp- J leur Prosper d'Ëpinay, issu d'une famille qui a donné à l'île Maurice ses plus grands patriotes. Dans les sciences on peut citeV le docteur Tholozan, médecin du scliah do Perse, et le grand physiologiste Brown-Séquard, nés tous deux au- Port-Louis. Dans les lettres, les noms abondent. Beaucoup do journalistes parisiens sont de purs Créoles de Maurice. On a vu dans la même année deux sièges de l'Académie française, celui de Victor Hugo et celui du duc de Noailles, être

PORT-LOUUS 59

attribués l'un à Leconte de Lisie, Tautre à Edouard Hervé, l'un et l'autre des Créoles de Bourbon apparentés avec des familles mauriciennes.

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