MAISON NATALE DE RABELAIS
un pounour de hautes murailles anciennes attestent un robuste passé et font mieux comprendre la valeur que dut déployer Gargantua pour réduire une aussi fone place. On relève la présence d'une chapelle dans l'enceinte du château.
La route se poursuit vaillamment. Nous traversons le gué de Vede, près le Moulin du Pont^ et, sur place, nous constatons le bien fondé de l'opinion soutenue par M. Lefranc qui place ce fameux gué ici, tout près du château, à côté de la Saulsaye. La théorie ordinaire situait ce gué sur la Veude, à cinq kilomètres en amont de Chinon, élargissant ainsi outre mesure le champ des opérations et rendant les textes difficilement compréhensibles. L'opinion de M. Lefranc est maintenant admise, et, incidemment, un nouvel appoint vient l'étayer : tous les ruisseaux voisins, paraît-il, sont désignés sous le nom de veudes dans le parler chinonais.
Voici, à gauche, la plantureuse Saulsaye où Gargamelle accoucha soudainement pour avoir trop aimé les tripes. Puis, c'est la route de la Devinière et de Seuilly, bordée de majestueux noyers. L'un d'eux, sans doute, joua à frère Jean le mauvais tour de le retenir suspendu par son casque.
Nous mettons pied à terre et nous nous engageons dans un sentier fleuri d'aubépines; l'allure devient plus vive, notre président, ému du zèle sacré, tient la tète de la colonne. Un vieux puits assailli d'iris et d'herbages, un grand tas de fumier, une grange où paraît la paille entassée, une ferme tranquille dans sa vie campagnarde : c*est la Devinière!
La dernière maison à gauche, presque intacte, date de la fin du xv* siècle. Là, très probablement, naquit vers 1495 Maître François, dans la chambre principale du premier étage. On accède directement à cette pièce par un curieux escalier de pierre dont le perron forme loggia^ celui-là même, apparemment, que Rabelais désigne sous le nom de grands degrés. Cette chambre, toute simple, sert de domicile aux fermiers; dans l'embrasure de la
Q Pi
fenêtre est taillé un banc de pierre. C'est là, peut-être, que l'enfant apprit à lire^ ayant sous les yeux le riant