‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 16 sur 67 · PL PE PET · texte numérisé non relu

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Je m’approche et je demande une polka à madame B... Elle me l’accorde gracieusement et je m'inscris sur son carnet pour la troisième danse.

Puis, tout étonné de mon audace, je me retire avec des fourmillements dans les mollets, des battements aux tempes.

Tant pis, le Rubicon est franchi.

Notre polka arrive, j’enlace ma danseuse et, comme dans un rêve, Je l’entraine avec furie.

Je me reprends bientôt, car je sens madame B... qui s’abandonne.

Au moment où la musique précipite les dernières mesures, elle me dit douce-

H ment:

— Demain, chez moi, à minuit...

Ilest minuit.

J'ai sauté le mur, car ça en vaut la peine.

Jem'introduis sans bruit chez madame B.. Il fait:noir comme dans un four.

Je me glisse dans le couloir en tâtonnant...

Soudain, près de l'entrée, un pas nerveux résonne, la porte s'ouvre avec fracas, une lumière éclate. Une manche à trois galons d’or, puis une figure anguleuse et bien connue m'apparaissent enca.

drées de nuit.

C'était mon capitaine et... la fin « beau rève.

Diable aussi! Pourquoi chasser dans des terres réservées ?

Très moderne, Cupidon a depuis bravement brisé son arc. Il a adopté le fusil Lebel à répétition, plus dans ie train et très précis dans les luttes amoureuses.

C’est mon capitaine qui, le lendemain

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au rapport, m'a appris ce détail, dans un discours aux pommes, où l'ironie cruelle s’alliait à une sévérité bien justifiée.

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En Détaghement

Je suis à Bou-Kanéfis.

Il y a huit jours, le colonel m’y envoyait avec ma section pour garder un pénitencier arabe.

J'ai sous mes ordres un grand gaillard qui est la terreur de mon détachement.

Le premier soir, je dînais en ville avec le camarade qu: je relevais.

En entrant au bord), à onze heures, le caporal de semaine m’apprend que personne ne manque à l'appel. Satisfait, je me retire dans le bastion du chef de détachement.

A peine avais-je enlevé ma tunique que j'entends des hurlements, des coups violents à la grande porte d'entrée.

J'écoute.

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C'était la voix bien connue de Weiss, qui beuglait après la sentinelle.

— Eh bien ! Quoi ! On n’ouvre plus la porte maintenant ?

Un grincement de gonds m’annonce que Weiss est entré.

Puis la voix du capitaine en retraite, directeur du pénitencier, m’apprend que c'est toujours la même chose. Ces sacrés légionnaires n’en font jamais d’autres!

Toujours en faute ! Il en rendra compte au général de division et il fera punir le chef du détachement, qui tolère de telles infractions à la discipline !

Weiss riposte que la légion ne regarde en rien ce vieux €... escogriffe, et qu'il ferait bien mieux de surveiller sa femme et de moucher ses gosses.

Le capitaine rugit.

Moi, je vois rouge. Inconscient dans ma colère, je sors sans tunique.

J'avais cent mètres à parcourir.

Weiss, plein comme un œuf, oublie ma présence probable. Il continue à se

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chamailler grossièrement avec le directeur qui est descendu dans la cour.

J'arrive au groupe au moment où une prise de corps en règle allait se produire.

Saisissant Weiss par un bras, je le fais pivoter sur lui-même et, pouf ! je lui flanque un coup de poing entre les deux veux.

Le capitaine, satisfait, rentre chez lui.

Au choc, mon loustic m'échappe et s’abat sur le sol, de tout son long, sur le dos.

Je m'adresse alors aux hommes, et, furieux :

— Tas de rossards, vous êtes ici vingt-cinq, et vous avez peur de cette brute ! Il faut que je vienne pour le mettre à la raison ! Eh bien ! vous me voyez, je suis sans tunique, sans galons, sans insignes, tête nue, c’est l’homme qui vous parle! Le premier qui bronche à l'avenir, Je lui casse la gueule comme je viens de le faire à ce braillard-là ! Tous ensemble, si vous le voulez, ou les uns

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après les autres, ça m'est égal! Mais il faut qu'on m'obéisse ici ou qu’on dise pourquoi ! Quatre hommes, empoignezmoi ce paquet de linge sale et f...tez-moi ça au silos ! Huit jours de prison pour cet animal-là !

Le lendemain, je rendais compte de la chose au colonel.

Je craignais beaucoup sa désapproba-

tion, car le règlement défend au chef de frapper ses inférieurs ; mais je comptais sur son indulgence, car il connaît son monde. Il sait fort bien qu’une foule de mauvaises pratiques viennent parfois susciter l’indiscipline au régiment, et qu'une répression physique est la seule efficace à certains moments.

Fort de mon droit, je prenais courage, convaincu d’avoir agi avec conscience.

— Sept jours de cellule en augmentation, répond le colonel, vous auriez dù le tuer.

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diable si pie en Je Jama

En tre ls empo chie en pi lente:

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Ces quelques mots, sans être pris à la lettre, me donnaient amplement raison.

Mon détachement se termina sans autre incident, et je rentrai au corps indemne de toute histoire, plus heureux que beaucoup de mes camarades, qu'on collait généralement à l'ombre pour mollesse dans leur commandement.

Ma compagnie arrive d’escorter des condamnés aux travaux publics.

Il fait toujours une faim de tous les diables en route. Les hommes nettoient si bien leurs gamelles que les cuisiniers, en les lavant, n’v trouvent jamais rien.

En arrivant à Géryville, quatre lascars, pratiques délurées, empoignent un magnifique chien, l’écorchent, le taillent en pièces et en font de succulentes grillades. :

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On s’en léchait encore les doigts douze heures après.

Horreur ! C'était le chien du comman:dant supérieur. Grand branle-bas partout. Fureur sur toute la ligne.

Le commandant supérieur demande compte aux légionnaires de sa malheureuse bête.

Ceux-ci sont muets comme la tombe,

Mais la rumeur plane, voltige dans l'air et apprend bientôt au chef que les coupables ont fait passer son chien à la broche.

Soixante jours de prison tombent à pic sur les mécréants et consolent le commandant supérieur sans lui rendre son épagneul.

Un beau et jeune chien, bien gras, bien dodu, doit toujours se tenir éloigné d’une compagnie de légionnaires qui rentre de route.

L'hyène a mauvaise renommée, et je

Ils histoit terrés dents.

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