‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 65 sur 67 · ASS TS TS SES ES · texte numérisé non relu

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Nous étions en route depuis huit jours et quelle fatigue, mon Dieu, quelle fatigue |

Et ces pouilleux-là qui se sauvaient toujours !

Ils savent bien ce qu’ils font, car il est plus pénible de se sentir mourir lentement sous le poids des kilomètres interminables, que de recevoir de bons coups de fusil qui fouettent le sang et nous font oublier là fatigue, la faim et les misères de toutes sortes.

Ce que c’est triste de marcher dans la plaine |!

Le matin, au départ, on voit l’alfa et le thym qui vont se perdre au loin et se confondre avec le ciel en tous sens. Le midi, le soir, à chaque instant, même spectacle. Pas un accident de terrain, pas un être vivant, une solitude continuëelle, accablante, une immensité impla-

cable qui nous étreint dans un ennui immuable.

Pour deux sous nous aurions donné notre vie. Facile à comprendre que celle des autres ne nous était guère sacrée :

elle ne valait pas une chiquenaude.

L'âme gonflée de fiel, la rage au cœur, nous n’aurions reculé devant rien.

Enfin, nous apprenons que notre

avant-garde est venue en contact avec les contingents de neufs douars des Embarecks, Doui-Menia, Beni-Guils et Ouled-Sidi-Cheik sous les ordres de Si- Sliman.

Surpris dans leur campement, ils avaient d’abord fait assez bonne contenance contre la cavalerie, mais ils filaient bientôt en voyant les cent hommes de la compagnie franche mettre pied à terre et leur envoyer des feux de salve.

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lards et tous leurs troupeaux, les cavaliers s'étaient évanou's dans le désert.

Les chasseurs d'Afrique, qui se rappelaient toujours le sort de leurs malheureux camarades à Chellala, avaient tout sabré.

Nous arrivons sur les lieux. Des cadavres partout, une centaine de cavaliers, des vieillards, des femmes et des enfants gisaient derrière les touffes d’alfa; vingt- :

deux mille moutons, douze cents cha- 20..:

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meaux et cent trente-neuf tentes étaient tombés en notre pouvoir.

Le colonel donne l’ordre de brûler tout ce que nous ne pouvons pas emporter.

Des tapis, des telliss, des tentes, des centaines de sacs de dattes sont empilés et incendiés.

Des milliers d’agneaux et de chevreaux sont attachés près des tentes à d'immenses cordes d’alfa pendant que les troupeaux vont au loin à la pâture.

Il faut les tuer car ils ne peuvent suivre. On les assomme à coups de crosse, on les perce du sabre et de la baïonnette, mais ils sont trop nombreux et la besogne tire en longueur.

On trouve un autre moyen. Armés d’une forte matraque, on joue du moulinet. Chaque coup fait voler en éclats trois ou quatre petites têtes inconscientes et marque bientôt le long de la corde un sillon sanglant moucheté dé morceaux de crâne et de cervelle.

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On se grise, on perd la tête dans cette orgie du massacre.

Pénible nécessité, car il faut faire le vide autour des révoltés. C’est en les ruinant, en les affamant qu'ils se soumettront.

E matin, après un Jour de repos, nous reprenons le chemin du re-

tour.

Les Arabes sont re-

venus sur nos talons et nous tiennent de près.

La nuit, ils nous tirent des coups de fusil sans beaucoup de résultats.

F L’arrière-garde ‘ a l’ordre de tuer toutes les bêtes qui ne 7 peuvent suivre.

J Le deuxième jour, les

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goumiers amènent au colonel un pauvre diable, hâve, les yeux caves, à moitié mort de faim.

C'est un espion qui s'était faufilé la nuit dans notre camp.

Le colonel ordonne de le fusiller immédiatement.

Je suis adjudant de grande semaine et cette corvée m’incombe.

Je fais ficeler l’Arabe avec une corde de tente, les deux mains derrière le dos, et, prenant quatre hommes, les premiers venus, Je conduis le condamné vers un mamelon, tenant par une extrémité la ficelle qui le lie.

Il marche d’un pas ferme, mais sa figure anxieuse se détourne et ses yeux hagards sont fixés sur les canons menaçants des fusils.

Arrivé à une petite dune de sable, je le lâche. Il prend sa course, regardant toujours derrière lui, cambrant instinctivement les reins comme pour se garer des COUPS.

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