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TRÈS SUCCINCTE

A zone antarchque est la portion de la calotte sphérique limitée par le cercle polaire austral, mais la région appelée Antarchique est plus vaste et moins bien définie. Quelques géographes la

circonscrivent à la limite des glaces flottantes; d'autres la déterminent plus vaste encore et lui font même englober une partie importante de la Patagonie.

La région antarctique,au delà du cercle polaire austral, nous est bien plus inconnue que la partie correspondante de la terre dans l'hémisphère Nord. Et il est tout naturel qu'il en soit ainsi.

En effet, la banquise australe s’avançant vers l’'Équateur bien plus que la banquise boréale, les glaces éternelles y sont plus étendues et, par suite, leur étude est plus longue que dans le Nord. En outre, peu d’expédi- Hons: Ont été organisées vers le Sud, tandis que les explorateurs ont concentré leurs efforts vers le pôle boréal. Ce pôle devait tenter davantage les voyageurs, pour de multiples raisons.

D'abord, parce que l’hémisphère boréal présente, par une latitude déjà élevée, d'excellents ports de refuge pouvant servir de base d'opération ; ensuite, parce que dans le Nord des voyageurs en détresse peuvent être secourus par les Esquimaux ou recueillis par des pêcheurs qui fréquentent régulièrement ces régions; puis, parce que la-faune (Fours blanc, lé remne, le morse, etc.) fournit ua gibier assez abondant, parce que la banquise touche à des térres qu'on peut espéren rejoindre en cas de sinistre, enfin parce que le climat du Nord est moins malsain que celui de l’Antarctique.

Sur la banquise australe, au contraire, des marins désemparés n’ont guère de ressources : pas de navire croisant dans ces parages, aucun habitant dans ces terres inhospitalières où le gibier est rare et d’un goût douteux.

Notons, enfin, que l'Amérique du Sud et l'Australie sont les seuls pays dans lesquels peut s'établir la base d'opération des expéditions antarctiques. Encore, ils exigent, avant détre atteints, me longue traversée peu. facile pour les navires qui seraient aménagés spécialement en vue de la navigation dans les glaces.

Les premières découvertes au Sud du Cap Horn furent dues à des marchands européens cherchant dans ces parages une voie de navigation. Les tempêtes, qui sévissent au Sud de l’Amérique, furent leurs meilleurs alliés; même, elles les conduisirent successivement, bien malgré eux parfois, aux découvertes géographiques de l'Ile des États, de la Géorgie du Sud, etc.

l'endant Sés voyages de 17724 1775, l'explorateut anglais Cook dressa d'importants levers de la Géorgie du Sud et des Iles Sandwich. 11 traversa le premier le cercle polaire austral, en janvier 1773.

Quarante-quatre années s’écoulèrent ensuite sans que la région de l’Antarctique fût visitée.

En 1810, Smith découvrit les Shetland du Sud: et Bransfeld, en 1820, cingla, pour la première fois, dans le Détroit qui porte son nom.

Cette même année, Palmer, commandant d’un petit navire destiné à la pêche aux phoques à fourrure, reconnut la terre aux environs du parallèle 63°30’ et s’approcha de (4 Perréde la Trinité.

Pendant les années 1819-1821, une expédition russe, commandée par Bellingshausen, découvrit l'Ile Pierre [* et la Terre Alexandre Ier.

De 1820 à 1824, la chasse aux phoques attira de nouveau, vers le Sud, un grand nombre de petits bâtiments, dont deux commandants se distinguèrent particulièrement : Pauwell, qui découvrit les Orcades du Sud, et Weddell, qui atteignit 74°15 environ de latitude. Arrivé à ce point austral, il rebroussa chemin, parce que la saison était trop avancée et qu'il ne voulait pas courir les risques d’un hivernage pour lequel il n’était nullement préparé. Pauwell et Weddell ont laissé, tous deux, des documents précieux, prouvant qu’ils n'étaient pas seulement de bons marins, mais encore de sérieux observateurs.

Hrataors orsanisa l'expédition de Foster, Ce jeune savant cffectua des mesures pendulaires importantes.

Malheureusement, il mourut accidentellement en cours de route.

En 1831-1832, Biscoë entra en campagne; il reconnut la Terre Enderby, l'Ile Adélaïde, la Terre de Graham et les Iles Biscoë. Il débarqua ensuite dans une vaste baie correspondant sensiblement à celle que lexpédition antarctique belge dénomma plus tard Baie de Biscoë (au Sud de l'ile Anvers).

En 1833-1834, Kemp poussa une pointe vers le Sud et découvrit la Terre qui porte son nom.

Én-16830, Dumont d'Uivillé rapports des doëue ments scientifiques importants. Il visita le groupe Ouest des. Shetland.et les Orcades du Sud; puis, le 22 re vier 1838, il. continua à faire route vers le Sud, mais ne dépassa pas cependant le 64° parallèle. Il reconnut la Æerre de Joinville et la Perre Lowus-Plhlippe bn r6048, 0 découvrit encore la Terre de Clarie et la Terre d’Adélie, comprises l'une et l'autre entre lile-Ballens et 14 Pèrre Sabrina, que Balleny avait reconnues l'année précédente (1850)

Entre 1838 et 1842, une expédition américaine (Wilkes, Hudson, Ringgold et Knox) fait de très sérieuses découvertes et, de 18402 1843, l'expédition de \l'Érrebas ed LerrortRoss et Crozier) osant, la) premiere s'areaturen au loin dans la banquise, découvrit la mer de Ross et la leérre Victoria. Hlle dépassae 78" parallèle

En 1975, Dallmann, tout. en chassant le phoque, recueillit de nombreuses notes de voyage. Il signala notamment la présence du Détroit de Bismarck, de la

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baic de Dallmann et du chenal de Dallmann (au sud de lerrede la lrinité),

En 1874, la remarquable expédition du Challenger poussa une pointe jusqu’au cercle polaire. Elle rapporta des documents scientifiques très nombreux et très importants (1873-1876).

En 1882, les Allemands établirent une station dans la Géorgie du Sud.

Enfin, en 1892-1803, les voyages de l’Active et de la PBalacna rapportèrent quelques renseignements utiles.

En 1892-1894, Larsen visite la région antarctique voisine du cap Horn et fournit des données géographiques intéressantes. Toutefois, Larsen produit des affirmations inexactes en plusieurs circonstances, de sorte que beaucoup de ses renseignements sont acceptés avec réserve.

C’est à peine s’il y a lieu, enfin, de parler de l’expédition de l’Antarctic (1894-1895), à laquelle prend part Borchgrevink.

À partir de 1897, une ère nouvelle s'inaugure pour les explorations antarctiques.

En 1897-1809 a lieu l’expédition antarctique belge, sous le commandement d’Adrien de Gerlache. Les pages qui suivent sont le récit de voyage de cette expédition scientifique.

En 1898-1899, l'expédition allemande de la Valdivia rapporte d'importants résultats scientifiques.

En 1899-1900, le Norvégien Borchgrevink (déjà men-

en AS

tionné ci-contre) débarque à la Terre Victoria et cherche aire des records:

En 19017, trois expéditions scientifiques fort bien organisées font route vers le Sud : l'expédition antarctique allemande, sous les ordres de von Drygalski; l'expédition antarctique suédoise commandée par Nordenskjold; enfin l'expédition antarctique anglaise sous les ordres de SCO.

La première de ces expéditions (Drygalski) a établi sa base d'opération aux îles Kerguelen, où elle a laissé une importante station scientifique; puis elle a fait route vers le Sud-Est et a bientôt été emprisonnée dans les glaces, à proximité d’une terre nouvelle appelée Kaiser Wilhelm IT Küste. Cette expédition n’a pas atteint une forte latitude — elle n'a pas dépassé le cercle polaire — maïs ce fait n’a aucune importance; elle a fait mieux qu'un record : elle à rapporté des résultats scientifiques qui lui donnent droit aux plus vives félicitations du monde savant.

L'expédition de Nordenskjold avait pour but de ses recherches la partie Est de la Terre de Graham. Elle eut d'importants résultats scientifiques, recueillis dans le détroit de Bransfield, la Terre Louis-Philippe et l’ile Seymour. Le navire'de Nordenskjold a été écrasé par les glaces et les membres de l’expédition ont été recueillis par la canonnière Uruguay, que le Gouvernement argentin avait envoyé à leur recherche.

Quant à l'expédition antarctique anglaise, elle séjourne encore dans la mer de Ross, où le navire ne parvient pas à être dégagé. Avec une ténacité remarquable, les membres

de cette expédition n'ont pas cessé de travailler et il est dès à présent certain qu’ils rapporteront une ample mois-

son de découvertes.

Pour le moment, une expédition écossaise, dirigée par Bruce, travaille dans le Nord de la Terre de Graham et deux nouvelles expéditions font route vers l'Antarctique. Punede ces expéditions est placée sous les ordres du Suédois Gylden et l’autre est commandée par le docteur Charcot.

Nous souhaitons à ces hommes vaillants de réussir pleinement et nous ne doutons pas un instant que ces savants ne rendent les plus grands services à la science.

AU

Pays des Manchots

CEPMPPERE PREMIER:

Organisation générale de l’Expédition Antarctique Belge.

EXPÉDITION antarctique belge fut organisée sur l'initiative de son chef, le commandant Adrien de Gerlache de Gomery.

Au commencement de l’année 1804, M. de Gerlache, lieutenant de la marine de l’État belge, fit part à M. Du Fief, secrctaire général de la Société royale belge de Géographie, du projet qu'il avait formé d'organiser une expédition belge vers les régions polaires australes, La Société royale belge de Géographie prodigua ses encouragements au jeune ofhcier, et, peu de temps après, S. A. R. le Prince Albert de Belgique voulut bien accorder à l’expédition son haut patronage,

Le succès de l’entreprise semblait dès lors assuré, mais il importait de résoudre tout d’abord la question pécuniaire, Comment recueillir, en Belgique, les fonds nécessaires à l’exécution d’un si vaste projet ?

M. de Gerlache déploya une activité inouïe; il fit preuve d’une persévérance, d’une patience dont on ne saurait assez le louer.

La Société royale belge de Géographie, de son côté, ouvrit

une liste de souscription, sur laquelle de généreux donateurs

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s’inscrivirent spontanément et, par son appui moral puissant, elle mit le projet en pleine lumière.

Si, dans les débuts, de Gerlache dut surmonter de grands obstacles, il rencontra, par contre, de nombreux protecteurs, qui lui aplanirent vien des difficultés. Citons tout d’abord M. Du lief, le dévoué et savant secrétaire de la Société royale belge de Géographie, et le lieutenant-général Brialmont, l’illustre ingénieur, dont la Belgique cntière honore aujourd’hui la mémoire; MM. Charles Lagrange, Lancaster, van Beneden, Renard, Spring, Léo Errera, Dupont et Crépin, ces membres savants de notre Académie royale; nommons Mmes de Rongé et Osterrieth, ces femmes intelligentes, dont la bourse devient inépuisable, lorsqu'il s’agit de créer une bonne œuvre ou de favoriser des recherches scientifiques; rappelons les noms de Mme M. Errera, du Comte Hipp. d’'Ursel, de MM. Houzeau de Lehaie, Solvay, Campers, Ed. Cattier, Delaite, de la Vallée Poussin, Paul Errera, Eugène Lagrange, Lequarré, Pelseneer le baron Lambert, le Dr Taquin, de nombreux officiers de l’armée belge, parmi lesquels le commandant C. Lemaire, le vaillant explorateur du Katanga, qui ne s’épargna aucune peine pour aider et encourager de Gerlache.

La somme recueillie par la souscription publique n'étant pas suffisante, M. Schollaert, alors ministre de l’Intérieur et de l’Instruction publique, sollicita des Chambres et obtint, à l’unanimité de nos Représentants et de nos Sénateurs, un premier crédit de 100,000 francs, qui permit d'activer les achats.

En 1895,de Gerlache, accompagné du lieutenant Danco, se rendit en Norvège, où il prit une option pour le baleinier norvégien Patria et où il s’occupa des approvisionnements de son futur navire.

En 1806, les nouveaux aménagements du baleinier étaient achevés.

Dès 1895, de Gerlache m'avait prié d'accepter les fonctions de commandant en second de l'expédition; mais, pour diverses raisons

spéciales, j'avais décliné l'honneur qui nr’était fait.

Au mois de juin 1897, de Gerlache m’ayant adressé une nouvelle demande dans le même but, je soumis la question à la décision de M. Vandenpeereboom, qui était alors ministre de la Guerre.

Le Président du Conseil des Ministres me fit rappeler d'urgence de France, où, après un séjour de trois ans dans la marine de guerre, j'étais attaché à l'Observatoire du Bureau des Longitudes de Montsouris.

À la fin du mois de juin 1897, j'étais en Belgique et, à la même époque, le navire de l'expédition quittait la Norvège et faisait voile

vers la Belgique, où il devait terminer son armement.

de Gerlache m'avait fixé rendez-vous au 1e juillet 1807, à Flessingue.

Le 2 juillet, vers 13 heures, la Belgica arrive devant Flessingue et je me rends à bord. J'y trouve de Gerlache, Amundsen et Danco, deux mécaniciens et quatre hommes d'équipage, tous éreintés par une traversée de quatre jours, qui ne s’est pas passée sans encombre et pendant laquelle ils n’ont pu fermer l'œil. Leurs provisions sont épuisées, car ils ne s’attendaient pas à devoir rester si longtemps en route. Malgré cela, chacun semble dans les meilleures dispositions d’esprit. Le navire me fait bonne impression; sa solidité est manifeste, et je suis charmé de son élégance. L’armement est cependant loin d’être complet, la mâture même doit subir certaines modifications, Il nous sera difficile d’être prêts dans un mois, surtout que nous allons perdre un temps considérable à « battre la grosse

caisse » pour recueillir un peu d'argent.

Après un court entretien avec de Gerlache, je suivis mon vieux camarade de promotion, le lieutenant d'artillerie Danco, qui ne se tenait pas de joie à l’idée de me faire visiter le navire. Etait-il assez enthousiaste, ce brave ami! Tout lui semblait admirable! 11 parlait avec une volubilité extraordinaire : rien n’était plus beau, plus pratique que nos logements! Je ne tardais pas à en juger.

Il me conduisit à une cabine minuscule, primitivement destinée

aux lieutenants Amundsen et Mélaerts, mais transformée et amé nagée plus tard en chambre pour le commandant; puis, s’arrêtant devant une porte, il s’écria : « Tout cela est très bien, mais tu vas voir le clou et tu seras enchanté. »

Il ouvrit, et je me trouvai à l'entrée d’un réduit sans ventilation, où le jour pénétrait à peine par une lucarne donnant sur le couloir. Là, après quelques instants, je pus distinguer une armoire, sur laquelle s’étalait une sorte de lit et, dans un coin, une caisse de bois blanc grossièrement peinte en chêne. Précisément sous ce local, se trouvait la chambre des machines, d’où montait une fade odeur d'huile bouillante.

Après un moment d'examen : « Qu'est-ce cela? fis-je, intrigué,; la lampisterie! » Danco bondit : « La lampisterie! Comment, tu ne vois pas? tu n’es pas enchanté? mais c’est ta chambre! »

Je restai stupéfait, pendant que lui continuait : « Crois-moi, ce sera superbe et, à peu de frais, tu t’arrangeras à merveille. L’expédition est dans la dêche, nous tirons tous le diable par la queue. »

Il ouvrit une autre boîte dans laquelle régnait une chaleur atroce : « Vois, tu ne te plaindras plus : Amundsen et Mélaerts logeront là. »

Il me fit encore traverser le carré, et me désignant une sorte de couloir : « Racovitza, Arctowski, le docteur et mot, nous serons installés ici (1). »

Je fis le tour complet du navire, puis remontai sur le pont, où je remplaçai de Gerlache, qui alla se reposer.

Et tout en faisant route vers Anvers, je me répétai à plusieurs

reprises : Dans quelle galère suis-je tombé!

La Belgica était un ancien baleinier norvégien (Patria), long de 30 mètres, large de 6m50 et jaugeant 244 tonneaux. Il fut remis en état et spécialement aménagé pour le voyage qu'il allait entreprendre.

(x) Les logements furent considérablement améliorés pendant notre séjour

dans le port d'Anvers.

INR ADRIEN DE GERLACHE. DE GOMERY

COMMANDANT DE L’ >XPÉDITION,

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La coque du navire, en bois de Norvège d’une extrême dureté, avait encore été renforcée par un soufflage en greenheart s'étendant sur toute sa longueur et à peu près jusqu'à la lisse de plat bord, Ce soufflage était destiné à protéger la coque proprement dite contre la friction des glaces.

A l’avant, un certain nombre de bandages de fer consolidaient l’étrave et, vers l’étambot, deux puits mettaient en communication le pont et la mer. L’un de ces puits, la jaumière, servant au passage de la partie supérieure de la mêche du gouvernail, permettait, en cas d’avarie, de remplacer ce dernier plus facilement. Le second était utilisé pour relever l’hélice, afin de la protéger contre les glaces ou encore afin de marcher plus facilement à la voile.

La Belgica possédait une hélice en acier de Suède; cette hélice, à deux branches et de faible largeur, était cachée en majeure partie par l'étambot, lorsqu'elle était placée verticalement pour la marche à la voile. En outre, le navire avait une hélice de rechange en bronze du même modele.

La machine, à Couble expansion, avait une force de 35 chevaux nominaux. À toute vapeur (115 tours), le navire filait sept milles à l'heure; à l’allure moyenne, il parcourait quatre milles; enfin, à l'allure très économique (1,3 tonne de charbon par jour), il franchissait trois milles.

La machine ne possédait qu’un seul condenseur avec bagues en bois, qui, souvent, nous donna de sérieuses préoccupations, et une seule pompe de circulation ne pouvant fonctionner que quand la machine était en marche (1). Par contre, nous pouvions, éventuellement, l'utiliser pour vider la cale. Ajoutons que notre unique pompe à air et à eau avait une soupape de refoulement à la mer, défectueuse, et que la pompe d’alimentation et la pompe de cale étaient parfois

enrayées toutes les deux.

(1) Lorsque nous étions stoppés et que nous faisions usage de la bobine d'enroulement, du treuil ou de la machine à sonder, la circulation dans le condenéeur devait être faite par le petit cheval dont le débit était insuffisant.

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Le petit cheval de la machine était un vieux rossignol, muni d'un tuyautage mal distribué. Enfin, nous avions une pompe dalimentation à la main, qui ne servit qu'en Norvège pour les essais à froid.

La chaudière de la Belgica était neuve, mais si malheureusement construite qu'on ne pouvait la visiter que très imparfaitement dans certaines parties et aucunement dans quelques autres. Lorsqu'il s'agissait de la nettoyer, nous devions chercher, dans les ports de relâche, un enfant excessivement mince, qui, moyennant une forte rétribution, consentit à descendre dans les endroits resserrés et à les nettoyer, en s’y recroquevillant dans les positions les plus extraordinaires. Ce travail devait être peu récréatif, car, malgré la bonne aubaine, le gamin ainsi enrôlé désertait à bref délai.

Comme machines auxiliaires, la Belgica possédait un distillateur très pratique, destiné à faire de l’eau douce en mer et qui nous fut des plus utile dans la banquise; puis, un treuil puissant pour relever les chaluts etaider, éventuellement, aux manœuvres de force ; puis encore une machine pour la bobine d’enroulement du câble de dragage, véritable bijou sorti de l’arsenal de guerre de Copenhague; enfin, une machine à sonder de Le Blanc.

Je viens, en toute franchise, de critiquer notre machine au point de vue technique; il est juste aussi que je reconnaisse, et avec une entière satisfaction, que cette machine, si naïvement construite, nous a laissés rarement dans l'embarras. C’est peut-être même à sa grossière simplicité que nous devons la force avec laquelle elle triompha de

tous les obstacles.

La Belgica était gréée en trois mâts barque. Sa mâture présentait la particularité des huniers à rouleaux. Ce genre de huniers, qui n’est pas recommandable pour les navires de fort tonnage, était, au contraire, très avantageux pour un navire comme le nôtre : 1° il exige fort peu d'hommes pour la manœuvre; 20 ii permet de prendre très rapidement un ou plusieurs ris; 30 il ne réclame aucun homme dans la

mâture pendant le mauvais temps; 4° enfin, son fonctionnement est

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parfait, lorsque, pour hisser ou pour amener les huniers, on a soin de prendre, au préalable, le vent arrière.

Tous ces avantages sont d’un prix inestimable quand il s'agit d'explorer des régions où le temps varie très brusquement.

Ce système, qui nous rendit des services précieux, a cependant des inconvénients : 19 la toile s’use rapidement près des racages; 2° les racages doivent être fort exactement ajustés : s'ils sont trop petits, la toile se déchire; s'ils sont trop grands, le rouleau les force et sort luimême de leurs guides, par vent violent; 30 quand le rouleau est sorti des racages et qu’il n'a pas été possible de le remettre en place immédiatement, il fléchit et prend une déformation telle, qu'il devient difficile, par la suite, de l’y faire rentrer.

Le gouvernail se composait d’une série d'importantes pièces de bois. Il était actionné soit par une roue placée à l'arrière et à l’aide de laquelle on gouvernait sous voiles, soit par une roue placée sur la passerelle d’avant et avec laquelle on gouvernait sous vapeur. Or, lorsqu'il s’agissait de changer de roue pour gouverner, nous perdions un temps considérable à l’ajustage des chaines.

Pour obvier à cet inconvénient, le système fut changé en cours de route, et l’on fit usage d’une drosse sans fin, s’enroulant, en même temps, sur les arbres des deux appareils de gouverne.

Les ancres étaient au nombre de quatre : deux ancres de bossoir ayant chacune 120 mètres de chaîne environ, une ancre de miséricorde de petite dimension et une ancre d’embarcation. On les manœuvrait avec le traditionnel et misérable guindeau des baleiniers, les fonds de l'expédition n'ayant pas permis l'acquisition d’un cabestan à vapeur.

Les embarcations, au nombre de quatre, comprenaient deux baleinières très lourdes, qui ne furent presque jamais employées, un bon canot et un youyou. Ces deux derniers étaient d’un genre gracieux, bien que le youyou fût peu stable. Nos embarcations n'avaient pas de gréement à la voile; pourtant, tout à la fin de notre hivernage, nous en fimes construire un pour le cas où, notre navire étant écrasé par

les glaces, il ne nous resterait que ce moyen de salut.

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Les locaux habités comprenaient :

Sous la dunette, les chambres occupées par l'état-major; sous la passerelle centrale, le laboratoire; enfin, à l'avant, dans l’entrepont, le poste de l'équipage.

Le vaigrage et les cloisons, à l’arrière, étant doubles, on avait placé, dans l'intervalle, une épaisse couche de feutre, afin de conser-ver plus facilement la chaleur dans cette partie du navire.

La description des logements de l'état-major trouverait peutêtre place ici, mais nous aurons occasion d’y revenir dans la banquise.

Le poste de l’équipage était grand, très bien aéré et prenait jour par un vaste lanterneau. Il était garni de seize couchettes, placées en abord sur deux étages et munies de bons matelas et de chaudes couvertures de laine. Au centre même du poste, deux grandes tables se trouvaient montées en permanence, tandis que, près du mât de misaine, s'élevait un lavabo-bébé, surmonté d’une glace minuscule. Dans un coin, une bibliothèque peu garnie, et, à côté, suspendue au cloisonnement, une carte sur laquelle nous tracions la route suivie par le navire,

Le laboratoire, installé sur le pont, était éclairé par deux grandes fenêtres et six larges hublots. Il était divisé longitudinalement en deux compartiments : le compartiment de tribord, occupé par Racovitza, et le compartiment de babord, réservé à Arctowski.

Du côté Racovitza, une grande bibliothèque de cent volumes, contenant des mémoires sur la flore et la faune antarctiques,ainsi que des livres de détermination pour tous les groupes; une armoire où s'étageaient des tubes de toutes tailles pour les échantillons à recueilir; enfin, sur la table, les appareils de précision, tandis que, dans le fond du réduit, s'entassaient des filets, des lignes, des engins de pêche de toutes sortes.

Du côté Arctowski, l'encombrement de thermomètres marins, d’anémomètres, de baromètres, d’hygromètres, de bouteilles à eau,

de cornues à formes bizarres était tel, qu’on se demandait comment

ETS. MAALVAUX. SA.

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