I. Concours d'ensemble (aspect général
II. Concours de détail (les plus beaux yeux, les plus jolies HNÉAS000) ELCo) à
III. Concours de bonheur. Pour le concours de bonheur, MM. les électeurs désignent, dans les diverses colonnes, les beautés qu’ils jugent les plus aptes à faire le bonheur de chacun des membres de l'expédition.
IV. Prix d'honneur. — Le prix d'honneur sera décerné à la beauté
qui aura réuni le plus grand nombre de mentions.
Le Chef de Cabinet, Le Ministre des Beautés, (SIGNATURE.) (SIGNATURE..)
Dès le début des opérations, je m'étais imaginé qu’en ma qualité de ministre j'aurais assez de pouvoir pour faire triompher mon choix: que Mme Clara W..., le n° 209 du catalogue, battrait sans lutte Mile Cléo de M..., le n° 64.
Mais, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, dès le lendemain de l'ouverture des travaux, mon chef de cabinet devint mon plus violent adversaire. J’eus beau faire des menaces de révocation, ce fut en vain!
Racovitza continua son indigne politique et se rallia Amundsen, puis Danco, tandis que, moyennant force promesses, de Gerlache et moi, nous ne parvenions qu'à nous attacher le docteur Cook. Mélaerts et Arctowski demeuraient indécis, se réservant, en électeurs pratiques, de faire le choix qui leur rapporterait davantage.
Il est curieux de remarquer combien facilement l’homme redevient enfant : ne voit-on pas les officiers de l’école de guerre renouveler les gamineries mêmes qui, jadis, les ont amusés sur les bancs de l’école militaire!
Pour nous, c'était exactement la même chose : pendant les heures consacrées au travail, les visages étaient sérieux; mais, dès que le moment du repas arrivait, des affiches surgissaient dans les chambres,
dans le carré, sur la table, partout!
« Il n'y a qu'une seule belle femme sur la terre, c'est le 64! Electeurs votez pour elle! »
« Le 200 n'est pas une femme, c’est un ange! »
« Electeurs, on vous trompe : le 64 seul est digne de vos suffrages éclairés! »
Et un jour, ne vit-on pas, au diner, apparaître un vol-au-vent sur lequel Racovitza, narguant le ministre, avait fait inscrire au blanc
d'œuf : Vive le 64 !
Enfin, le 10 avril arriva.
Immédiatement après le souper, le commandant annonce l’ouverture officielle du concours. Dès lors, brouhaha indescriptible : tout le monde parle à la fois, on n’entend rien du discours solennel que j'adresse aux concurrentes.
Pour comble, le plus arrogant de tous est mon chef de cabinet, qui ose déjà prédire ma chute prochaine et pousse l’indélicatesse jusqu’à en témoigner une joie débordante!
Sur ces entrefaites, Arctowski se laisse indignement acheter par Racovitza pour la somme énorme de trois monstrueux bouchons de liège, dont il avait besoin dans son laboratoire!
Par contre, le brave Mélaerts se rattache à mon pouvoir chancelant et je le nomme aussitôt grand-cordon de l’Ordre de la Sardine!
Cook est absolument abruti : il ne comprend pas un mot à tout ce qu’on raconte; c’est un grand avantage pour moi : il en devient incorruptible ! De plus, ne ménageant ni ses peines, ni ses poumons, il ne cesse de crier : « 209, Clara, first prize! »
Enfin, on dépouille le scrutin.
Victoire! le 209 l'emporte!
Je bondis vers la boîte à musique, où je place le rouleau de la Brabançonne ; mais, dans ma précipitation, je l’ai mis à l’envers, de sorte que la cacophonie musicale se mêle à la cacophonie des défens seurs du 64, qui nous accusent d’avoir falsifié les listes. C’est un tintamare épouvantable.
Alors de Gerlache, pour réconcilier tous les partis, fait déboucher le champagne et nous vidons nos coupes en l'honneur de « toutes les
beautés » qui nous ont valu cette superbe fête.
À 11 heures, chacun se retire, mais nous ne pouvons trouver le sommeil. À la gaîté momentanée de ces derniers jours succède une profonde mélancolie.
Demain, c’est le jour de Pâques, fête chérie en Belgique! Pâques
qui ramène le printemps, les fleurs, les cloches! Oh! entendre encore le son des cloches, au Pays, alors que les petits enfants s’empressent de toutes parts, pour découvrir les trésors de jouets et de sucreries qu’elles laissent tomber dans leur voyage aérien!.….
Minuit sonne, mais à la cloche du bord, et elle résonne comme un glas funèbre!...
Oy
CHAPÉPRE"SOCVRE
Travaux scientifiques.
Dès le lendemain de ce joyeux divertissement, le travail nous a tous ressaisis. Rien de plus naturel, car chacun a devant les yeux une importante série de questions à résoudre, questions des plus intéressantes, des plus absorbantes même, puisque toute observation faite dans ces régions inexplorées a pour nous le charme puissant des choses absolument neuves. Dans ces conditions, toute recherche scientifique est attrayante, même lorsqu'on n’y parvient qu’au prix des plus grandes difficultés matérielles.
Nous avons détaillé précédemment les multiples obstacles dont sont semées les observations astronomiques sur la banquise : l’observatoire, dont la fragibilité est extrême; les instruments, dont l’instabilité provoque maintes expériences ratées ; les doigts qui, sans gants, sont raidis par le froid ou brûlés par le contact des pièces métalliques et qui, avec gants, deviennent d’une maladresse complète pour manier les objets délicats ; enfin, les lourdes fourrures qui entravent la marche et la liberté des mouvements.
Puis d’autres ennuis encore : si l’on approche le visage d’une lentille, la vapeur d’eau contenue dans l’air expiré se condense sur les objectifs ou les oculaires, s’y congèle et les ternit,
Immédiatement après les observations, viennent les calculs que l’on transcrit dans des registres spéciaux. Il faut prévoir les surprises : la mort peut nous enlever sans avis préalable.
Danco ne chôme pas : sans cesse, il est plongé dans d’interminables calculs préparatoires aux séries d'observations ou dans les nombreuses mesures des valeurs absolues des éléments du champ magnétique terrestre.
Plusieurs d’entre nous concourent aux observations météorologi-
ques dirigées par Arctowski. Toutes les heures au moins, il faut noter la force et la direction du vent, la température, la hauteur barométrique indiquée au baromètre marin et la pression renseignée aux anéroïdes, enfin la nébulosité du ciel,
Dès qu’un phénomène météorologique se manifeste, Arctowski est sur la brèche. Rien ne peut alors le distraire ni l’arracher à son travail. Si on lui dit un mot, il répond d’un ton sec : « Ne me parlez pas, j'observe! »
Dobrowolski ne se ménage pas davantage : le nez en l'air, il suit pendant des heures l'apparition, la marche, la transformation et la disparition des nuages. D’autres fois, il examine à la loupe tout ce qui tombe du ciel, neige ou givre.
Sur la banquise, des jalons fichés en terre déterminent la quantité de neige tombée.
Les pressions et les détentes de la banquise, la formation des hummocks, des crevasses et des lacs, tout est analysé : Arctowski mesure même l’épaisseur de glace qui se forme après une heure, deux heures... etc., selon la température.
Le travail le plus fertile en surprises est certes celui de Racovitza; laissons donc la parole à notre naturaliste :
« Les animaux flottants, le pancton, furent capturés en grande abondance: mais si le nombre des individus était considérable, le nombre des espèces était relativement restreint, Ainsi pour ne citer que les Copepodes, qui sont si variés dans les planctons des mers tempérées, on ne trouva que vingt-quatre espèces toutes nouvelles de ces petits crustacés.
» Les algues pélagiques étaient fort abondantes, surtout au voisinage immédiat de la surface et sur les parois immergées des glaces. Elles sont représentées, dans ces régions, surtout par les Diatomées et forment de véritables prairies marines, qui fournissent, directement ou indirectement, la subsistance à tous les êtres qui habitent l’Antarctide.
» La faune de fond, recueillie sur un plateau continental dont le
niveau se maintient entre 300 et 500 mètres, est des plus variée et des plus intéressante. Malgré la faible profondeur de son habitat, elle montre un caractère nettement abyssal (1). Toutes les espèces déjà étudiées sont nouvelles et beaucoup ont fourni des genres non encore décrits. Le caractère abyssal de cette faune s’explique par la basse température de l’eau dans laquelle elle vit. »
La machine à sonder a été gréée d’une façon plus pratique que pour nos premiers sondages, mais elle n’est pas utilisable, non plus que le treuil destiné à relever les dragues et les lignes. Nous les réservons pour le moment où nous serons en mer libre (!), car ces engins exigeraient le maintien sous pression de notre grande chaudière, qui consommerait un charbon précieux.
Nous avons cependant un appareil à sonder, de construction grossière, mais précis, maniable à la main, que de Gerlache, avec le concours d’Arctowski, d’Amundsen, de Mélaerts, de Johansen et de Somers, a fait installer sur la glace.
Le virage des lignes de pêche se fait également à la main ou à l’aide d’un petit cabestan à bras, auquel s’attellent deux ou trois hommes.
Pas un seul d’entre nous qui ne soit attiré par le mystère du fond des eaux! Dès que l’un ou l’autre peut disposer de quelques instants, il se précipite du côté de Racovitza, soit qu’il pêche à fleur d’eau avec un filet d’étamine de soie, soit qu’il racle le fond des mers avec le faubert, soit encore qu’il jette la drague plus puissante pour remonter des échantillons de toute nature.
La pêche terminée, notre naturaliste se trouve en présence d’une formidable besogne pour laquelle il ne peut malheureusement disposer d'aucun aide sérieux.
Notre bon docteur n’est pas inactif non plus, bien que l’état sanitaire du bord reste satisfaisant jusqu’à présent. Il prend notre tempé-
rature à l’aide de petits thermomètres qu’il nous place dans la bouche
(1) Signifie des grands fonds.
pendant quatre à cinq minutes; il note le nombre de nos pulsations, nous pèse sur une balance installée par lui au-dessus du panneau de la machine; il examine nos lèvres, nos gencives, nos dents, nos yeux, retourne nos paupières, puis consigne scrupuleusement dans ses
tablettes toutes ses observations. Lorsque nous nous plaignons d’un
Photographie du Dr Cook.