‹ Au pied du mur comedie en un acteChapitre 4 sur 9 · AU PIED DU MUR TRISTAN · texte numérisé non relu

AU PIED DU MUR TRISTAN

Quoi!... ruiné?

GABRIELLE

Complètement. A la mort de sa femme, il mit sa fille ici, en pension, et se retira à Paris dans un modeste appartement de la rue Cassette. Il allait peu dans le monde et ne recevait personne intimement, si ce n’est son neveu Vermillac, qui s’éprit tout de suite de sa cousine, découvrit bientôt la triste situation de son oncle et y pourvut en glissant chaque mois de l’or dans les tiroirs vides. Mon* sieur de Cbambois comprit qu’il n’avait plus rien, le jour seulement où il surprit son bienfaiteur la main dans le sac. Le pauvre homme était désolé pour sa fille d’abord, pour son neveu ensuite. Comment jamais reconnaître tant de générosité? Marie parut en ce moment; il saisit au passage un regard de son neveu ; il devina tout. — « Ah ! s’il est vrai que tu l’aimes, s’écria-t-il, les larmes aux, yeux, je puis encore m’acquitter. Ma fille est le seul bien qui me reste, prends-la, elle est à toi. » Monsieur de Vermillac n’eut pas la force de dire non...

TRISTAN

Et Marie?

• GABRIELLE

Eut le courage de dire oui; elle était la reconnaissance vivante de son père. Refuser, c'était en faire un ingrat ; il serait mort de chagrin. Vous ne riez plus?

TRISTAN, ému.

Non! pas précisément.

GABRIELLE

Elle ne m’a jamais parlé de vous... Mais chaque fois qu’elle me parlait de son cousin, je lisais dans ses yeux

10 THEATRE DES GENS DU MONDE

que sa pensée était à un autre. Que cet autre soit vous, c’est possible !

TRISTAN

C’est sûr.

GÀBRIELLE.

Je le veux bien. En êtes-vous plus avancé? Si je lui remets ce billet, de deux choses l’une : ou elle résistera, ou elle cédera à l’élan de son cœur. Dans le premier cas, elle sera malheureuse, mais elle aura fait son devoir ; dans le second, elle sera coupable, et le remords la poursuivra toute sa vie

TRISTAN

C’est vrai !

GABRIELLE

Eh bien, monsieur, que décidez-vous? Je suis prête à vous obéir.

TRISTAN

Non!... Je ne peux pas... je ne dois pas!... Donnez!

11 prend le billet et lo déchire.

GABRIELLE

Ah! c’est bien, cela! C’est très-bien!

TRISTAN

N'est-ce pas ? Mais alors qu’est-ce que je suis venu faire ici?...

Une bonne action, qui vous sera comptée là-haut.

TRISTAN

Ah! Marie! chère Marie !... Quand j’étais si près du bonheur... pourquoi faut-il...?

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