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Le jeu est partout, tout, est jeu, jeu de hasard avec collection complète des tricheries qui ont été inventées depuis « que le monde est monde » , si bien qu'on peut dire, sans crainte d'être démenti par des raisons préremptoires et convaincantes, que Monaco et la Condamine sont des endroits que Ton peut citer entre les moins dangereux et les plus honnêtes.
Les moralistes de papier ont supprimé les jeux publics et la loterie : je défie qu'on ose seulement prétendre que depuis cette suppression le jeu ait causé moins de désordres et de ruines.
Je demanderais alors quelle différence il existe entre les cercles autorisés et les maisons de jeu. Une différence, — il y en a quelques-unes, et elles ne sont pas à l'avantage des cercles ; les maîtres, banquiers des maisons de jeu « jouent cartes sur table » , les combinaisons de leurs entreprises sont conçues de telle façon qu'ils ne peuvent pas perdre et sont assurés de gagner énormément. C'est un calcul mathématique ; il n'y a qu'à voir les dépenses qu'ils font pour orner leurs boutiques. Mais ces combinaisons ne sont pas un secret, tout le monde peut les contrôler et les vérifier, et se donner à lui-même la preuve évidente qu' « on ne gagne pas au jeu », du moins que ce sont les banquiers qui gagnent toujours ; c'est en vain qu'on cite telle ou telle personne qui un soir a gagné telle ou telle somme, je réponds : on ne gagne pas au jeu, on emprunte, et ce qu'on a cru gagner, on le rend un jour ou un autre, avec un intérêt usuraire. Donc les chances des jeux publics, de la roulette, du trenle-et-qua-
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rante, étant combinées de façon à assurer le gain à la banque, la banque ne triche pas, quoi qu'on ait dit quelquefois, elle n'en a pas besoin, et se contente facilement et sans grand effort de vertu, des chances que vous connaissez comme elle et que vous acceptez assez bêtement. De plus, c'est un point important, contre la banque, on ne joue pas « sur parole », on ne peut perdre que l'argent qu'on a.
Quel est le cercle qui présente les mêmes garanties? Combien sepasse-t-il de temps sans qu'on soit obligé d'expulser quelque filou de cercles même, dans l'origine, les mieux composés? Mais ce qui est plus dangereux que les filous, c'est l'entraînement du jeu sur parole.
On en pourrait dire long sur les cercles. Il serait facile de leur attribuer en grande partie la destruction, en France, de la société et de la famille : mais ce n'est pas mon sujet, du moins pour aujourd'hui.
Après les cercles, il faut parler du nombre toujours croissant des maisons de jeu clandestines. S'il se glisse parfois un tricheur dans les cercles, les tripots clandestins ne sont composés que de tricheurs, d'oiseleurs qui attendent, attirent et appâtent et plument les pauvres oiseaux : c'est là ce qu'on peut appeler le véritable « tir aux pigeons ».
Eh bien ! tout cela n'est rien encore ; le jeu esl aujourd'hui dans les affaires, dans la politique. Partout, les besoins se sont tellement accrus, le luxe s'est tellement exaspéré, le superflu est devenu si nécessaire, qu'aucun métier correct ne peut plus
nourrir une famille. On joue, on joue à la Bourse, on crée des affaires par actions, avec des intérêts exorbitants, des formules alléchantes. On se tend des pièges. Jeu n'est plus synonyme de distraction de délassement, de plaisir. Tout jeu est une affaire ; toute affaire est un jeu. Les courses de chevaux, qui ne créent que des chevaux de course, ne sont qu'un jeu, et une cause de paris. Les régates bientôt auront le même sort, si on observe les bateaux démesurément voilés et leurs formes, sacrifiant tout à la rapidité et les rendant impropresgà- une navigation sérieuse, etc., etc.
En politique, ce n'est pas à des convictions, à.-des études, au travail, au dévouement, à l'enthou? siasme, qu'on demande sa fortune ou son avancement, c'est au jeu, et à un jeu où il se commet plus de tricherie qu'à aucun autre. On parie sur la rouge ou sur toute autre couleur et sur leurs diverses nuances. Beaucoup, moins résolus, mettent leur enjeu à cheval sur deux ou quatre numéros, tandis que ceux qui ont semblé les plus décidés pour la rouge ou la noire, posent résolument de la rouge à la noire et de la noire à la rouge si la couleur ou la nuance qu'ils avaient choisie tarde trop à sortir.
Mais j'oublie que je n'ai voulu parler aujourd'hui que de la loterie qui vient d'être tirée, et n'en parler que sous son côté comique, en racontant quelques-uns des petits drames qui sont venus à ma connaissance.
M. et madame K... présentent depuis bientôt quarante ans l'exemple du meilleur ménage, on ne croit