UN PEU D'HISTOIRE
Nous avons eu l’autre jour une intéressante visite dont je veux vous donner quelques détails.
D’abord sachez bien que notre visiteur n’était ni un savant, ni un personnage plus ou moins décoré, mais seulement un pauvre vieux aussi peu célèbre que possible, à peu près aveugle et conduit par deux jeunes moutards à mine éveillée et barbouillée. Cet ami, nommé Malrace, porte aussi le nom bizarre de Morapudutno, « le fils du gnou », et vient de temps en temps nous voir, car c’est une chose connue même au Lessouto que les amis se visitent quelquefois.
Nous avons donc reçu « le fils du gnou » de notre mieux : en lui offrant une place au soleil, car il avait
LE CHEVET DE L’ÉGLISE d’HEI I
air
l’étang de la station
Au Sud de l’Afrique.
froid dans la maison, puis une tasse de thé et une croûte de pain, plus une chemise, un « five-o-clock » tout à fait complet, comme vous voyez !
Le susdit ami est intéressant à entendre : c’est un témoin de l’ancien temps et il a tanta raconter, mais je vous dirai en confidence que je crois qu’il brode un peu sans s’en douter; à cela s’ajoute aussi la tendance que nous avons à trouver mauvais le présent et si beau le passé !
Cependant on aime à l’écouter parler du temps lointain, quand le pays était bien moins peuplé que maintenant et que les gnous, buffles, hippopotames, éléphants et autres grosses bêtes vivaient dans nos parages, alors aussi que les lions se cachaient dans les hautes herbes, près d’ici ; mais quand le narrateur essaie d’imiter le rugissement de ces derniers, il y a presque de quoi se sauver !
Il n’y a plus de trace de toute cette époque; il n’en reste que quelques peintures à peine visibles, faites par des Bushmen dans des cavernes, les tombes des anciens chefs Bassoutos sur la montagne de Thaba-Bossiou et quelques vieillards qui en ont gardé un souvenir plus ou moins clair.
Le costume de l’ancien temps, fait de peaux tan-
Un témoin du passé.
nées, a disparu ou à peu près, pour faire place aux vêtements européens plus aisés à se procurer.
Il n’y a plus de terrain qui s’ennuie, comme on dit en sessouto, c’est-à-dire ne servant à rien; tout est champs labourés ou pâturages. Selon que le disait dernièrement un correspondant de journal politique1 : « Le Mossouto, guerrier indomp-