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DE LA

Civilisation chez les Bassoutos

Rassurez-vous, je ne vais pas dire du mal de la civilisation, mais seulement vous faire remarquer certains mauvais effets qu’elle peut produire.

L’homme, a-t-on dit, est un grand enfant, et l’enfant un petit homme. Cela est vrai pour les nègres comme pour nous, et tous, grands enfants et petits hommes, nous sommes bien plus disposés à imiter le mal que le bien.

Il en est ainsi, par exemple, dans la question de l’eau-de-vie, qui fait tant de mal dans notre Europe et qui exerce aussi, malgré les lois gouvernementales, ses ravages parmi les noirs de l’Afrique du Sud, qu’elle ruine au physique comme au moral.

SUD CE l’aFRICLUH. 9

Au Sud de l’Afrique.

Le petit village de Wepener, situé près d’Hermon, mais dans l’État libre d’Orange, est un endroit des plus civilisés; il y a une église réformée hollandaise en pierres de taille, avec un beau clocher muni d’une grosse horloge qui bat souvent la campagne, il est vrai, — nous avons tous nos défauts, — mais elle fait très bien dans le paysage, ce qui n’est pas toujours notre cas...

Wepener possède également une chapelle anglaise en briques rouges, un bureau de poste et télégraphe, une belle prison toute neuve, quatre à cinq magasins, une pharmacie avec un grand bocal jaune, puis une bibliothèque publique comptant bien 200 volumes tous reliés, et, au milieu de tous ces efforts de la civilisation, nombre de Bassoutos ne remarquent que la « cantine » !

Il y a aussi des courses dans le pays, ce qui n’a rien d’extraordinaire, puisqu’il y a des Anglais et aussi des chevaux dans la contrée ; ce qu’il y a de plus grave, c’est que le « pari mutuel », cette lèpre qui fait tant de victimes ailleurs, y apparaît aussi dans une certaine mesure, et que les indigènes ont trouvé moyen de s’y livrer! D’autres passent des heures, enfermés dans une petite hutte, à jouer avec

VUE DE WEPENER

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des cartes aussi graisseuses que le vêtement d’un Esquimau et semblent y prendre plaisir !

Les Bassoutos fument... Je ne vais pas médire des fumeurs ni de leurs amis les priseurs, ni m’ingénier à décider que priser ou fumer sont des qualités ou des défauts ; mais, franchement, si la civilisation n’avait eu que la pipe ou la tabatière à introduire dans le pays, elle aurait aussi bien pu rester chez elle !

Les Bassoutos, nous en avons déjà parlé, commencent à aimer la toilette, mais ils aiment aussi les bijoux, — encore une qualité qui est bien près d’être son contraire ; — leurs goûts sont encore simples, car ils se contentent de broches et de bracelets de cuivre ou de fer fabriqués par des « joailliers » indigènes ; cependant, les personnes plus fortunées se procurent chez les marchands des broches magnifiques ou des boucles d’oreilles et des bagues en «doublé », ornées par-

La civilisation che% les Bassoutos.

fois de diamants valant bien trente centimes les deux !

En fait de boucles d’oreilles, les Zoulous sont, je crois, les plus pratiques : on fait un trou dans le lobe de l’oreille et l’on y passe sa pipe ; cela est commode, peu coûteux et tout à fait distingué.

Je ne dis rien des gants dont quelques Bassoutos commencent à se servir; cependant cela fait un singulier effet de leur en voir, ceux que la nature leur a donnés leur allant si bien !

Les élèves des écoles ont emprunté des jeux aux enfants blancs. Les garçons de l’école à

Au Sud de l’Afrique.

Hermon jouent aux barres ou à saute-mouton, pendant que les fillettes sautent à la corde ou jouent aux osselets. Il n’y a rien à redire à cela; j’aimerais même me joindre à eux si mes moyens me le permettaient. Mais ce que j’ai dû défendre, ce sont les mauvaises farces que les anciens élèves faisaient aux nouveaux arrivants. A l’école normale de Morija et ailleurs, on a aussi dû s’élever contre ces sortes de brimades! D’où les Bassoutos ont-ils pris ces sottes pratiques? En tout cas, je vous prie de croire que je ne leur ai jamais fait confidence des vexations que j’ai eu à subir à l’École des Beaux-Arts quand j’étais le nouveau.

La civilisation tant vantée n’arrête pas le paganisme, témoin le dessin ci-après fait d’après une photographie et représentant l’un des principaux chefs du Lessouto dirigeant un mohobelo ou fête païenne, en costume européen et armé du thébé, ancien bouclier de guerre, devenu ornement de danse (voir p. 139).

Bien plus, la civilisation sans l’Évangile est funeste aux noirs ; du reste pour nous-mêmes, elle n’est qu’un vernis qui cache à peine le mensonge et la mort.

La civilisation che% les Bassoutos.

Dans combien d’endroits de la terre africaine pourrait-on répéter ces mots d’un missionnaire du

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