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dans la voie du progrès. Il faudra bien que le Lessouto emboîte le pas. Un petit pays purement indigène, un État nègre, pour parler vieux style, marchant à la mode nègre, deviendrait en pleine colonie du Cap, peut-être au milieu des Etats-Unis de l’Afrique du Sud, un inacceptable contresens. Or, c’est une loi formelle, un peuple ne peut s’isoler et s’enrayer au milieu du mouvement qui entraîne les pays limitrophes. Il suivra ou il périra. » Les documents publiés par M. Christol font voir avec netteté où en sont les ba-Souto à la fin de ce siècle. Dans cent ans, un mo-Souto pourra-t-il mettre sous les yeux de l’Europe une nouvelle collection de gravures prouvant la transformation du pays par le travail des indigènes ou, en d’autres termes, la rénovation sociale d’un peuple par l’Evangile 1 S’il ne le peut pas, c’est que la nation, que nos missionnaires avaient espéré de reconstituer avec l’aide de Dieu, aura disparu. Nous n’acceptons pas cette idée; mais elle montre le tragique de la question posée.
Raoul Allier,
Professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris.
La France
Il n’y a pas besoin d’être bien fort en géographie pour savoir qu’il n’existe pas de possessions françaises dans l’Afrique du Sud. Mais cela ne veut pas du tout dire que la France y soit ignorée, car, en y regardant de près, nous pouvons être étonné de retrouver à l’extrémité du noir continent tant de traces de la foi, de la vaillance, comme de l’intelligence de nos compatriotes du temps passé.
Il y a, à la bibliothèque publique de la ville du Cap, deux beaux manuscrits français du moyen âge. L’un d’eux, un livre d’heures, a appartenu à Marguerite de Valois; l’autre est une remarquable copie du Roman de la Rose.
J’y ai vu aussi un curieux atlas où j’ai pu copier
SUD DE L’*FRiaUE. I
Au Sud de /’ Afrique.
la bizarre vue de la ville du Cap qui figure cidessous. Cet atlas fut publié par ordre des rois de Portugal, en français, chez Pierre Mortier, à Amsterdam, en 1693 ••••
VUE DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE (D’après une gravure française de 1693.)
Mais ce n’est pas tout. Si, à Paris, « on est fier d’être Français en regardant la colonne », comme le dit une chanson, là-bas, au Cap, on l’est aussi un peu en regardant l’observatoire !
Des astronomes français commencèrent dans ces parages, à la fin du xvne siècle, des observa-
La France au Sud de l’Afrique.
tions astronomiques' qui furent poursuivies vers 1751 par le savant Louis de la Caille, et, bien que ces études aient été reprises plus tard par des savants anglais, ledit Institut, dont s’honore à bon droit la ville du Cap, parle de la France !
Mais il y a mieux : vous savez que les Boers, habitant la colonie du Cap de Bonne-Espérance, l’État libre d’Orange et même le Transvaal, sont en grande partie des descendants de nos pères, chassés de France à la suite de la révocation de l’édit de Nantes.
La colonie du Cap doit à ces derniers une bonne part d’une de ses plus grandes richesses : ses magnifiques vignobles, dont la culture n’a vraiment pris son développement qu’à la suite de l’arrivée de nos pères.
Ces derniers s’établirent dans une contrée fort pittoresque qui porte encore le nom de Fransche- Hoek — le Coin français — et qui est devenue une des plus florissantes de la colonie. On y montre encore « l’arbre des huguenots », provenant, dit-on, de glands rapportés de France par les exilés.