UN PEU DE GÉOGRAPHIE
Hermon, octobre.
Nous avons profité de la présence d’un collègue nouvellement venu d’Europe pour faire une promenade a pied, a laquelle il est dommage que vous n’ayez pu vous joindre, car elle vous aurait donné une idée assez complète sur tout le Lessouto1.
Comme consolation à votre absence forcée, je voils invite à me suivre, en vous recommandant de prendre un peu de patience et une paire de lunettes si vous vous en servez ordinairement.
Nous gravissons d’abord les collines qui dominent la station, et bientôt nous arrivons au som-
i. Remarquons en commençant que Lessouto désigne la contrée; le sestoulo est la langue; Mossouto indique un individu, tandis que B>issouto est le pluriel de ce mot.
met de la plus éloignée et de la plus haute de ces éminences, qui s’étendent jusqu’au Calédon et que les Boers désignent sous le nom de Yammersberg — montagne des Soupirs — sur laquelle il y avait des lions il y a peine plus de cinquante a'ns!
Nous sommes à plus d’une heure de la station, et au point où nous sommes arrêtés, il y a un amas de pierres qui indique la frontière de l’État libre de l’Orange et du Lessouto.
La vue qu’on a de ce point est certainement la plus belle qu’on puisse avoir dans le pays, et forme un panorama des plus complets.
Comme vous n’avez pas à craindre le vent que nous avions là-haut ce matin, ni l’ardeur du soleil qui nous rôtissait si généreusement, nous pouvons nous arrêter à loisir et chercher "à nous orienter.
Au sud, c’est-à-dire à droite, mais en dehors du dessin, nous avons la frontière de l’État libre, indiquée par des pierres fixées en terre, reliées par du fil de fer et dont le développement s’étend à perte de vue jusqu’aux collines lointaines des environs de Mohale’s Hoek, magistrature située non loin de la station de Béthesda.
Du même côté, mais dans le dessin, nous aper-
VUE DE LA STATION d’HERMON
Au Sud de l’Afrique.
cevons les collines derrière lesquelles se trouvent les stations de Siloé et Thabana-Morena. Non loin de là, voyez-vous, au bas des montagnes, une ligne d’ombre ? Ce sont les eucalyptus de Maféteng, une autre des sept magistratures du pays : elle est à une heure et demie d’ici; c’est là que nous envoyons, une fois par semaine, chercher la poste, c’est aussi un bureau télégraphique depuis deux ans environ.
Sur la gauche de Maféteng, au pied de la montagne ronde, est la station de Makéneng, la plus voisine d’Hermon.
Un peu plus bas, et sur la route qui va de Maféteng à Wepener, petit village boer dans l’État libre s’élève, isolée, la colline de Qalabane (vous êtes prié de prononcer la première syllabe de ce nom avec un claquement de langue).
C’est là qu’à eu lieu une bataille relativement célèbre, entre les Anglais de la colonie et les Bassoutos, lors de la guerre de 1S80 et où ceux-ci ont battu ceux-là. Nous avons à cet endroit, depuis peu, une annexe importante ; vous pouvez même, avec de bons yeux et de la bonne volonté, apercevoir la chapelle.
DE QAi
l’entrée du village de maféteng
Au Sud de l’Afrique.
Les moulins de Robertson, établis non loin d’ici, près d’un beau pont en fer, le seul dans la contrée, se voient très distinctement; mais le village de Wepener1, est caché par des plis de terrain.
Enfin, à l’horizon, les plaines sont sillonnées de collines qui s’étendent dans les directions de Ladybrand, Bloemfontein, Smithfield et Aliwal. Quant aux collines du premier plan et dont le nom sessouto est Qibing — Pierres de Bushmen, — elles nous cachent la station d'Hermon, mais en revanche, vous pouvez le remarquer, les arbres ne nous cachent pas le paysage, car dans toute la contrée on ne voit que ceux des jardins plantés par les missionnaires ou par des indigènes plus clairvoyants que les autres.
Comme il n’y a pas de chemin de fer dans la contrée, nous n’avons donc pas à prendre l’allure de gens qui ont peur de manquer le train. Aussi, tout en descendant, nous pouvons nous amuser à faire rouler de grosses pierres jusqu’au bas de la montagne, distraction qui ne coûte pas cher, et
i. Ce village doit son nom au commandant de l’armée des Boers, tué à l’assaut de Thaba-Bossiou lors de la guerre de 1865.