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SOUS LA NEIGE

Au Sud de l’Afrique.

En 1869, M. S. Rolland prit la place de M. Dyke et fut remplacé par le D1' E. Casalis, puis par M. F. Ellenberger.

M. H. Dieterlen vint ensuite et y resta onze ans, et l’auteur de ces lignes lui succéda en mars 1887. L’Église d’Hermon, l’une des plus nombreuses de Lessouto, compte aujourd’hui 1,020 membres, 369 catéchumènes et 887 écoliers; l’année dernière les contributions volontaires pour l’œuvre d’évangélisation se sont élevées à 4,464 fr. Ces chiffres ont certainement leur éloquence, mais nous voulons plus et mieux...

L'Hiver au Lessouto

Hermon, 1 6 juillet.

Je ne pensais pas vous écrire aujourd’hui, mais ce matin, en mettant le nez à la fenêtre, mon étonnement a été si grand de voir une forte couche de neige couvrir la terre, que je me suis dit qu’il fallait que j’en parle à mes amis, c’est-à-dire à vous, chers lecteurs.

Je suis donc allé au village, et, assis sur le pas de la porte de la maison de Josefa Motete, j’ai fait le dessin de la station d’ Hermon (p. 24 et 25), pour vous montrer, tant bien que mal, un effet de neige au Lessouto.

Cela vous étonne peut-être que nous ayons la neige à la mi-juillet : c’est que nous sommes en plein hiver. Par contre, quand vous vous amuserez à faire des glissades, ou que vous serez réunis au-

Au Sud de /’ Afrique.

tour d’un arbre de Noël, ici nous serons en été, nous plaignant peut-être de la chaleur et de la sécheresse.

Notre hiver est particulièrement désagréable cette année, peut-être est-ce un contre-coup de celui de l’Europe? Nous avons des pluies inouïes pour la saison; la dernière pluie a duré cinquante heures de suite ! Ce matin, c’est de la neige comme nous n’en avons jamais vu dans ce pays.

Vraiment, ce n’est guère la peine de vivre au Sud de l’Afrique, pour y avoir de la neige comme en Suède! Qu’on vienne maintenant nous parler de la « brûlante Afrique », je serai capable de me fâcher pour me réchauffer un peu !

Vous devinez bien que pour nos Bassoutos un temps comme celui là n’est pas réjouissant, car ils ne sont pas installés pour se garantir du froid, ni vêtus d’une manière suffisante; aussi il faut voir, dans chaque hutte il y a un petit feu et les membres de la famille, assis et recoquillés les uns contre les autres, semblent avoir pris pour devise que l’union fait la... chaleur. Tout cela dans une fumée qui me pique les yeux rien que d’y penser.

Pendant que je faisais mon dessin, il a passé

L’hiver au Lessouto.

devant moi mon homonyme — le petit Crisetaule — qui, pour me faire honneur, porte mon nom arrangé à la sessouto; — le gaillard ne semblait pas trop souffrir du froid, il n’avait cependant que son costume d’été : la peau que Dieu lui a donnée, sur laquelle il en avait jeté une de mouton...

Ce rigoureux hiver n’est pas seulement un ennui pour les indigènes, il est aussi une cause de pertes sérieuses, le bétail souffre de ces pluies et de ce froid et meurt en quantité. Aussi tel qui était riche en été, peut se trouver, à la fin de l’hiver, être un pauvre sire n’ayant ni sou ni maille, c’est-à-dire , ni bœufs ni moutons.

Une autre difficulté sans cesse renaissante : c’est la question du charbon en usage dans le pays.

Quand je dis « charbon », c’est, chers amis, par pure politesse, car on trouve le nôtre partout où le bétail passe. . . Puis il faut le faire sécher — pas le bétail ; le charbon — et bâtir soigneusement en tas ce précieux combustible à l’abri, dans un endroit sec, tout à fait comme si l’on avait peur qu’il ne s’enrhume.

Heureux ceux qui ont du disou! Ceux qui en manquent essayent d’en acheter, ce qui coûte de

Au Sud de l’Afrique.

quinze à vingt francs la charge. Par un hiver humide comme celui que nous avons, le « disou » n’est pas facile à avoir, aussi brûle-t-on ce qu’on peut : vieilles ou neuves caisses, rafles d’épis de maïs, etc.

Je me suis souvent dit, en manière de consolation (lauréats du Conservatoire de musique, voilezvous la face !), qu’il était heureux que nous n’ayons pas de piano, car, qui sait ? la tentation d’avoir une tasse de café chaud peut parfois pousser bien loin...

Sur ce, chers amis, excusez-moi, je vais aller tâcher de me réchauffer.

Que celui qui mesure le vent à la brebis tondue se tienne près de vous et de nous !

L’Été au Lessouto

Hermon, 26 décembre.

Le grand agrément de l’été, chacun sait cà, c’est qu’il fait chaud, mais ici il fait très chaud, quelquefois trop, à notre avis. La moyenne de la température est de 34 degrés centigrades.

Vous aimeriez probablement avoir un peu de notre soleil, car, pendant que vous grelottez en décembre, ici nous sommes en plein été. Au Sud de l’Afrique, on n’a jamais vu une fête de Noël avec de la neige et des engelures !

Au moment où je vous écris, on moissonne les blés; notre petit jardin, qui commence à nous donner des légumes, a un riant aspect; nous avons aussi quelques fleurs : des roses, des lis, ainsi que des dahlias, des passes-roses, etc.

Il y a certaines fleurs dans les champs qui sont

Au Sud de V Afrique.

assez jolies : quelques-unes de la famille des iridées, d’autres de celles des liliacées, dont l’une, appelée par les indigènes « lehutla », est une grande plante ayant beaucoup de ressemblance avec le lis, à part qu’elle n’est pas si blanche, ni si belle, et qu’elle a une odeur désagréable.

Quant à la campagne, qui est sans arbre comme vous savez, elle essaie d’être aussi agreste que ses moyens le lui permettent. En temps de sécheresse, elle a une teinte jaunâtre, tandis que peu après de bonnes pluies elle est d’un vert d’épinard qui ne semble pas naturel, et qui du reste dure peu.

En cherchant bien, on peut arriver à découvrir des coins pittoresques qui respirent une fraîcheur qu’on ne s’attendrait pas à rencontrer dans ce pays, et surtout pas à Hermon.

Par exemple : le chevet de l’église d’Hermon se reflétant dans le petit étang de la station...

Mais, malgré tous ces avantages; l’été a peutêtre en quelques manières des inconvénients plus grands que ceux de l’hiver. Heureux quand les sauterelles ne nous rendent pas visite pour détruire en quelques instants, comme elles ont fait l’an dernier, des récoltes impatiemment attendues.

SUD DE l’aFRIQ.UE.

Au Sud de /’ Afrique.

D’autres fois, on peut avoir dans sa maison une invasion de fourmis, ce qui n’est nullement régalant pour les envahis... Je pourrais aussi vous parler des mouches et de leurs cousins les moustiques, mais j’ai mieux que cela.

Pensez que dans la chambre d’où je vous écris, j’ai tué l’an dernier trois serpents ! Puis une dizaine près de la maison; plusieurs assez grands, d’un mètre de long, peut-être; des noirs, des jaunes, des rayés, des tachetés, enfin pour tous les goûts.

L’été africain a, comme vous pouvez facilement vous l’imaginer,

Des jours mêlés de plaisirs et de peines,

Mêlés de pluie et de soleil.

Ce qui est aussi le cas des étés et même des hivers européens.

Il fut un temps où je ne connaissais guère de la campagne que les trottoirs de Paris, où les arbres ne m’apparaissaient que plantés entre deux becs de gaz. La pluie ne me semblait pas avoir alors d’autre utilité que de remplir les omnibus et de fournir

L’été au Lessouto.

des pratiques à la corporation des marchands de parapluies.

Depuis, j’ai fait une découverte, c’est que la pluie ne fait pas seulement le bonheur des « rossi-

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gnols de Hollande », autrement dit des grenouilles, mais qu’elle fait pousser le blé, frise les choux, arrondit les citrouilles, etc. On a bien raison de dire qu’on s’instruit en voyageant ! Combien de fois, voyant la sécheresse qui nous entourait, n’avons-nous pas fait monter vers Dieu d’ardentes prières, pour qu’il daigne secourir bêtes et gens par de bienfaisantes pluies ! Avec quel entrain nous chantions alors le chant composé par M. Ellenberger, sur l’air de : « Maman ! maman chérie ! »

Pula ! Pula ! Yehofa,

Re fe pula tse ntle, etc.

(La pluie ! la pluie, Yehova,

Donne-nous de belles pluies !)

Aussi jouissions-nous de l’entendre tomber après des semaines de sécheresse, ruisselant de toutes parts et dégouttant quelquefois jusque dans notre maison !

Malheureusement, le tonnerre se met très souvent de la partie, nous laissant pour seule ressource le vieux proverbe français : « Quand il tonne, il faut escouter tonner. » Il y a cependant tous les

L’été au Lessouto.

ans bien des gens tués par la foudre, ainsi que beaucoup de bétail.

Un autre danger résultant de l’abondance des pluies, c’est quand « les rivières se tiennent debout », autrement dit quand elles sont pleines, ce qui n’est nullement récréatif pour la majorité des voyageurs... Je me souviens un jour que je me

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