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VUE DE MORIJA

2i 6 Au Sud de l’Afrique.

l’eau, qu’en France on va seulement puiser, d’autres partaient à la recherche du combustible...

A la pointe du jour, nous chevauchions de nouveau, côtoyant de temps à autre des précipices capables de donner le vertige même à des chèvres, surtout aux abords de la Makhalaneng.

Nous passâmes le lekhalo la machudu, le col des Voleurs, où il n’y a pas de trace de ceux-ci, mais seulement quelques huttes de paisibles propriétaires et un splendide panorama. Le lendemain, le chasseur de notre bande eut une pénible émotion, car un troupeau d’antilopes apparut près de lui : Nemrod avait bien son fusil, mais, hélas ! la cartouchière était à l’arrière-garde !

Vers onze heures, nous atteignîmes enfin la Letsunyane. Sa mère, la Ma-Letsunyane, n’était plus très loin; il reste encore une grande montée; il faut aussi tourner Thaba-Patsoa, la montagne Grise, passer parle col de Noël, et là-bas, dans le fond, de l’autre côté d’un marécage, on aperçoit quelques huttes vers lesquelles nous nous rendons, après avoir traversé la susdite Maletsunyane.

Nous sommes chez le chef Motata, dont le village a piteuse mine. Mais la réception qui nous

Course dans les montagnes.

y est faite lui donne vite pour nous un autre aspect ; en effet on nous apporte un beau mouton, un pot de mafi, lait caillé, un autre de léting, bière de sorgho, et maintes bonnes paroles...

« EN route »

On doit vivre bien tranquille dans ce coin isolé, et l’on doit d’autant mieux s’entendre avec ses voisins qu’on n’en a pas...

Mais ce calme est bien trompeur, paraît-il, car les chacals apportent la désolation parmi les poules

Aie Sud de V Afrique.

de Motata, et les hyènes et les léopards font la guerre à leurs chèvres, moutons et poulains !

Presque tout le monde nous accompagne à la cascade, ou du moins jusqu’à une grande déchirure de terrain que les indigènes nomment Diheleng, quelque chose comme Enfer , et qui est bien autrement grandiose que les abords du lac d’Averne, près Pouzzoles, où les poètes antiques plaçaient l’entrée des enfers, que je visitais il n’y a pas mal de temps.

Peu après nous étions devant la cascade, saisis d’admiration et tout prêts à répéter le vieux psaume :

O Seigneur Dieu, que tes œuvres divers

Sont merveilleux par le monde univers !

Oh ! que tu as tout fait par grand’sagesse !

Bref, la terre est pleine de ta largesse...

Cette cascade, l’une des plus belles qu’on puisse voir, est formée par la Maletsunyane, honnête rivière qui chemine paisiblement dans une vallée resserrée, jusqu’à un point où, fort étourdiment, elle se précipite d’une hauteur à pic de plus de 190 mètres, avec un bruit assourdissant, répercuté par tous les échos des alentours.

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