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À une idée si jeune et qui se heurtait à des adversaires si haut placés, il fallait un apôtre. Ce fut Darier ; il se fit, dans son enseignement et dans une série d'articles dont quelques-uns très combatifs, le ‘défenseur de la biopsie. Les résultats remarquables qu'il obtint en particulier dans le diagnostic précoce du cancer de la langue, son ardeur à recominander cette nouvelle méthode firent triompher la biopsie, et, à l’heure actuelle, personne n'en discute plus Putilité primordiale et les indications multiples.
Le progrès que la biopsie a fait faire dans le diagnostic des fumeurs est un/peu comparable à celui que la bactériologie a fait faire dans le diagnostic des infections. La bactériologie et l'histologie pathologique nous font sortir en matière de diagnostic du domaine des probabilités et nous font atteindre la certitude, De même que la présence de bacilles de Lœffler dans une culture d’exsudat pharyngé permet d'affirmer la nature diphtérique d’une angine, la constatation de certaines dispositions histologiques nous permet d'affirmer la nature maligne d’une néoformation.
Nous n'insisterons done pas sur la valeur de a biopsie.
Les indications de cette méthode sont très nombreuses. En principe, elle peut être appliquée à tous les tissus pathologiques ; c'est un procédé de recherche scientifique légitime, à condition, bien entendu, de n'en point abuser. Mais pratiquement, à
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côté de cas relativement peu nombreux, où il peut être intéressant de faire une biopsie, il y a une indication beaucoup plus fréquente de ce procédé de diagnostie : c'est la constatation qu’une lésion pouvait être de nature maligne ; el voici, sans insister plus longuement, les nombreux avantages et renseignements qui nous seront fournis dans ce cas :
Diagnostic très précoce du cancer,
2° Correction des erreurs de diagnostic,
3° Suppression du traitement antisyphilitique d'épreuve par lequel on essayait autrefois de juger de la nature spécifique de la lésion. Il st avéré que ce traitement d'épreuve peut donner un coup de fouet au cancer,
4° Précision de la variété histologique du néoplasme et indication approximative de son degré de radio-sensibilité,
5° Possibilité de suivre les modifications histologiques au cours du traitement et de juger de l'activité de celui-ci,
6° Vérification de la guérison clinique.
Donc, tout praticien se trouvant en présence d’une lésion suspecte doit penser à pratiquer une biopsie.
Si nous disons « doit penser », c’est pour bien faire ressortir qu'entre l'intention et l’action, il doit y avoir place pour la réflexion ; car: -
Premièrement. — Il est des cas où un examen clinique attentif suffit à éclairer le diagnostic, et à
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éliminer d'une façon catégorique l'hypothèse d’une lésion maligne. Il ne faut pas abuser de la biopsie et en pratiquer pour des lésions qui ne prêtent pas au doute après un examen soigneux du malade. Le laboratoire tend trop de nos jours à remplacer la clinique. Il faut savoir se garder des excès dans un sens ou dans un autre. Comme le dit M. Castaigne (1) « faire une ponction exploratrice de Ia plè- « vre chaque fois qu'un malade présente un point: « de côté ; pratiquer une ponction lombaire pour « une céphalée sans gravité ; faire un prélèvement « de tissu pathologique pour des lésions qui ne prê- « tent pas au doute, ce sont là des procédés « con- « damnables », et il ajoute 5 « Mais en les criti- « quant, c'est contre une application intempestive « de la méthode que nous protestons et non contre « la méthode elle-même qui est très féconde pourvu « qu'on sache l’employer à bon escient. »
C'est dans cet esprit que nous avons écrit les pages qui vont suivre. |
Deuxièmement. — Si impérieuse et si pressante que soit la nécessité de faire une biopsie « toutes les « fois que l’on ne peut exclure d’une façon formel- « le le soupçon de tumeur maligne » (Parier), cette règle générale r’est pas sans compter des exceptions ainsi que nous essaierons de le montrer plus loin. Il ne faut jamais être trop absolu ; nous verrons qu'il est des cas où il y a lieu d’agir avec beaucoup de
(1) CASTAIGNE, — Journal Médical Français, 1913, n° 3.
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prudence, et où, dans l’état actuel de nos connaissances sur le cancer, il est préférable de renoncer à un prélèvement biopsique et d'appliquer immédiatement à la lésion un traitement radical. Nous discuterons les raisons d’une telle façon de procéder, et nous chercherons s’il est des cas où l’on peut parler de contre-indication à la biopsie.
Troisièmement. — Pour qu'une biopsie ait de là valeur il faut d’abord qu’elle soit bien faite. Or, la technique même du prélèvement est essentiellement variable selon les cas ; elle demande toujours à être précédée d'une investigation clinique particulièrement soignée-et d'une mise au point minutieuse des différents temps de l’opération.
La biopsie, qui rend de si précieux services, n’en doit donc pas être pour autant un acte reflexe chez le praticien : il faut parfois en discuter l'opportunité et toujours en régler l'exécution avec une extrême précision, si l’on veut profiter des excellents résultats qu’elle peut donner.
“C'est ce que nous voudrions démontrer dans ce modeste travail. Nous y ajouterons des conseils pratiques sur la technique générale de la biopsie, des indications spéciales sur la pratique des prélèvement sur tel ou tel organe, signalant, chemin faisant, les incidents ou accidents pouvant se produire au cours de l’opération, et indiquant, dans la mesure du possible, la manière de les éviter où de les traiter.
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Le plan que nous avons adopté est le suivant :
Définition de la biopsie..
Division des biopsies en deux classes : les biopsies externes et les biopsies internes. Au sujet de chacune de ces classes :
Nous formulerons d’abord des considérations d'ordre général ; à
Nous préciserons ensuite les points essentiels de la technique opératoire ;
Nous passerons en revue les organes où se pratiquent le plus souvent ces biopsies et à propos de chacun d’eux, nous donnerons des. conseils d'ordre
pratique ; Enfin, dans un dernier chapitre, nous indique-
rons la conduite à suivre, une fois le prélèvement effectué. :
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re DÉFINITION
« On entend sous le nom de biopsie (bios = vie — opsis — vue) l'opération qui consiste à exciser sur le vivant un fragment de tissu pathologique afin d’en établir au microscope le diagnostie histologique ». (1)
Au cours de l'étude que nous allons faire et pour plus de clarté, nous diviserons les biopsies en deux catégories
Les biopsies externes,
Les biopsies internes.
Nous appellerons biopsie externe, une biopsie pratiquée sur une lésion que l’on peut atteindre directement sans inciser de tissu.
Une biopsie interne s'adressera donc à une lésion qui n’est accessible qu'après l'incision des téguments et des tissus qui la recouvrent.
Il est évident qu'une telle classification est arbritraire ; une tumeur de la glande mammaire où d'un
(Gi) Roussx. — Journal Médical Français, 1913, n° 7.
rires
ganglion, lésion interne, peut envahir la peau devenant ainsi lésion exlerne, mais outre que nous avons surtout en vue le diagnostic précoce du Cancer, nous répétons que nous avons adopté cette dis- tinction pour augmenter la clarté de cet exposé.
BIOPSIE EXTERNE
DÉriNITION. — Nous appelons biopsie externe une biopsie pratiquée sur une lésion que l'on peut atteindre directement sans inciser de tissus.