‹ Au temps de Louis XIIIChapitre 34 sur 46 · Gaillon était, et est toujours, du diocèse d'Evreux · texte numérisé non relu

Gaillon était, et est toujours, du diocèse d'Evreux

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diligence auprès de son promolcur général, alin que toUvS les documenls, IcUres du primat au cardinal de Uichelieu, réponses de celui-ci et les « lettres de grâce » — c'est ainsi que M. de Harlay désignait l'absolution — fussent enregistrées au grefTe de sa cour, afin d'établir, pour l'avenir, les termes et le sens de ce qui s'était passé. Après quoi, paternellement, l'archevêque donna congé aux deux moines, leur recommandant de faire une grande procession en signe de joie et les priant d'aller voir, de sa part, madame l'abbesse de Saint-Amand, ce à quoi les deux religieux ne comprirent rien du tout^

Ils se retirèrent furieux contre eux-mêmes d'avoir été si sots, furieux contre le primat qui les avait joués. Dom Marchand écrivit à Dom Tarisse pour tâcher de se disculper.

Ils n'allèrent pas voir madame l'abbesse. On ne

1. Cette abbaye de Saint-Amand de Rouen était la première abbaye de moniales du diocèse (Farin, Iltsl. de Rouen, III, 101; Gomboust, op. cit., p. oO); et l'abbesse à ce moment était Anne de Souvré (F. Pommeraye, Hisf. de Vahbaye de Saint-Amand, à la suite de llist. de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, 1662, infol.; et E.-H. Langlois, Notice sur Vabbaye de Saint-Amand, Rouen, 1834, in-8°), abbesse avec laquelle M. de Harlay entretenait une correspondance suivie (Biblioth. de l'Arsenal, mss 3 447, fol. 222, et 4 119, fol. 41). Mais, disent Dom Tassin et Dom Toustain, « nous ne savons pas quel rapport pouvoit avoir cette visite avec l'afTaire de Saint- Wandrille, si ce n'est peut-être que cette abbesse se fût intéressée pour apaiser le prélat » (Ms. Y 119 de Rouen, p. 89).

fit pas de procession. Le supérieur général, après avoir manifesté son mécontentement, décida que rien ne serait enregistré nulle part. Pendant quelque temps, l'archevêque tâcha d'obtenir l'exécution de ce qu'il avait prescrit « et poussa même sa pointe avec vivacité », envoyant le doyen de Saint- Georges solliciter, prier, menacer. Il n'obtint d'autre réponse que la formule recommandée par les supérieurs : « la lettre de Son Eminence ne commandait rien de pareil ». Il fut obligé de renoncer à son projet, et, pour se consoler, publia les pièces dans son Mercure de GaiUon, puis les enregistra lui-même, ce qui juridiquement n'avait pas la môme valeur.

Quelques mois après, M. de Harlay annonça qu'il allait faire une visite à l'abbaye de Saint- Wandrille et qu'il viendrait le second dimanche d'après Pâques. Les religieux furent saisis d'inquiétude. Qu'allait-il encore sortir de cette « cervelle fumante'? » Les précautions les plus minu-

1. Lorsqu'en 1616 M. de Haiiay prit possession de son siège archiépiscopal et prêta serment, suivantl'usage, devant le grand portail de la cathédrale, il commença ainsi sa déclaration : « Moi, François de Harlay, jmr la patience divine, pasteur de celte église de Rouen... >• (Stabenrath, dans Revue de Rouen, 1839, 2" semestre, pp. 'o et 57).

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lieuses furent prises, les cas prévus, les réponses apprêtées : tout devait être inutile.

Au jour dit, sur les quatre à cin(j heures du soir, le primat de Normandie arriva en un modeste appareil. Il fut cordial : sa large face était illuminée d'une bonté avenante et ses yeux étaient g-ais.

Les religieux le reçurent avec honneur, le menèrent à l'oratoire, qui était toujours dans le chapitre. Il pria, monta à l'autel, ouvrit le tabernacle, puis le referma, après quoi se retournant vers l'assemblée, il dit qu'il était venu avec plaisir au monastère, n'ayant aucune intention de faire dorénavant l'examen des religieux; qu'il « déféroit en cela à la lettre de monseigneur le cardinal de Richelieu et non seulement pour l'abbaye de Saint-Wandrille, mais encore pour celle de Jumièges, laquelle n'y étoit pas comprise » ' ; qu'il se bornait à la visite du Saint-Sacrement de l'autel, sans plus, pour l'avenir; puis il acheva pieusement la cérémonie. Au souper il mangea avec appétit, causa bruyamment, rit beaucoup et parut plein d'entrain. Le lendemain matin,

1. En réalité c'est sur l'invitation de Richelieu que M. de Harlay prit cette détermination à l'égard de Jumièges, laquelle il communiqua à ce dernier monastère le 21 avril 16iO {tlisl. de Vdbbuije (if Jumièges, éd. J. Lotli, III, 57).

monlanl en carrosse, il bénit la communauté tout entière de larges signes de croix et s'en alla.

La réforme était définitivement établie à Saint- Wandrille.

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