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VII. — ORGANISATION INTÉRIEURE

Art. 15. — L'organisation intérieure est essentiellement du ressort des associés eux-mêmes, agissant directement par des délégués incessamment révocables. Comme point de départ de cette organisation, l'Association prendra les règlements, fruit de dix années de pratique, établis aujourd'hui dans la North- American- Phalanx, notamment en ce qui concerne le noviciat, les admissions, la comptabilité des groupes et séries, etc.

Toutefois, et comme première extension au mécanisme de la North-American-Phalanx, l'établissement sociétaire se propose déjà d'admettre les divers éléments suivants :

1° Des associés en capital et en travail.

2° Des associés en travail.

8° Des associés en capital, travaillant pour leur propre compte. 4° Des travailleurs non associés, salariés par l'Association. 5° Des résidents non associés ou demi-associés, travaillant pour leur propre compte.

6° Des pensionnaires.

Art. 16. — Les rapports à établir entre les différentes catégories ci-dessus, seront réglés d'après le principe de la réciprocité.

Art. 17. — Les deux premières catégories, constituant les pleins sociétaires ou membres proprement dits, aviseront à se garantir mutuellement par un règlement intérieur, l'éducation des enfants, les soins et l'entretien des malades, infirmes, vieillards, l'adoption sociale des orphelins, etc., etc.

Art. 18. — Le minimum du prix du capital sociétaire étant fixé

par l'acte, le minimum du prix du travail sera établi de manière à y placer, comme situation de départ, les deux éléments dans les proportions où ils se trouvent l'un à l'égard de l'autre sur le marché ambiant.

Telles sont, sans qu'il soit bes®âa de leur donner en ce moment plus de développements, les bases générales du projet de premier établissement local. C'est, comme je l'ai dit, un protocole ouvert qui permet aux futurs immigrants de faire dès aujourd'hui des propositions déterminées, lesquelles devront être adressées, en Europe, à la Gérance de la Société de Colonisation, et, en Amérique, à l'Agence exécutive.

Ces bases sont très-simples, conformes aux principes que l'Ecole développe publiquement depuis plus de vingt-cinq années. Chacun de nos amis se reconnaîtra et se mouvra aisément dans leurs dispositions. C'est à peine s'il est nécessaire de les faire suivre de quelques observations.

Les trois catégories d'actions se justifient d'elles-mêmes. Les actions foncières sont plus particulièrement destinées à offrir un placement aux capitaux dont les propriétaires ne seraient pas sur les lieux. Elles ne confèrent aucun droit dans le gouvernement des affaires de l'Association ; mais, comme conséquence, elles ont dû recevoir premier privilège sur les biens meubles et immeubles de l'Association, avoir des intérêts toujours payables en numéraire, une belle prime assurée en cas d'amortissement, et une part progressivement réduite dans les bénéfices éventuels. Ces conditions vont ensemble et se justifient les unes par les autres.

Au reste, ces actions seront susceptibles de se transformer en actions d'exploitation, surtout dans le cas où les propriétaires, les apportant sur les lieux, seraient reçus membres de l'Association.

Les intérêts ont été mesurés, en chiffres progressifs, pendant les premières années, parce qu'il faut donner à tout établissement colonial le temps d'élever des produits marchands permettant des rentrées liquides.

Les actions d'exploitation, qui conviendront spécialement aux membres mêmes de la Société, devaient avoir un taux moyen et fixe. L'Association, n'ayant, pendant les 3 premières années, à en payer les intérêts qu'en monnaie intérieure ou en bons de consommation, n'avait pas besoin, pendant ce temps, de réduire le taux au-dessous d'un chiffre normal. La monnaie intérieure sera, poulies résidents, l'équivalent de toute autre.

La faveur faite aux placements progressifs des épargnes des travailleurs non capitalistes est trop conforme à nos principes pour que nous ayons à justifier la création des actions ouvrières. Nous ne tendons pas, nous autres, on le sait, à abolir la propriété et les propriétaires, mais bien à multiplier la première et à élever tout le monde à l'état des seconds. Ces deux buts seront atteints progressivement et avec facilité sur le terrain où nous allons nous porter.

Quant à la part faite au Travail dans les bénéfices collectifs, il est très-facile d'en comprendre le procédé d'attribution. Ce procédé repose sur ce raisonnement bien simple.

Si l'Association stipule un intérêt minimum de 1 000 francs pour un capital actionnaire de 20 000 francs (5 %), c'est qu'elle considère que 1 000 fr. est le prix minimum du service que lui rendent la disposition et l'emploi de ce capital pendant l'année.

Or, si elle a stipulé également 1 000 fr. pour prix minimum du travail d'un de ses membres, c'est qu'elle estime que ce travail lui vaut juste autant, concourt pour autant à la création des produits que l'emploi du capital de 20 000 fr. En conséquence, il est juste défaire à ces deux éléments équivalents dans la production, nn droit égal dans la répartition.

Je pense que cette convention provisoire, en concrétant le procédé de formation des entreprises particulières appelées à se développer sur le domaine de la Société générale, achèvera de faire comprendre clairement à tous le mécanisme de la colonisation, tel que nous l'avons conçu et tel que les principes en ont été posés primitivement dans le Rapport. Toutes les relations possibles se déduisent facilement, par analogie, des conditions actuellement bien connues.

Ainsi l'on voit :

1° Que chaque établissement colonial, quels qu'en doivent être le caractère et la nature, résultera d'un contrat passé avec la Société générale;

2« Que celle-ci, avisée par les relations avec le personnel en volonté d'immigration, des dispositions auxquelles devront satisfaire les établissements à créer pour correspondre aux convenances de ce personnel, traitera avec les centres en activité et emploiera à ces créations les forces disponibles de ceux-ci ;

3° Qu'elle fera ainsi constamment fonction de haut intermédiaire entre la population déjà établie et la population à établir;

4° Qu'elle réglera et conduira avec ordre et sans confusion les mouvements de l'immigration, en combinera et en solidarisera le mieux possible les éléments de toutes natures ;

4° Qu'elle s'occupera d'organiser les transports d'approvisionnements, d'améliorer les conditions de passage, etc., etc.

On voit, en outre, que l'on peut être actionnaire de la Société générale, et, par le remboursement d'une plus ou moins grande partie de ses actions, devenir, avec le même fonds, actionnaire d'un ou de plusieurs établissements collectifs, tels que celui que la convention provisoire ci-dessus a en vue, ou d'autres conçus dans des idées différentes, ou enfin se créer un établissement séparé, — et cela, sans perdre les droits aux plus-values de la Société générale et sans cesser d'en faire partie intégrante.

Enfin, tout homme ayant la moindre entente des affaires recon-

naîtra que, les travaux et les frais de la Colonisation devant se faire, dès le début, au compte direct des colons, la Société générale n'a plus, au sien, de frais considérables, et que, dès le début, en conséquence, elle marche presque, comme on dit, sur le velours. C'est précisément ce qu'il faut pGvn que cette Société mère, commanditaire et banquière des sociétés spéciales, source de vie, agence de solidarité et de combinaisons unitaires pour la colonie toute entière, soit abondamment pourvue de capital.

Je ne crains pas de faire, tout haut, de cette sorte, des vœux pour que de grands capitaux nous arrivent, et encore, et encore... et de tout disposer pour que ceux qui viendront n'aient pas à se repentir d'être venus; je ne le crains pas, parce que j'ai le sentiment que ces capitaux sont appelés à une œuvre grande, glorieuse, humaine et rédemptrice. Ainsi soit-il !

Mais l'heure me presse. Les uns ont atteint le Texas et d'autres sont en mer. L'année 1855 commence et nous commençons la première campagne avec elle. L'esprit vivant de l'humanité est en nous. Dieu protégera notre œuvre ! J e pars, amis, et vais vous attendre sur la terre immaculée où nous avons à semer la liberté, la science et l'amour.

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