‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 20 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

planches laquées couvertes d'inscriptions à la louange des ancêtres, comme aussi d'un autel prive qui rappelle leurs souvenirs.

Les Chinois, me dit M. Hinnekindt, n'ont d'autres passions que l'opium et le jeu. Dans chaque maison se trouve un réduit où chacun vient se livrer à la délirante fumée ; les riches, relativement plus sohres, résistent seuls au fatal entraînement. La ferme de l'opium constitue pour les Anglais un revenu considérable. Elle est généralement concédée à des Chinois qui sont, du reste, les mandataires habituels entre les Malais, les Indiens et les Européens.

Parmi les autres produits livrés au commerce, les principaux sont, paraît-il, le gambier, le poivrier, les noix de coco et l'étain, puis aussi les peaux, notamment celles de tigres, très nombreux aux environs. En dehors de l'opium, le commerce est libre; la ville perçoit seulement un impôt de 10 francs sur les magasins occupés, quel que soit, du reste, le prix du loyer.

Il est dix heures et la sirène nous rappelle à bord, où je suis accompagné par les Hinnekindt (l), dont la gracieuse hospitalité a occupé tous les instants de mon séjour à Singapore. Et nous nous serrons la main, dans un cordial au revoir.

Il est onze heures, l'ancre est levée, et le Saint-Germain, prudemment piloté à travers un labyrinthe d'îlots, superl^es d'exubérante végétation, ne tarde pas à prendre la direction nord-est, pour sa dernière étape.

La mousson est violenle; la mer, cependant, demeure relativement calme et nous permet jusqu'au soir de distinguer la côte.

(1) Lors Ju IjIocus lie Foiiuosc, les Anglais, sous prétexte de neutralité, refusèrent de livrer aux escale.s le rharbon nécessaire à nos bateaux. A Singapore, M. [hinnekindt père, absolument dévoué à la France, réussit à tromper leur m.iuvais vouloir. Il arbeta pour son compte l'approvisionnement nécessaire, le conduisit au large et put ainsi le livrer à nos bateaux. Mais au retour, les An;i|lais le mirent en prison. Il fallut l'intervention du consul belge pour l'en tirer. En souvenir de cet acte de dévouement à la France, M. Hinnekindt a été fait chevalier de la Légion d'honneur.

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Mais dans la nuit le temps change, et le golfe de Siam nous devient hostile.

Q février. — Le tangage est atroce. L'équilibre organique est rompu, et l'affreux mal de mer a repris ses droits sur la plupart d'entre nous Je n'y résiste pas mieux que les camarades et suis, ainsi qu'eux, condamné à la position horizontale. La température, du reste, s'est très sensiblement abaissée et contraste péniblement avec la chaleur des précédentes journées.

\Q février. — Même état de la mer. La mousson nord-est souffle avec violence. Nous n'en sommes pas moins, vers midi, à hauteur de l'île Poulo-Condore, qui fut notre dépôt d'approvisionnements lors de l'occupation de la Cochinchine en 1858. C'est le pavs des singes à longue queue (ce qui veut dire des Chinois) et aussi des coquins, disent nos marsouins; de fait, le gouvernement de Cochinchine y a installé un sanatorium très utile, mais aussi, parait-il, un pénitencier très fréquenté.

Dans la soirée, le Saint-Germain se rapproche des côtes, qui forment, aux bouches du Mékong, autant de presqu'îles basses et marécageuses.

Lundi 11 février. — La mer est moins pénible, mais, dit le commandant, les courants nous éloignent de la côte et allongent notre route. Nous franchissons ainsi, sans le pouvoir reconnaître, le cap Saint-Jacques, à l'embouchure de la rivière de Saigon, pour toucher vers midi le cap Tivan, qui est le commencement de l'Annam. Des rochers perdus dans In brume, et que nous longeons sans nous en écarter de plus de deux ou trois milles, sont semés çà et là tout le long de la côte. De temps à autre, des plages marécageuses, puis quelques barques de pêcheurs; mais on ne distingue aucune habitation.

A hauteur de Quinhon et de la baie de Tourane, vers l'entrée de la rivière de Hué, occupée par nos troupes depuis

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