CHAPITRE TROISIÈME
n'ont ni la scrvile humilité ni les lubriques bassesses.
a Elles valent mieux que les hommes, dit la maman Debeire, elles seraient capables, encore, de revendiquer le droit au combat. » Kt sûrement nos loustics ne les trouveraient pas moins courageuses que les linhtaps leurs frères, dont ils ont pu, tout en les qualifiant " soldats mamzelles " , constater souvent la martiale allure et l'endurance à la fatigue.
La bonzesse de la pagode des Dames est nommée à l'élection par ses compagnes. Elle doit, ainsi qu'elles, faire vœu de célibat et porter les cheveux courts. Elle ne s'en distingue, du reste, par aucun insigne, inutile sans doute pour marquer la grande autorité qu'elle a sur son entourage. D'apparence encore jeune, elle veut elle-même nous accompagner dans notre visite, nous dire l'histoire des deux héroïnes, nous demandant seulement de réserver le bâtiment occupé par ses compagnes, rigoureusement cloîtrées. Et, très touchée de notre respect, elle pousse l'amabilité jusqu'à nous offrir, dans de superbes tasses de porcelaine de Chine, du thé, des fruits et de menus gâteaux, que nous acceptons avec autant de plaisir qu'elle en met, elle-même, à recevoir quelques piastres pour l'entretien du temple. Puis, accompagnée de deux suivantes, elle nous reconduit majestueusement jusqu à la porte, qui se referme rigoureusement, dès notre sortie.
l^juin. — Le canon s'est fait entendre hier soir à courte distance d Hanoï. On assure que la milice du tong-doc a dti tenir tête à une bande de pirates, et qu'il a fallu l'intervention de la flottille pour les éloigner, mais seulement après qu'ils ont pu impunément piller et incendier un village. Simple incident, dit-on. Sans doute il en sera longtemps encore ainsi, malgré l'apparente soumission des Pavillons noirs, qui ont accepté, paraît-il, après l'occupation de Tuyen-Quan, de servir dans nos rangs, et que le général Millot a cru pouvoir immédiatement incorporer. De fait, 150 d'entre eux constituent actuellement une compagnie du 1" régiment tonkinois; ils ont conservé leurs officiers, parmi lesquels même un lieutenant de Lu-Vinh-Phuoc. Nous seront-ils fidèles? On en
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tloulc beaucoup. El la décision du général Millot à leur égard est, 1res généralement, scvèremenl appréciée. » On les instruit, dit-on, pour leur apprendre à nous mieux coaibattrc, »
l'i juin. — L'ambassadeur de France en Chine, M. Paienôtre, est attendu d'un moment à l'autre. Depuis ce matin, un bataillon du 23' et une batterie sont sous les armes, devant la concession, pour rendre les honneurs. Les officiers supérieurs ont seuls été convoqués. M. Patenôtre nous apporte la confirmation de la paix, tant avec la Chine qu'avec la cour de Hué, qui a, dit-on, définitivement accepté le protectorat de la France sur l'Annam et le Tonkin, mais à laquelle, par une singulière condescendance, nous avons dû remettre la province de Binh-Thuan qui faisait partie intégrante de la Cochinchine française. Sa visite décidera, paraîtil, le départ du général Millot, qui estime sa mission dorénavant terminée.
L4 juin. — M. Patenôtre, arrivé hier soir seulement, a pleinement confirmé la certitude d'un très prochain rapatriement des troupes françaises. Et, véritablement, on le désire; car l'inutilité apparente du maintien autant que l'inaction déterminent chez plusieurs un état d'alanguissement, de prostration nerveuse, jjénible. De fait, la chaleur est accablante, les orages sont quotidiens, quand, même, ils ne se répètent pas deux et trois fois dans la même journée; et bien que le thermomètre à lombre, sans avoir dépassé 33", se maintienne dans une moyenne de 29% il est impossible de faire un mouvement sans être couvert de sueur. Aussi, l'état sanitaire est déplorable II y a surtout des diarrhées dysentériques et souvent des accès de fièvre fort inquiétants. Et malheureusement, au moins dans les infirmeries régimcntaires, les moyens de traitement sont plus que rudimentaircs. Nos soldats, mal abrités, parfois forcément mal nourris, subissent, sans résistance, l'action des miasmes délétères. Gela préoccupe assurément le commandement, mais la routine administrative est iuîiexible. L'autorité du général de Négrier