CHAPITRE TROISIÈME
Pour les brahmanistes, pour les bouddhistes, pour tous les théistes, de même que pour le Christ-Dieu, l'immortalité de l'âme, pur esprit, est un principe.
Le Christ nous a dit l'expiation et le jugement dernier, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. « Venez, les bénis de mon père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde ; et vous, maudits, retirez- vous, allez au feu éternel préparé pour le démon et pour ses anges. »
Bouddha nous a montré l'àme séparée du corps, continuant à se perfectionner dans la pratique du bien jusqu'à son absorption dans le Nirvana, qui est le repos absolu; ou bien, sans cesse errante dans l'espace, parfois s'incorporant à des génies malfaisants, s'efforça nt d'empêcher le bien et semant le mal, jusqu'au jugement dernier qui la condamnera à la définitive impuissance.
Pour les chrétiens, la rémission des péchés s'obtient de la miséricorde de Dieu, après expiation temporaire au Purgatoire. Et seuls sont exclus du pardon ceux qui, méconnaissant volontairement la miséricorde de Dieu, imposent à sa justice l'obligation de l'éternelle malédiction.
Pour les bouddhistes, la rémission se réalise parla purification, dans une incessante transmigration, qui est une marche ascensionnelle constante vers le bien.
Pour les catholiques, les créatures parfaites, les saints peuvent seuls aller au ciel sans passer par le purgatoire.
Pour les bouddhistes, l'âme parfaite, purifiée par la pratique de toutes les vertus, peut seule éviter l'épreuve expiatoire de la transmigration, et mériter l'absorption directe, immédiate, dans le Nirvana, qui est la délivrance. Chez les uns et les autres, la conscience affirme cette conception du bien et du mal qui constitue la morale absolue, comme elle affirme la liberté du choix. La raison impose, dès lors, la sanction qui en est l'indispensable consécration. L'étape de la vie ne saurait donc se terminer à la mort terrestre. Mais si la raison nous oblige à croire qu'elle se continue dans l'au-delà, elle parait impuissante à nous dire le comment.
Qu'elle soit l'incessante transmigration, qu'elle soit le perpétuel renouvellement dans la perpétuelle destruction, le mode nous échappe. Mais l'évidence de la continuité est aussi manifeste qu'est rationnelle la croyance à un incessant effort vers la perfection. Pour tous, le principe est immuable. Son interprétation varie; c'est la Foi qui sauve!
5 juin. — Et ce soir encore m'était réservée l'occasion d'une nouvelle méditation.
Je venais de pénétrer dans une modeste pagode, où paraissaient s'être accidentellement donné rendez-vous un grand nombre de fervents ou de curieux, entraînés, sans doute, par le vacarme assourdissant des tam-tams, des gongs, des flûtes et des clochettes. J'y fus témoin d'un spectacle étrange.
Au fond, dans son sombre réduit, la statue de Bouddha, à peine éclairée par quelques lampes au milieu d'une épaisse fumée d'encens. Devant elle, à dix pas, assis sur un siège, à côté d'une table de laque garnie d'un plat de riz, de fruits divers et de baguettes d'encens, un jeune indigène, le visage et la tête enveloppés d'un large foulard rouge, et dans une complète immobilité. À ses côtés, deux autres indigènes, des thây-bou ou sorciers, me dit mon interprète, lui parlant alternativement à l'oreille, élevant les mains au-dessus de sa tête, et disant des invocations pour chasser les méchants esprits. De temps à autre, une femme exorciste, la tête voilée de noir, venant à son tour crier les mêmes invocations. Le patient, dans une effrayante immobilité, évidemment hypnotisé. A côté, de nombreux curieux fumant, gesticulant, causant et d'apparence indifférents.
Tout à coup, comme poussé à bout par une dernière incantation, le patient, paraissant sortir d'un profond sommeil, bondit de son siège, se jette à terre, arrache son voile, se roule dans un mouvement convulsif, puis se relève, parait un instant dans l'extase, et s'en va rejoindre la foule.
a II était, me dit mon interprète, possédé d'un esprit malin, dont les thây-bou ont inscrit le nom sur son front, sur