‹ AuberChapitre 2 sur 17 · A U I! K II · texte numérisé non relu

A U I! K II

illustre parmi ses enfants. La famille voyageait pour son plaisir, el c'est en cours de route, peut-être même en diligence; a-t-on raconté, que Le futur grand homme vint au monde. Baptisé le lendemain de sa naissance à l'église Saint-Julien, il recul 1rs prénoms de Daniel- François-Esprit., et. comme l'a dil ingénieusemenl Eugène de Mir.ecburt : « On pourrai! croire, si le règne des fées durail encore, que l'une d'elles a voulu lui servir de marraine, alin de joindre à sou acte de naissance un nom prophétique. » Contrairement à Grétry qui s'appelail Modeste ç\ ne Pétait guère, Auber eut, en effet, de l'esprit, beaucoup d'espril et du meilleur, dans ses propos comme dans sa musique, depuis son entrée dans la carrière jusqu'au dernier jour d'une existence qu dépassa, on le sait, les limites ordinaires de la vie humaine.

Il appartenait à une famille aisée, de goûts artistiques, presque aristocratiques. Le grand-père, Daniel, normand d'origine, était venu chercher fortune à Paris, et, « peintre du Roi ». avait pour mission de sculpter el dorer les carrosses de Sa Majesté Louis XVI. Le père, Jean-Baptiste Daniel, officier des 'chasses royales, demeurait à Paris, au faubourg Saint-Denis, dans les bâtiments qui dépendaient de la couronne et s'appelaient << les petites (''curies du Hoi ». Il transmit à son lils. qui devail devenir l'illustre compositeur, et son amour de l'équitation el sa passion pour la musique,- passion qu'atteste, à défaut d'autre témoignage, son entrée dans la Société académique des Enfants d'Apollon, en 1784,

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noii seulement comme peintre, mais aussi comme « amateur de chant et de violon. »

La Révolution vint bouleverser la situation de la famille, supprimer les emplois, réduire les ressources pécuniaires et imposer un métier qui permit d'élever les quatre enfants, trois tils et une fille

L'officier des chasses se fit éditeur, et ouvrit, rue Saint-Lazare, un magasin d'estampes, à la faveur duquel il put traverser sans trop d'encombrés l'époque de la Terreur ; il connut même, sous le Directoire et le Consulat, une certaine prospérité commerciale, eut un salon que fréquentaient des artistes de tout genre, et parvint à compléter de la façon la plus brillante l'éducation du lulur grand homme. Celui-ci, à seize ans. devait passer pour un adolescent accompli ; il jouait du piano et du violon, avant reçu les leçons .h- Ladurner. pour l'un el de son père pour l'autre; il pouvait chanter, car un baryton célèbre. .Martin, était ami de la maison el n'avait pas manqué de lui donner .1rs conseils : il savait même l'italien, comme le prouvent quelques-unes de ses premières compositions : car déjà, sans rien pressentir «les lauriers que la musique lui réservait, par distraction, par élégance, il se plaisait à noter quelques mélodies. C'est là même tout le bagage que lui attribuaient Choron et Favolle dans leur Dictionnaire, paru en 1810 : « Auber. 'lit le petit Auber. a composé plusieurs mélodies, .huit une. /r Bonjour, a obtenu un succès de vogue Je puis

compléter ce renseignement soi aire, en donnant au

moins les litres de quelques-unes, sinon de toutes, car

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Les exemplaires gravés ne se rencontrent plus guère, et je les connais seulement, sauf le Bonjour, sous la forint' de copies. Elles s'intitulent : le Dieu d'amour, le Bonjour, Fauvette, Serment d'amour. Partout, elle Berger, la seule dont L'auteur .les paroles nous soil révélé, M110 Georgeon. One «lire, au surplus, de ces romances si ce n'est quelles offrent seulement un intérêt de curiosité historique ? La naïveté de la musique s'allie à celle de la poésie ; l'ensemble répond à ce genre de sensibilité qui plaisait alors, et dont L'intérêt nous échappe : on trouvait cette grâce aimable, elle nous semble fade et niaise aujourd'hui.

Le premier ouvrage d'Auber auquel puisse s'appliquer une date certaine est un grand air italien pour voix de ténor, Non s'èpiù barbaro, avec récit obligé et accompagnement d'orchestre (quatuor, deux flûtes et deux cors). Le manuscrit original porte ce titre et celle date : « Scena ed aria del signor Auber lils 1798. » A l'actif de L'année suivante, il faut inscrire un autre air italien, Rendi mi il figlio mio, et deux Quatuors pour instruments à cordes. En 1800, se place une « première Sonata» pour piano en ut, et, vers Le même temps sans doute, une Scène dont la susdite Mlic Georgeon avait encore écrit Le texte. Procris, pour soprano, avec accompagnement de quatuor. Ll ne faut chercher là que les témoignages de pieuse admiration pour des modèles devenus classiques. Les Airs « sérieux ■>, précédés d'un récitatif largement déclamé, s'inspirent moins de Glucl< que de Piccinni, «'I surtout de Sacehini, dont , Y Œdipe à Colone

jouissait alors d'une grande popularité. Quanl aux Quatuors, ils peuvent passer pour un diminulij de ceux d'Haydn, fort à la mode dans tous les cercles musicaux de la capitale, et cela se conçoit. Sans autre guide que son père, le jeune Auber avail étudié quelques œuvres de maîtres : il en avail reproduit les formes, sinon 1 esprit

I ii séjour de seize moisà Londres fut la seule absence un peu longue qu'il se permit au cours de son existence, car il était parisien dans Pâme, et se refusa toujours à dépasser les environs de la capitale, à plus forte raison les frontières du pays. Mais les exigences paternelles lui avaient imposé ce voyage en Angleterre : il devait s'initier aux affaires, pour pouvoir reprendre, un jour. la maison d'estampes, pratiquer la tenue des livres, el se familiariser avec une langue utile, indispensable même à tout commerçant. La rupture du traité d'Amiens força le jeune homme de vingt ans à revenir en France

II rapportait, à défaut de connaissances spéciales en matière de commerce ou de banque, ces qualités extérieures dont ne s'enorgueillit pas sans cause le peuple britannique, car elles répondent à un état normal, ce canf, cette respeetability, ce soin de cacher ce qu'il est sans profit de montrer, cette discipline du corps el de l'esprit qui fixe la tâche quotidienne, épargne la peine inutile,

mesure la juste valeur des hommes el (les choses en proportionnant l'ellel au résultat, celte attention à ne pas tirer vanité de sou métier ou de son succès, à dissimuler autant que possible le travailleur pour ne laisser

ii A U B E R

voir ((Lit1 le gentleman. Celle régie de conduite, Auber se l'imposa toute sa vie en y joignant la pointe de galanterie qui lui était propre, et le trait malicieux ou léger dont s'agrémentait sa conversation. Les circonstances de la vie ramenèrent à faire plus tard par nécessité ce qu'il avait fait d'abord par plaisir : la musique au temps de sa jeunesse, ne fut qu'une distraction où ses goûts élégants trouvaient à s'appliquer.

11 composait alors, sans souci de la renommée, pour pour avoir le droit de fréquenter dans les salons parisiens, et de se lier avec les notabilités de l'art ou de l'aristocratie, qui ne restait pas indifférentes à ses mérites et le recherchaient volontiers. C'est ainsi, par exemple, qu'il fut mis en rapport avec un violoncelliste, renommé à cette époque, et qu'il lui rendit le service d'écrire une bonne partie de la musique qui parut sous son nom chez Pleyel. Il existe notamment trois Concertos signés de Lamare : le premier en la mineur, dédié à Rode, le second en ré, dédié à Baillot, le troisième en si bémol, dédié à Girod de Vienney ; tous les trois doivent être restitués au jeune Auber. L'année suivante, en 1805, et toujours par la voie mondaine, il aborda le théâtre. Il existait alors chez Doyen, rue des Francs-Juges, au Marais, une petite société d'amateurs qui se réunissait, à certains jours de la semaine, pour faire de la musique d'ensemble; l'idée leur vint de s'élever jusqu'aux hauteurs de l'art dramatique, sans doute parce que le hasard avait mis des interprètes à leur disposition ; un spectacle fut organisé, et, comme on n'avait sans doute pas le temps

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de combiner une pièce nouvelle, on reprit lui vieux livrel de Monvel. déjà traité par Dezède, et Auber se chargea de le mettre m musique avec les seules ressources instrumentales de la Société, c'est-à-dire deux violons, deux altos, un violoncelle et une contrebasse. L'œuvre bien simple, d'ailleurs, et presque uniquement composée d'ariettes à la mode du temps, fut jugée charmante et obtint un vrai triomphe. La plupart des biographes, en la signalant, l'ont appelée Julie, et se sont trompés. Julie comporte trois actes, et la pièce représentée chez Doyen n'en comportait qu'un. Au surplus, l'autographe que j'ai entre les mains ne laisse pas de doute, et son titre est l'Erreur d'un moment.

En 1806, un succès plus flatteur encore par le milieu dans lequel il se produisit, accueillit son Concerto pour violon, en ré. Mazas l'exécuta pour la première fois dans un exercice des élèves du Conservatoire à l'occasion de la distribution des récompenses annuelles, et lit applaudir des qualités de grâce, d'adresse aimable, d'esprit même qui pouvaient éveiller le souvenir d'Haydn et de Boccherini. Dans la même séance figurait un autre ouvrage qui relève de la même esthétique et doit se rapporter à la même époque, un trio en ré, pour piano. violon et violoncelle, qui, du reste, a été gravé plus tard, comme op. I. chez Lavinée. avec dédicace à Mlle B. D. Alpy. A cette période enfin semble se rapporter, par le style, tout au moins, car l'autographe n'indique pas la date, un « Concerto pour violon, alto, violoncelle et piano ". autrement dit un Quatuor en ////

mineur, comprenant quatre parties H demeuré inédit. Auber entrait alors dans sa vingt-cinquième année, sans qu'une direction méthodique et sérieuse eût mis en valeur ses dons naturels : il semblait toujours que pour lui et pour les autres la musique fût un simple passetemps. Toutefois la série des œuvres composées allait croissant en nombre et en importance ; on ne pouvait donc méconnaître les indices dune vocation réelle, et c'est alors que le père se décida franchement à consulter un artiste avec lequel il était lié, un juge dont l'opinion faisait autorité. Gherubini répondit brutalement : « Votre fils ne manque pas d'imagination : mais il lui faudrait commencer par oublier tout ce qu'il sait, en supposant qu'il sache quelque chose. » La rudesse du coup était atténuée par l'aimable proposition qu'il faisait de devenir le professeur qui enseignerait ce quel'élève ignorait. L'offre futaeceptée, naturellement, et, pendant trois ans, une même petite table, servant de bureau, vit s'asseoir l'un en face de l'autre, livrés aux douceurs du contrepoint et aux charmes de la fugue, ces deux artistes qu'une vingtaine d'années séparaient, et que là gloire devait unir au cours d'une fidèle amitié. Auber s'était mis comme il le disait « au b-a-ba. » chez le grand-prèlre de la doctrine musicale II lui dut son savoir, et de précieuses relations, comme celles de la famille de Ghimay. Le comte de Garaman, plus tard prince de Ghimay, mari de la fameuse Mme Tallien. passait «ajuste titre pour un des Mécènes de son époque. Il s'entourait d'artistes, et jouait lui-même du violon.

SALLE FEYDEAl

(Opéra-Comique .

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