MESSIEURS
Voici pour la quatrième fois que j’aborde ce fauteuil, mais malheureusement, je n’ai plus aujourd’hui, pour justifier cet honneur, l’excuse d’une indisposition grave de notre cher et digne président.
Hélas, le ciel nous l’a ravi, et c’est pour rendre hommage à sa mémoire, c’est pour déposer sur sa tombe à peine fermée, un dernier gage d'affection et de regret, que je viens occuper, une fois encore, des fonetions qu’il savait exercer avec tant de talent et tant de bienveillance.
Permettez-moi, Messieurs, pour honorer sa mémoire, de remonter à une époque où un homme, alors ministre de l’intérieur et comprenant les grands intérêts de notre chère et belle patrie, conçut l’idée, et fit l'essai d’une exposition nationale d'agriculture.
C'était en 1847 que ce premier essai fut fait, et ce fut en 1848 que cette grande et noble institution qui exerça une si heureuse influence sur notre industrie agricole et horticole, est entrée jusque dans les entrailles du pays.
Ce fut dans ces luttes paisibles et fructueuses que je rencontrai pour la première fois M. Auguste Royer, alors qu'il fit ses premières armes et qu’il sut s’acquitier de la mission qui lui était confiée, avec tout le zèle, tout le dévouement et toute l'intelligence dont il n’a cessé depuis de nous donner des preuves nombreuses.
Successivement membre du jury des expositions nationales des produits de l’agriculture et de l’horticulture qui eurent lieu en 1847 et 1848 et membre du comité chargé de la partie pomologique de ces expositions, ce fut à lui que ses collègues confièrent la rédaction du rapport à adresser au gouvernement, |
De D
C'est dans ce rapport, Messieurs, daté du 16 septembre 1848, que nous rencontrons les premières données des mesures si utiles qui ont été prises, plus tard, en faveur de la culture des arbres fruitiers; car c'était bien là la spécialité de feu notre digne président, et c’est dans ce même rapport qu'il appela toute l’attention du gouvernement sur l’utilité d’encourager la culture en grand des fruits de toutes espèces, afin d'alimenter, disait il, les marchés de nos villes, de procurer au peuple un supplément de substances alimentaires et de pousser en même temps à l'exportation toujours croissante de nos fruits à l'étranger.
Notre très-regretté président insista égaiement auprès du gouvernement pour la création d’un comité central de pomologie, avec jardin d'expériences, appelé, comme il le disait lui-même, à rendre un service réel aux amateurs, en formant une collection type, étudiée sévèrement, eu égard à la classification des fruits et à leur synonymie; et en réunissant, sous la direction d’une association spéciale, tous les arbres de semis provenant des pépinières Van Mons et Bivort, ainsi que les autres bons fruits cultivés soit en Belgique, soit à l’étranger, dont il pourrait être utile, après examen, de propager la culture. C’est ce qui donna naissance à la Société Van Mons et aux Annales de pomologie publiées par le comité central dont feu notre ami Royer était le président.
Ce fut encore sur ses instances que se formèrent les écoles d’horticulture dont il présidait annuellement les examens ; et ce fut à son initiative et à sa volonté inébranlable lorsqu'il entrevoyait le bien, que nous devons l’existence de notre belle et utile institution et la direction si inteiligente qui lui fut donnée dès le principe. Chacun de vous, messieurs, se rappellera encore cette première réunion qui eut lieu à Malines, le 3 mai 1859 et dans laquelle feu notre cher président a fait preuve de cet esprit de conciliation qui le distinguait, lorsqu'il proclamait en principe que la fédération projetée ne devait pas être une absorption de l’activité individuelle de chacune des Sociétés fédérées, mais que toutes devaient conserver leur autonomie et n’apporter au fonds commun que les améliorations constatées par chacune d'elles.
Enfin son activité ne connut jamais de bornes, et successivement président de la section agricole de Namur et vice-président de la Société agricole et forestière de la province de ce nom, puis président fondateur de la Société royale d’horticulture de la même province et président du premier congrès de pomologie, qu’il sut si parfaitement bien organiser en Belgique, il ne cessa de faire preuve d’une aptitude et d’une ardeur extraordinaires pour le travail, témoin les Annales de pomologie, les plublications de la Société van Mons et tant d’autres écrits disséminés dans diverses publications.
Messieurs, ce ne fut pas seulement au service de l’agriculture et de l’horticulture qu’il sut mettre sa remarquable intelligence et son indomptable activité. Celles-ci se sont étendues à d’autres industries plus im-
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portantes encore, parmi lesquelles nous citerons surtout l'établissement de Floreffe dont il était l’âme et le président, ainsi que les verreries d’Herbatte qui se trouvent actuellement sous la puissante association des Verreries Namuroises.
Partout on fit appel à son patriotisme et à ses connaissances variées, et la chambre de commerce de Namur et le conseil provincial le comptaient parmi leurs membres les plus distingués. Feu notre Roi vénéré, qui savait si bien apprécier les hommes, a voulu récompenser les services rendus par notre laborieux président, en le nommant chevalier de son ordre.
Comme vous le voyez, Messieurs, Auguste Royer appartient à ceite phalange d'hommes de progrès qui aidèrent si puissamment au déveioppement de grandes entreprises; — d’une intelligence d'élite, aucun sujet ne lui était entièrement étranger; agriculture et horticulture, administration et finances, sciences et industries, — tout lui était familier, et sa persévérante activité sut triompher partout et toujours des ob-
stacles inhérents à toute nouvelle entreprise.
Messieurs, avant de terminer, permettez-moi de déposer ici un regret tout personnel, c’est celui de n’avoir pu me joindre à la famille de notre cher défunt, et à ses nombreux amis, pour lui payer mon tribut d’hom-
mages et déposer sur sa tombe, au nom de cette Fédération qu’il a créée, l'expression de nos bien vifs et bien sincères regrets. Malheureusement l'exposition universelle de Paris y a mis obstacle, mais j’ai été heureux d’apprendre par les journaux belges, qu’un de nos honorables collègues, notre ami Kegeljan, avait bien voulu se charger de cette douloureuse, mission. — Qu'il veuille en agréer ici notre sincère reconnaissance, car nous partageons tous les sentiments que, dans cette triste circonstance, il a si bien et si éloquemment exprimés.
Après un tel hommage rendu à la mémoire de notre cher président j'aurais pu me dispenser de prendre la parole, ou au moins j'aurais pu me borner à rendre hommage à ses connaissances aussi variées que profondes et à vous signaler ainsi l’étendue de la perte que nous venons de faire; mais il.m’eût été bien difficile, en occupant ce fauteuil qu’il honora pendant plusieurs années, de ne point me rappeler l’ami que nous avons perdu; il m’eût été bien difficile, Messieurs, d’étouffer les douloureuses impressions que j'éprouve en ce moment — car je sens qu’en ces cruelles épreuves de la séparation qui ne se multiplient que trop souvent à mon âge, je sens qu'il y a au fond du cœur une sensation bienfaisante, -un sentiment de suave tristesse, je dirais même une profonde consolation à parler de ceux que nous avons aimés, à nous entretenir de leurs mérites, et à nous fortifier nous-mêmes par le souvenir du bien qu’ils ont fait et de la fermeté avec laquelle ils ont traversé les épreuves de la vie dont nous supportons le poids après eux.
Que ne devrais-je donc pas ajouter encore, s’il m'était permis de vous