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(1) C'est-à-dire la survivance dans le souvenir des contemporains et de la postérité, et non point la persistance immaterielle de l'homme après sa mort. — (Note des éditeurs).
« le meilleur ami du peuple, contre son plus ardent défen- « seur! »
Nous connaissons donc la croyance de Danton, c’est-à-dire ce à quoi il rattachait sa conception du monde et de l’homme. Nous connaissons sa religion (1j.
C’est parce que Danton se rattachait si bien à l'école organique, par sa doctrine autant que par sa méthode, que Robespierre, avec son génie fanatique et sanguinaire, s'éleva contre lui, implacable. 11 lui avait été bien facile de discerner le plan visiblement arrêté par celui qu’il regardait comme l'obstacle à son ascendant, il savait que Danton serait immuable. Rien ne put faire revenir Robespierre de sa résolution de sacrifier à son ambition politique le républicain qui était resté « l’idole » de son parti. Les tentatives de rapprochement faites par Laignelot et chez Humbert échouèrent contre sa résolution.
Jamais Danton n’a voulu sacrifier le point de vue organique, qui régla toutes ses pensées et toutes ses actions. Il surpassait ses émules en sagesse autant qu'en audace révolutionnaire. [l revenait d'Arcis avec un programme, nous dit Garat; mais l’ensemble de sa conduite antérieure n'en avait été que l'application. Il l'avait professé le 10 août 1793, quand il disait à la Convention: « Vous seriez in- « dignes de votre mission si vous n’aviez pas constamment « devant les yeux ces grands objets : vaincre les ennemis, « rétablir l’ordre dans l’intérieur, et faire une bonne « Constitution ». Ce programme, Garat l’a résumé : reprendre l’examen de la Constitution « bâclée » de 93 (il l'avait fait couvrir d'un voile respectueux jusqu’à la paix, et annihiler par le gouvernement provisoire); atténuer les dangers du sans-culottisme, c'est-à-dire les abus de la métaphysique
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(1) Le mal même que se donne M. Aulard pour établir, par des présomptions plus ou moins fondées, tout ce que Robespierre eut à faire et fit, selon lui, pour amener Danton, de l’athéisme au culte de l'Être suprême, prouve encore qu'il était réellement et tout à fait dans le mouvement de déchristianisation, qu'il en était un des appuis et le plus grand obstacle aux projets de l'Incorruptible quant à l'établissement du déisme officiel (V. son article du 6 juillet 1891, dans La Justire),
démocratique, en donnant, par des lois de détail, plus de moyens d’action au gouvernement, et assurer ainsi l’alliance éternelle de l’ordre et de la liberté {c'est le but constant de toutes les propositions dantoniennes); relever le commerce et l’industrie, les arts et les sciences (il n'avait pas voulu faire une république de Wisigoths); enfin consacrer tous ces résultats en tendant à la paix avec les puissances de l'Europe : le tout sans suspendre aucun des moyens révolutionnaires nécessaires pour garantir la justice au dedans et la défense nationale au dehors. C’est là ce qu’on devait attendre de l’homme qui montra tant de bon sens et de calme dans ces moments où, selon ses propres expressions, « il fallut surpasser en chaleur et en énergie tout ce que « l’histoire rapporte de tous les peuples de la Terre! »
Il comptait, pour y parvenir, sur le projet légal de renouvellement par tiers du comité, avec la Convention pour point d’appui essentiel. La proposition en fut faite le 42 décembre 1793, par Bourdon (de l'Oise); elle ne fut pas prise en considération. L’Asseinblée commit ce jour-là une faute grave, que les prorogations ultérieures rendirent irréparable. Si elle ne s'était pas dérobée, on aurait vu, pour faire respecter son autorité souveraine, en cas de résistance du Comité, reparaître le Danton des grands jours. Car ce qu’il avait demandé dès le début (4 avril 4793), c'était « un pouvoir nouveau, toujours dans la main de la Convention, qu’elle pût anéantir à volonté ». Ne trouvant pas dans l'Assemblée l'appui nécessaire pour améliorer, par des modifications de personnes, les institutions existantes, Danton devait-il attaquer à son tour ? Danton avait examiné cette solution et il l'avait écartée. S'il avait, dira-t-on, soigné davantage sa popularité, il eût trouvé un appui dans l'opinion”? Ce n'est pas cet appui-là qui lui a le plus manqué (1). Et il s’en faut qu'il ait dédaigné les calomnies dont il fut l'objet : Danton avait trop le sentiment
(1) « Français, a écrit Dyannière, dans sa biographie de Con- « dorcet, rappelez-vous le deuil qui régnait à Paris lorsque « Danton fut conduit à l’échafaud ! Francais, voilà un fait notoire : « c'est d'après lui que vous devez juger Danton. »
de ce qu'on doit à la cause que l’on a embrassée pour se laisser attaquer sans se défendre. Nullement aveuglé par le sentiment de sa propre valeur, il savait cependant opposer et au besoin invoquer ses actions et ses services ; et dans aucun cas il n’a laissé passer une dénonciation ouverte sans réponse, d’où qu’elle vint, des royalistes, des fayettistes, des girondins, des hébertistes ou des robespierristes ; et il l'a fait solidement, bien en vue, en citoyen intrépide, « toujours prêt à repousser toutes les accusations ». Mais lui demander de faire de sa personnalité l'objet d’une attention que méritait seule la chose publique, c'eût été inutile.
Du début à la fin de sa carrière, Danton ne voulut point fomenter de factions dans la République, attestant sans cesse « qu’il était fermement décidé à mourir plutôt que « d’être la cause d’un déchirement ou d’une tendance à un « déchirement dans la République » (29 octobre 41792). Sous ce rapport, sa conduite reste un exemple pour l’avenir : il fut vraiment un magistrat digne de la République sociocratique; il le fut par ses qualités morales : de sincérité, de droiture, de respect scrupuleux de la parole donnée, autant que par ses vertus politiques, son courage d'entreprise, son acceptation plénière de la responsabilité qui incombe aux novateurs. A-t-il eu tort de n'avoir point voulu nominalement le pouvoir et surtout d'avoir refusé, en septembre 1793, d'accepter sa nomination de membre du comité de Salut public, confirmée à l’unanimité? Est-il certain que Danton, une fois au pouvoir, entouré de ses amis, y exerçant la prépondérance, eût triomphé de ses ennemis ?
Ceux qu'il aurait ainsi exclus ne se seraient-ils pas ligués contre l'institution même du gouvernement provisoire, que les hébertistes ont toujours répudiée et que les robespierristes n’ont acceptée que parce qu'elle s'était établie à leur profit? N'en auraient-ils pas entravé le fonctionnement par tous les moyens en leur pouvoir; ils savaient employer la calomnie et ameuter les passions populaires; ils connaissaient les revirements habituels à la vie parlementaire : ils auraient rappelé, chaque mois, l'application de la loi sur le
renouvellement du Comité, jusqu'à ce qu'ils eussent atteint
leur but, l'élimination des dantonistes. Les arguments ne leur eussent pas manqué : les principes méconnus, la dictature personnelle, dès lors bien évidente, l'ambition de leur chef dévoilée, sa parole violée, etc., etc. Danton, dirat-on, n'aurait pas dû prendre d’engagement de cette nature : s’il ne l’eût pas fait, tout atteste que le gouvernement provisoire n'aurait jamais existé. Il fallait donc que Danton, pour conserver le pouvoir, fût résolu à employer les procédés même qui ont servi aux robespierristes : « Il aima mieux, selon sa propre expression, être guillotiné que guillotineur | »
Ce colosse, qui à lui seul eût pu faire une révolution (Louis XVIII); ce Dieu sauveur et créateur de la République {Lakanal\, mourut comme il avait vécu, avec le juste orgueil d’un nom éminemment célèbre dans les troubles civils (Baudot), fidèle au serment qu'il avait prêté au peuple français, lors de son installation à la Commune (janvier 1792): « J'ai consacré ma vie tout entière à ce peuple. « Je périrai, s’il le faut, pour défendre sa cause; lui seul «a aura mes derniers vœux. »
Puisque ce n'est pas seulement l'ignorance, les préjugés, les passions des adversaires de la République qui propagent des imputations dont ont fait justice les preuves définitives apportées dans le débat, il importe d’opposer à cette réaction, par une intervention décisive, systématique et persistante, la théorie positive de la Révolution française et le rôle prépondérant que Danton y a joué. Nous relèverons le gant. Aux travaux des philosophes et des historiographes, les dantonistes apporteront un complément nécessaire en instituant la célébration annuelle, à l'anniversaire de sa mort, de la fête de Danton, conçu comme l’homme d'Etat prépondérant de la Révolution française.
Il fut un temps où de vils flatteurs profanaient nos places publiques par l'effigie de Bonaparte, qu'ils présentaient comme la plus fidèle image de la Révolution. Ce temps n’est plus. Quand la République sera fermement établie, les principales villes de France, reconnaissantes, tiendront à honneur d'élever des statues à Danton, comme au meilleur représentant de la Révolution. Arcis-sur-Aue,
sa patrie, a commencé, Paris l'a imité; d’autres cités suivront un exemple qui pourra servir de mesure à l’adhésion du peuple français au véritable culte historique. Cet hommage sera bien dû au Restaurateur de la France, à celui qui soutint et arma sa patrie, non pour la tourner contre la civilisation, mais pour assurer son existence, affermir les libertés publiques et ouvrir le plus vaste champ aux progrès de l'Humanité.
Émile ANTOINE.
NOTE E Bibliographie dantoniste
Notice sur Danton, par Béon (Louis-Alexandre), son compatriote et son condisciple, publiée en 1865, dans la 1"° édilion du Mémoire sur la vie de Danton, par le Dr Robinet.
Danton, fragment historique, par A.-R.-C. de Saint- Albin, d'abord publié par La Critique française, numéro du 45 mars 1864; ensuite dans l'ouvrage ci-dessus.
Danton, Documents authentiques pour servir à l'histoire de la, Révolution française, par Alfred Bougeart, in-8°, 1861.
Œuvres de Danton, recueillies et annotées par A. Ver morel, in-12, sans date.
Dunton, mémoire sur sa vie privée, appuyé de pièces just ficatives, par le D' Robinet, in-8° ; 1865.
Le 10 Août et le symbolique positiviste (réponse au journ. La République française), par le D" Robinet, brochure in-8
Notes de Topino-Lebrun sur le procès de Danton, p J.-F.-E. Chardoillet, in-8°; 1875.
Le Procès des Dantonistes, d'après les documents, précé d'une introduction historique, par le même, in-8°; 1879,
Danton et Victor Hugo aux cent mille lecteurs de « Quatrevingt-treise », par le même, in-12; 1877.
Danton, par G. Lennox, in-12; 1878.
La Révolution francaise, 1789-1815, par M. Pierre Laffitte, in-32 ; 1880.
Danton et la Politique contemporaine, par M. Antonin Dubost, in-12 ; 1880.
Les Portraits de Danton, Essai d'iconographie, par le Dr Robinet, in-8°; 1881.
Danton et les Massacres de Septembre, par lc même, in-8° ;
Danton émigré, Essai sur la diplomatie de la République en l'an Ie (1792-1793), par le Dr Robinet, 1 vol. in-12; 1887.
Les Grands Français : DANTON, par M. le professeur Aulard, in-12; 1887.
Dunton, homme d'État, par le D' Robinet, grand in-8 avec portrait inédit, Paris, 1889.
Faules à corriger dans la note E, Bibliographie dantonisle :
Page 114, dernier alinéa, au lieu de : par le mème, lire : par le Dr Robinet.
Page 415, sixième alinéa, au lieu de : par le même, lire : par M. Antonin Dubost.
IATRIIR BOUND
UNIV. Cf MiCh.