‹ Auguste Comte [microform], fondateur du positivisme, sa vie, sa doctrineChapitre 147 sur 181 · IV. ACTION POLITICO -DIPLOMATIQUE d'aUG. COMTE · texte numérisé non relu

IV. ACTION POLITICO -DIPLOMATIQUE d'aUG. COMTE

iique de l'Humanité ». Cet écrit était destiné à «ervir de principe et de règle à laclion du Comité positif occidental, qui devait se constituer après la publication du Discours. Mais Aug. Comte fut devancé par les évènementsi.

Le 24 février 1848 la révolution éclatait à Paris. Notre philosophe crut que l'heure était venue de réaliser ses idées avec le concours du peuple. Au bruit du canon, et tandis qu'on se battait dans les rues, il écrivit son programme <le la Société positiviste, son Appel à une « Association libre pour l'instruction positive du peuple dans tout l'Occident européen ». Le 25 février, l'Appel était déjà lancé dans toutes les -directions.

Une nouvelle circulaire, du 8 mars 1848, fixait les conditions nécessaires pour être admis dans la nouvelle Société. Comte se réservait personnellement de prononcer en dernier lieu sur les aptitudes intellectuelles et morales des aspirants. Ceux-ci devaient s^engager à maintenir les principes du Discours sur Vensemble du positivisme. On se montrerait très difficile à admettre les protestants, parce qu'ils ont presque tous l'esprit révolutionnaire 2. Le but de la Société est de

i. Revue Occidentale, septembre 1886, p. 190; juillet -1889, p. 15.

2 Voir Testament,^, 2H.

travailler, par tous les moyens, au triomphe des principes positivistes, par des discussions, par des écrits, par des conférences, par des mémoires adressés aux assemblées législatives et aux gouvernements, mais sans entraver par une action directe la marche des événements. La Société positiviste se composait des éléments les plus divers : on y comptait des professeurs, des médecins, de simples ouvriers. Un seul de ses membres avait alors de la célébrité : c'était Emile Littré. « Dès cette époque », écrit Robinet, « le positivisme se trouvait à la fois constitué comme école philosophique, comme parti politique et comme secte religieuse » *.

122. — Rapports lus au sein de la Société. — 1. Littré. — Trois rapports lus au sein de la Société positiviste nous permettent de comprendre de quelle manière on y travaillait au but poursuivi. Aug. Comte fournissait les idées de ces divers travaux. Chaque rapport était ensuite élaboré par une commission de trois membres. Le premier porte ce titre: Rapport sur la question du travail. Il a été composé par trois ouvriers, è, la tête desquels était le menuisier Magnin. Le second, De la natxire et du plan d'une école positive, est dû à trois médecins; Segond (rapporteur), Montègre et Charles Robin qui, plus

1 Robinet, Notice etc., p. 240.

tard, s'est fait un nom par ses précieux travaux en médecine. Le troisième enfin, Nature et plan du nouveau gouvernement révolutionnaire de la République française , a pour auteur E. Littré, avec le concours du menuisier Magnin et de Laffitte, devenu ensuite le chef de Técole positiviste orthodoxe.

Le premier de ces rapports expose que le gouvernement doit favoriser des assemblées populaires locales pour examiner quels travaux publics il convient d'entreprendre, et de quelle manière on les rapportera le plus efficacement au but. L'é^ volution industrielle y gagnerait beaucoup, parce que l'intérêt du peuple se trouverait engagé. — Le second travail propose d'améliorer l'enseignement de l'Ecole polytechnique en ajoutant la biologie et la sociologie aux quatre premières sciences de la hiérarchie positive: on réaliserait ainsi cette formation encyclopédique qui est l'objet du positivisme.

Dans le troisième rapport, E. Littré — il en rougissait plus tard— développait, sous l'inspiration de son maître, cette idée que, « pour le temps de l'interrègne », c'est-à-dire pour le temps durant lequel les doctrines théologiques, métaphysiques et positives subsistent encore parallèlement, il fallait constituer un « gouvernement sciemment révolutionnaire », c'est-à-dire tel qu'il eût conscience de n'être qu'une transition

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destinée à amener l'état final positif. Le pouvoir exécutif serait aux mains de trois prolétaires, exclusivement choisis dans la population parisienne. (Voir plus haut n** 117). Sur le désir de dix citoyens, les membres de ce triumvirat doivent se soumettre à la réélection. Les chambres des députés, choisis par tous les Français, n'ont d'autre rôle que d'établir le budget et d'en surveiller l'emploi i.

123. - Conférences publiques. - Comte se <îhargeait lui-même de ces conférences. Avec la protection du sénateur ministre Vieillard, qui avait été chargé de l'éducation du Président de la république, il put, dès 1849, agir avec plus de liberté. Le Palais-Cardinal fut même mis à sa disposition. Dans ses conférences. Comte ne s'occupait plus de l'astronomie, mais de VHistoire universelle de Vliumanité. A la suite du coup d'État du 2 décembre 1851, la possibilité de faire des conférences publiques, dirigées contre le régime existant, lui fut retirée pour toujours. Le 19 octobre 1851, il terminait par ces mots son dernier discours qui avait duré cinq heures: « Au nom du passé et de l'avenir, les serviteurs théoriques et les serviteurs pratiques de l'Huma-

1. Ce rapport, vraiment étrange, écrit par Littré avec un vif enthousiasme, était devenu rare en librairie: il a été réimprimé dans la Revue Occidentale, juillet 1889, pp. 86-123.

nité viennent prendre dignement la direction générale des affaires terrestres, pour construire enfin la vraie providence, morale, intellectuelle et matérielle; en excluant irrévocablement de la suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu, catholiques, protestants ou déistes, comme étant à la fois arriérés et perturbateurs ». Robinet, auditeur assidu des « conférences », décrit ainsi l'impression qu'elles produisaient sur lui. « La force nous manque pour rappeler le génie^ de ces hautes leçons, et nous avons été subjugués par leur puissance, sans en comprendre toute la grandeur. Leur souvenir n'a pu s'effacer avec Tâge et il nous remue profondément encore le cœur, à dix ans de distance, en nous rappelant cette parole vénérable, quelquefois sévère et même terrible, toujours grave et magnanime. Oui, dans ces heures bénies, où s'annonçaient de si grandes destinées, nous avons senti le souffle de l'Humanité, nous avons entrevu sa réalité, sa grandeur, nous nous sommes prosternés devant elle, et le saint enthousiasme de la foi démontrée s'est pour toujours allumé dans nos cœurs » *.

124. — Mémoires et requêtes. — Comte prenait encore sur lui le soin de rédiger les mémoires ou requêtes aux autorités et aux gouvernements, les « appels » aux partis, aux cor-

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