CHAPITRE VI
RELIGION IXSTITUÉE PAR AUGUSTE COMTE. — TRINITE POSITIVE. — CULTE PERSONNEL, DOMESTIQUE, PUBLIC. — CLERGÉ. — COMTE GRAND PRÊTRE DE l'hUMANITÉ.
Détaillerons-nous les dogmes et les rites de la religion qu'il fonda? Il y faudrait consacrer un chapitre de cet opuscule dont les dimensions suffisent à peine à l'essentiel de notre sujet (1).
Une trinité, dite « trinité positive » ou « triumvirat religieux », et qui se compose du Grand Etre (rilumanité), du Grand Fétiche (laTerrejetdu Grand Milieu (l'Espace), voilà l'objet du culte nouveau. Ce culte e«t personnel, domestique, public. — Personnel, il consiste en des exercices quotidiens : commémorations, effusions, invocations... par où s'exprime « l'intime adoration du sexe affectif, d'après l'aptitude naturelle de chaque digne femme à représenter l'humanité ». Il appartient, en effet, surtout à la femme, en qui domine la sympathie, source d'union, de personnifier le Grand Etre. — Domestique, il emprunte au catholicisme ses sacrements, non, certes, sans en altérer la pensée et la forme, et, d'ailleurs, en les multipliant, depuis le baptême, dénommé « présentation », (et qui consiste, en effet, dans la présentation du nouveau-né par des parrains au prêtre chargé de le consacrer au service de ^humanité), jusqu'à l'Extrême-Onction, appelée « transformation », et qui veut signifier au mourant son passage de « l'existence objective », qu'est la vie présente, à « l'existence subjective », que sera l'incorporation au Grand Etre (2). — Pour le culte
(l)Nous renvoyons au S'jstème de politique positive, au Catéchisme positioiste et à 'a Synthèse subjectice.
(2) Cette « incorporation » ou « consécration finale » est prononcée sept ans après la mort. C'est le neuvième et dernier sacrement comtiste. Les restes sont déposés dans le buis sacré qui entoure le temple de l'Humanité, et une simple inscription, un buste ou une statue honorent, selon la qualité de sa ferveur positiviste, la mémoire du défunt. L'inhumation hors de I^ terre sainte — si le mot est de mise — équivaut à une sorte de flétrissure.
public positiviste, Comte a, sinon formulé le ityle du temple, du moins prescrit l'orientation de l'édifice et fixé en quelque mesure son plan. L'axe doit se diriger vers Paris, métropole de l'IIumanité. Des deux côtés de la nef, s'aligneiont quatorze chapelles, dont treize s'orneront des statues des grands hommes ]ui donnent leur nom aux treize mois de l'année positiviste. Dans la quatorzième, se dressera le groupe des femmes les plus éminentes. Le « sexe affectif» sera d'ailleurs honoré en cette statue qui, au milieu même du sanctuaire, figurera l'Humanité sous les traits d'une femme de trente ans (l'âge de Clotilde). Ajoutons que les dimensions de ce sanctuaire devront laisser place, autour de l'officiant, à oin cercle de femmes d'élite (1).
Un mot seulement du clergé : aspirants, vicaires ou suppléants, prêtres.... qui se hiérarchisent sous le souverain pontificat du Grand Prêtre de l'Humanité. Ces « fonctionnaires spirituels » — ils méritent ce titre dès qu'ils ont reçu un vicariat, au plus tôt à trente-cinq ans — doivent être mariés, afin de ne point ignorer 1' « influence atîective » indispensable à leur ministère. Ils habitent un presbytère philosophique, proche du temple de l'Humanité. Leur grand chef réside à Paris, investi de pouvoirs absolus, y compris celui de désigner son successeur.
Cette autorité, Auguste Comte était homme à la prendre au sérieux. Littéralement, il pontifiait, et l'on eût dit qu'il prenait son modèle à Rome, adoptant jusqu'à la terminologie du Saint-Siège. Les lettres qui partaient de la rue Monsieur-ie-Prince, revêtues de ses sceaux, s'appelaient des Brefs
•<< T^n ♦ nr-ie positiviste a été construit, selon ces indications. A Rio-de-Janeiro.