CLAUDE LORRAIN
Rodin n'a pas putoujours placer ses monuments sur la place publique ainsi qu'il l'eut désiré ; les désirs simples des artistes sont rarement écoutés. Il eut voulu ses bourgeois placés presque au ras de terre, au bord de la mer, tels ils furent lorsqu'ils allèrent vers le camp d'Edouard III, comme dans la vie de l'histoire, ou bien juchés sur une très haute colonne de maçonnerie sans ornement aucun, comme soulevés vers le ciel de la légende. On fit une moyenne de ses déshs Met Mon Aplaca le groupe devant un square, en face d'une gare, sur un socle de hauteur médiocre. C'était une nouveauté absolue lorsque Rodin le produisit, que ce cortége de bronze. C'était une œuvre travaillée avec passion, car elle répondait à une des objections que ses ennemis lui adressèrent, alors qu'ils les eut confondus à propos du soi-disant moulage du S7 Ÿean. Au jour du succès du S% Sean et de L'Age d’'Airain, on avait changé de chicane. Evidemment c'était un sculpteur, un novateur en sculpture, il le démontrait et excellait dans le morceau, dans la statue!
Mais pourrait-il mettre sur pied un groupe. On en doutait on se
ESQUISSEDE BALZAC.
plaisait à en douter, on feignait d'en douter! Rodin répondit par ses Pourgeois de Calais.
Le sujet était beau ; pour un artiste épris, comme il l'était alors de musculatures robustes, de mouvements simples, de vision curieuse des êtres, ces six bourgeois étaient de beaux modèles, d'abord par la valeur morale et l'émotion à transcrire dans leurs allure et leurs visages, et l’amaigrissement physique causé par la famine du siége. Aussi le sujet se grandissait de ce que les historiens, Michelet par exemple, ont presque dater de ce moment, et d'Eustache de St. Pierre l'idée de patrie, de sacrifice pour la patrie. En tout . cas, littéralement, ces six bourgeois étaient bons communiers, très dévoués à leur ville.
Dans des analyses excellentes, Mirbeau et Geffroy ont noté la psychologie complexe du groupe; certaines unités en sont des vieillards fiers et résignés, d'autres des hommes d'action que Ja hart au col, et la vison d’une prochaine et cruelle fin font tressaillir de colère; les plus jeunes ont des tendresses pour l'existence qu'ils vont quitter, pour leur jeune vie déja traversée par le définitif malheur. A la silhouette d'Eustache deSt.Pierre, comme à celle du jeune homme dont le beau geste d'adieu à la vie est si célèbre, sur les autres aussi, mais surtout sur ces deux-là, Rodin a dépensé ce que lui avaient donné d'émotions les cathédrales gothiques, les belles statues des portails, l’art simple et fort qu'il y aimait. Et ceci sans tomber dans limitation; ce ne sont ni des saints, ni des manants; ce sont des hommes, mais en qui vit toute la foi de la vieille époque; l'allure de sacrifice et d'abandon de soi, les situe dans la vie générale de l'esprit, ces effigies de douleur, ces humains d’un autre âge dont Rodin nous restitue l'âme, simple, ardente et désespérée. L'influence des Bourgeois de Calais fut énorme, Que nous les avons revus depuis, présentés soit dans
leurs silhouettes, partiellement ou dans leur groupement, par des