L'AME DU
SCULPTEUR (Étude)
que, Rodin avait donc cherché à le représenter comme il était le plus lui même. Cette ample robe de moine, lui avait paru être le plus detouslestemps parmi les costumes, dont il pouvait vêtir ce héros qui ne pouvait être représente nu. Il déférait d'ailleurs ainsi à une
habitude de Balzac.
Il pouvait se défendre en argumentant :
que Balzac n'était pas lui-même, n'était pas le Balzac fondamental, lorsqu'il courait Paris pour satisfaire à ses échéances, mais bien lorsque chez lui il écrivait, pensait, créait, interprétait. Son Balzac n'a pas d'accessoires. À:t-il voulu indiquer que le cerveau de Balzac, miroir ou se réfléchissait le monde, recevait trop de lueurs extérieures, pour quil put les montrer et synthétiser en quelques figures toutes ces sortes de sources d'information.
Pour Hugo, plus simple, aux vues moins complexes, à l'art multiple mais dominé par quelques directrices il n'en allait point de même. Une pratique littéraire domine le style d'Hugo, c’est l'antithèse, Toute sa vie Hugo a juxtaposé le grotesque et le terrible, l'ombre et la lumière, l'énergie et la tendresse.
L'antithése est sa formule, figure de ce contraste qui régit toutes les affaires humaines et conséquement leur mode d'expression. Rodin a-t-il raisonné cela (il a beaucoup de lecture) ou simplement la divination l'y a-t-elle menée, et la simplicité de son intuition, mais deux génies accourent vers Hugo, l'un c'est
la Muse de chatiment, la Muse de l'his-
toire, la grande Muse et l’autre c’est l'idylle; si vous voulez, c'est la Force et la Tendresse. Un autre projet montre Hugo s'en allant vers la mer ou les Nereides l'accueillent. Ce seront d'admirables monuments, et le Hugo synthétique de Rodin, celui des monuments, celui du merveilleux buste du Musée Galliéra restera pour la postérité, le véritable Hugo.
Dans le Musée de Rodin, à Val Fleury, les œuvres de sa seconde manière s'accumulent, à l’état de plans, d'esquisses, de moulages, de marbres et lui prouvent la vérité de-sa méthode. Dans le jour admirable qui lui ménagent les vitrages c'est tout le surgissement d'une vie de rêve. Il peut se promener dans les allées spirituelles où son génie se reflète et assister à son peuplement du monde. On dirait qu'une force de la nature a accumulé là un monde de formes.
Cètte
force naturiste qui sai-
sensation de
sit à l'entrée, parmi tant de blanches synthèses et de blancs jaillissements d'êtres, s'accroit à un examen plus approfondi. Il semble qu'on circule parmi de la matière illuminée de vie, car les études poussées, les éxécutions à petite échelle représentent ici mille idées de monuments complètement formulées et qui n'attendent que l'occassion pour germeren masses colossales sur les places publiques.
Voici une petite ma-