LIBRAIRIE NOUVELLE
BOULEVARD DRS ITALIENS. 15, AU COIN DK I,A RUK DE ORAMMONT
vnVH
AUCtUSïE vacqïïeeie
S'il est une vérité répandue, indiscutable, aux yeux des hommes « pratiques » , et consacrée par le consentement de toutes les autorités depuis Platon, c'est bien celle-ci : que la nature des poètes est essentiellement et incurablement incompétente pour saisir ou apprécier justement les choses les plus simples de la vie publique ou de la politique. Des ailes, ils peuvent en avoir ; mais
(i AUGLSTK V ACQI.KIUK.
des pieds pour marcher droit, des yeux pour voir clair, des mains pour travailler dur à la terre commune et dans l'air commun de la réalité, voilà qui est impossible. Jls ne sont bons, comme chacun le sait, qu'à être couronnés et chassés à la fois par les mômes mains; la juste reconnaissance de leurs concitoyens les doit honorer et tenir à bonne distance.
Je regrette que ceux qui ont cette opinion, — dans laquelle je me permets de ne voir qu' « un petit chien qui amuse une vieille femme )>, bien que ce soit l'opinion de Platon et que, comme on sait encore, « Platon ne se trompe pas, — je regrette qu'ils ne poussent pas leur raisonnement à sa conséquence logique : ils ne devraient pas se contenter de dire que tous les poètes sont incapables et inutiles ; moi , je complète cette opinion si judicieuse en disant que tous les hommes d'une inaptitude évidente et d'une incapacité notoire pour tout ce qui est service public, pour tout ce qui est utile au pays, sont des poètes.
D'après cette théorie, quelle moisson exu-
L'OPINION PLATOMOLi:. 7
bérante d'Homères, de Dantes, de Shakespeares,
— les plus grands de ceux de leur sorte, — n'a pas du produire de tous cotés notre belle épo(jue ! Quelle voie lactée de grands poètes doit répandre, à l'heure qu'il est, sa luniiôre bienfaisante et douce sur l'Angleterre et sur la France ! Sans parler de ces puissants poêles de l'Océan, nos lords de l'amirauté, ces phares gardiens et conducteurs de notre honneur naval à travers les brumes et les glaces de u la nuit aveugle des mers sansétoiles »,
— ([uel poëte admirable la France a perdu par le suicide inattendu de ]M. Beulé! Par pitié pour son pays, que ne réservait-il ce dénoùment tragicpie pour la scène ! La France, heureusement, a de quoi combler le vide que celte mort a fait dans son personnel poétique : elle peut nous montrer avec une fierté joyeuse la splcndide épopée de son de Broglie et les elVusions lyriques de son Bufiet. Et plus bas, parmi les satellites des gros soleils, est-ce que nous n" admirons pas bucoliquement la planète Ducros? Et par dessus tout, si l'inconséquence, le désordre, l'incapacité dans le maniement des alVaircs sont réellement la maicjuc souveraine
8 AlCaSTK VACQUKRIE.
cl le sceau du génie poétique, quelle dynastie de poêles on avait dans celte race qui a sombré au milieu de la vapeur fétide d'une ignominie élernelle quand la vessie de l'empire, gonflée pendant vingt années de bruit et de honte, éclata une fois pour toutes à Sedan! Et quel poëte souverain que le souverain qui mourut à. Ghislehursl , quand fut mûre toute la moisson du mépris de l'humanité et de l'indignation de l'histoire , et que l'heure fut venue pour l'empereur de suivre l'empire ! (( Quel artiste périt en moi ! » gémit le premier Néron, quand sa main tremblante approchait le couteau de sa gorge. En cela, comme en d'autres points, s'il y avait quelque chose de vrai dans cette théorie qui veut identifier la puissance poétique avec l'impuissance politique, le lâche fils d'Agrippine aurait trouvé un imitateur et un parodiste, dans le lâche rejeton d'Hortense.
Je demande pardon à la mémoire du tyran romain — qui, du moins, n'avait pas obtenu l'empire par le plus exécrable de tous les parjures, ni au prix d'aucune vie humaine que celle
I/()IMM0.\ IM.ATUMQUK. 9
d'un autre empereur, — je lui demande pardon d'un parallèle qui peut olTenser môme Néron ! Et maintenant je parle sérieusement.
Car j'ai à signaler la hardiesse avec laquelle un poëte vivant, un poëte d'une haute valeur et dont le nom restera, a, une fois de plus, démenti, par des faits et non par des mots, la doctrine de Platon .
10 AUGLSTK VACgLLIlll::.
Le poète ne fait qu'un avec le citoyen : voilà une vérité qui n'a jamais été plus fièrement ni plus triomphalement établie que par l'œuvre de M. Auguste Vacquerie, fruit de longues années d'un noble labeur.
C'est sans aucun sentiment de surprise que nous trouvons dans son dernier livre, Aujourd'hui et Demain, un audacieux assaut donné à l'opinion favorite des gens positifs su;' la nature et les aptitudes des poètes. Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable dans son livre, ce n'est ni la force, ni la grâce, ni l'exécution brillante, ni la satire (( dont l'esprit aigu fait une telle blessure que la lame reste dans la plaie », et où nous admirons la vigueur souple, l'adresse parfaite et le poignet du tireur qui a porté la botte ; ni les aspirations hautes et douces, ni le profond et humain amour
AUJOURDMII I KT DI.M \I\. 11
de la justice, dame et maîtresse <( si cruellement aimée » par les meilleurs d'entre les hommes ; ni la passion héroïque et la pitié dont le souille rafraîchissant emplit chaque page; car toutes ces qualités, on peut supposer (pie philosophes et politiques de profession concèdent que les poètes peuvent les avoir ; mais c'est — qu'ils le veuillent ou non — la solidité du bon sens, le rayonnement direct do la raison qui illumine et soude ensemble toutes les parties de l'édifice, éclairant toutes les perspectives, mettant en relief tous les principes.
Rien de vague, rien de nuageux, rien d'indécis. Nous sommes aussi loin qu'on peut l'être du pays des à-peu-près et des ombres. Aucun homme sincère, que ses vues et ses espérances se retrouvent ou non dans les fins et moyens du livre, ne peut nier que ces moyens et ces fins ne soient pratiques, intelligibles et logiques.
Ouvrez le livre et lisez au hasard; regardez si le sujet traité a quelque intérêt particulier pour vous, et cherchez ce que l'autour peut avoir (li( sur quelque matière que ce soit d'un intérêt actuel
IL> ALGLSTi; \ ACQl KI'.Ii:.
fjiril VOUS plaii'a (1(3 choisir parmi la liste variée des matières (ju'il a maniées et pesées. Vous pouvez être partisan de la peine de mort, monarctiiste absolu ou constitutionnel, ou bien clérical hostile à l'enseignement vraiment libre, — vous ne pourrez cependant dire que cet adversaire de vos opinions les ait attaquées à l'aide de déclamations vaines ou exagérées, ni qu'il les ait abordées autrement que par un exposé simple et irréprochable, ni qu'il les ait considérées sous un autre jour que celui qui leur est propre ou dans un milieu qui puisse en changer les couleurs, en altérer les lignes naturelles.
Dans chaque espèce, il cite à la barre, non pas des imaginations, ni des conséquences ou des probabilités que l'œil de son esprit perçoive capricieusement, mais bien des faits que vous ne pouvez contester, des faits pertinents, flagrants, évidents.
Vous pouvez ne pas accepter la nécessité de ses conclusions, mais vous ne pouvez contester la validité de ses prémisses. Les choses sont-elles ainsi, oui ou non? Et si elles sont ainsi, sont-elles
Al .101 H D'il l I \.T I)I;M \I\. 13
bonnes ou mauvaises, justes ou injustes? Lo fait, l'évidence, la raison, la rectitude, voilà les autorités qu'il invoque, voilà les pierres de touche qu'il applique h la matière qu'il tient, voilà les témoins qu'il cite pour admettre ou récuser ; ceux-là seuls, et nulle part le sentiment, la théorie, la passion ou lo préjugé. Et ce n'est que lorsqu'il a ainsi éprouvé et témoigné, qu'il apporte dans le débat toutes les forces de son habile éloquence, toute l'ardeur et toute l'acuité de son esprit.
S'il est au monde une classe d'écrivains à qui l'opinion générale refuse l'attribution de cette qualité, la raison, c'est bien la classe disgraciée et déshéritée des poètes ; s'il est en Europe un parti politique à qui on la dénie habituellement et dédaigneusement, c'est bien le parti républicain et radical en France. Aussi avons-nous été doublement soigneux de signaler tout d'abord la présence et la prédominance de cette inestimable qualité de la raison dans le nouvel ouvrage de l'un des plus purs républicains, de l'un des poètes les plus ardents de ce siècle et de tous les temps.
1^, \i r;i sTK V \(:oi i:iur,.
D'un Ici ('crivain, s'il y avait seulement un grain (lo \év\U\ et (lo bon sons clans le verbiafi^e fies <( gens pratiques » ot dans leur banale objcclion. nous aurions pu attendre un entliousiasnne d<;bordani et vide, des mots, des protestations, des clameurs d'improvisation hystérique, des hurlements de colère, de vagues appels lyriques à des principes abstraits, une tragique et criarde dénonciation des choses à combattre ; l'auteur a été cruellement indélicat et inconvenant envers ces gens en ne montrant rien de tout cela, et en faisant preuve, au contraire, de sa puissance à voir clairement et à saisir résolument la racine et le fruit, les commencements et les suites de tous les problèmes politiques ou sociaux qu'il a eu à démontrer et à discuter. La force et le tranchant de ce style pénétrant et bien trempé, l'estoc et la taille de cette prose vivante et virile, qui peut être comparée, pour ces grandes qualités, plutôt aux vers de Dryden qu'à aucun autre style que je puisse ti'ouver dans la littérature anglaise, il ne les emploie jamais qu'où le but l'exige, que pour le rapide et loyal service de l'utilité immédiate. Cette
AU.ioi r.D'iii I i:t dkmain. ir.
vitale et lumineuse propriété de la langue, a[)pliquée ici aux plus graves naatières des préoccupations du jour, avait déjà trouvé une aussi libre carrière dans l'étincelante et incisive sagesse et dans l'esprit des Profils ot Grimaces, dans la iTiordante force dramatique et dans la vigoureuse variété des Miettes cie V Histoire,
\i\ \ I (il sTi; \ \(;oi I lui
Je ne connais qu'incomplètement les premières poésies d'Auguste Yacquerie. Ce que j'en ai lu a été suffisant pour me montrer l'habileté précoce de l'écrivain dès son début, la vigueur et la souplesse de son vers magistral se pliant à toutes les impressions de son âme; j'y ai vu la sûreté et l'élévation de son but, sa ferveur sincère et sa clairvoyante aspiration. Ses yeux étaient déjà levés vers les plus hauts sommets de la poésie. Dès son commencement, il était entraîné à courir, comme les coursiers antiques, un double prix. Il mit Antigone sur la scène moderne, non pas à la mode de Racine, mais selon Sophocle; pas un pli du vers marmoréen du chœur antique ne fut changé ; pas une tresse de la coiffure funèbre d' Antigone ne fut dérangée. A côté de cette figure sacrée, ranimée et transfigurée, mais non déna-
rr.AC \i,i) \r. AS. 17
turée, il lâclia son Tragaldabas^ déinnsclc'^ et mal peigné, lequel^ eut le double honneur d'être insulté par des bouches obscures et applaudi par des mains illustres ([ui travaillaient au même champ de l'art. Cette composition complexe, où la bouffonnerie extrême se mêle à une intrigue gracieusement romantique, rappelle ces enfants du génie de Shakespeare engendrés par l'union de l'esprit vigoureux et de la fantaisie lyrique, et, dans un drame moderne, nous donne l'équivalent de ce qu'aurait pu être le drame satirique des Grecs, s'il nous restait quelque modèle plus large et plus puissant à étudier que le seul et dernier rejeton du génie d'Euripide.
Dans ce poëme comique et poéticfue où éclate le large et lumineux sourire de son jeune gt'nie, Auguste Vacquerie a montré, je n'hésite pas à le dire, autant d'aflinité avec l'esprit de l'anciemie Grèce que dans sa chaste et sévère gravure d'après le dessin de Sophocle. Il est certain que ce n^iélange du comique outré et violent, tantôt avec des passages plus graves, tantôt avec de tendres et lumineux intermèdes poétiques, devait mériter
IS MGIISTK VACQliKniK.
los bravos de tout auditoire capable de coûter le beau, le puissant et l'excellent de cliaque genre combinés ensemble, ce qui est le propre de la comédie poétique dans ses moments de complète liberté. La situation qui fait le fond du poëme, cette situation de don Eliseo prenant un soin si passionné de la précieuse existence de Tragaldabas, ne pouvait être mise à la scène que par un poëte comique d'un génie neuf et personnel.
LES FUNÉl\AlLLi:s DE LMlONNiaU. l'J
Je ciluisirai, dans les dernières œuvres dramatiques d'Auguste Vacquerie, l'espace me man- (juant, deux pièces, pour rappeler rapidement la grâce parfaite, la vivacité brillante et l'art délicat de cette comédie-poëme : Souvent homme varie, et la profondeur de la passion qui remplit les Funérailles de l'Honneur, ce drame 'si tragi(|ue, si oi'iginal, si mélancolique, dont la catastrophe contient un si grand symbole, et qui, par l'impression pui"e et élevée qu'il laisse, par la subordination de la matière à l'idéal qu'il met en lumière, et par son dénoiàment si imprévu et si grandement étrange, peut être comparé à l'incomparable Cœur brisé de Ford. Ceci mérite d'être remarqué et signalé que Victor Hugo et son plus grand disciple — disciple n'a ici aucun sens dinfériorité, mais bien un sens filial s'appliquant au poëte plus jeune vis-à-vis de l'aîné — auront été les deux principaux et même les seuls poètes de
20 AIGUSTK VACOLKRIK.
notre épocjuc (|ui ait'uL icpris cette grande tradition de l'honneur incarna; dans une longue suite d'aïeux, et aient célébré avec une sympathie supérieure l'héroïsme de cette vieille loyauté qui ne veut sur
son blason d'autre tache que celle du sang. La
postérité ne trouvera que dans la bouche des républicains, — confesseurs et martyrs des principes démocratiques qui peuvent seuls montrer aujourd'hui un livre d'or de chevaliers et de héros, champions de la croisade de l'avenir et pairs d'une chevalerie a-ussi noble et plus utile que celle du passé — ce n'est que sur leurs lèvres qu'elle trouvera l'exposition des fiers sentiments qui animaient nos pères, leur vertu hautaine, leur délicate sensibilité en matière d'honneur, leur ardente notion du droit. Ce ne sont pas les poètes de cour qui prendraient pour modèle la scène des portraits dans Hernani ou le cercueil vide et préparé pour recevoir autre chose qu'un corps dans les Funérailles de l'Honneur,
MES PREMIÈRES ANNÉES DE l'ARIS. 21
La clarté, la netteté et la précision du style, toujours au service du poëte pour le but (ju'il s'est proposé, qu'il soit grave ou léger, dans Tiiilérét général ou immédiat, c'est encore là un des remarquables caractères des ouvrages d'Auguste Vacquerie. L'art de la composition, qui fait que ceux qui étudient Tœuvre s'y attachent en même temps qu'il soutient Tharmonie de l'ensemble, me parait encore plus également réparti dans ses derniers ouvrages que môme dans Tragaldabas. L'habileté de main naturelle à l'artiste est maintenant dans tout son plein. Ses IVuits sont plus murs et plus fermes, depuis le noyau sans défaut jusqu'à l'écorce sans tache. L'elTet mesuré et croissant ({ui vous saisit n'est acheté au prix daucune défaillance, d'aucun écart hors de la route du drame, (ici heureux don n'est pas moins vi-
fi
22 AUGUSTE VACQLEHIE.
sible dans chacun des courts poëmes dramatiques (jui se dressent, comme de sombres lloraisons d'aconit ou de pavot, parmi les prairies verdoyantes et les moissons dorées de ce beau recueil de vers qui a pour titre : Mes premières années de Paris. Dans l'une de ces pièces, la plus délicate peut-être comme donnée, Proserpine, il faut remarquer avec quelle habileté instinctive le poète a écarté de son œuvre tout prétexte à l'imitation, alors que le plan, dans des mains moins vigoureuses, y aurait certainement abouti. Ainsi, une double catastrophe qui d'une part rappelle Angelo et de l'autre la Coupe et les lèvres devient originale par un effort de combinaison et met l'auteur à l'abri de tout soupçon d'emprunt envers Hugo ou Musset. Ces petits drames, pour l'intensité de la pensée, la chaleur de l'action et rémotion qui s'en dégage, peuvent être comparés aux études de M. Browning faites dans la même forme. Il y a chez le poëte français comme chez le poëte anglais une force chaleureuse, un rapport entre le but et les moyens, une concentration de grandeur et de pensée, qui caractérisent nettement le génie de l'un et de l'autre.
MES PRKMlkRKS- ANNI^IKS DK IVXHIS. 'j;;
(^e mélange des facultés dramatiques et philosophiques est une preuve capitale de la puissance diamatique dont l'auteur se trouve» pourvu rii même temps que de toutes les ressources particulières de cet art. L'écrivain à qui cette ((ualilé manque peut être un poëte et peut être un faiseur de pièces, il peut savoir fouilici' un caractère, mais il ne sera jamais un auteur dramatique, pas môme en espérance.
Les lecteurs capables de traduire les \ ei"s français en anglais ne manqueront pas d'apprécier dans le même livre la puissance et l'habileté de main avec laquelle V Avènement d'Henri \ a été traduit. La transfusion magistrale dans une autre langue de la fameuse scène de Shakespeare entre le prince et son père mourant est en plusieurs passages d'une fidélité et d'une délicatesse de touche presque miraculeuses. La vigueiu' souple du vers égale en force et eu précision la prose de la traduction incomparable de ce fils de Victor Hugo dont le labeur tilanicpie dans n le chamj) gigantesque de Shakespeare » ajoute un nouveau lustre même au nom paternel, et à la mémoire
t2/( Al;(il STK VACOI llUli:. .
(lu({ii(;l y\uguste Vacquerie a, dans son dernier livre, rendu un iiommagc fraternel!.
Le temps et l'espace m'cnnpechenl d'acquitter plus complètement le tribut qui est du aux qualités supérieures des autres poëmes, d'insister sur l'esprit, l'imagination, la douceur, l'énergie, la force multiple et diverse et la vie universelle qui s'en dégagent. Jamais la critique poétique n'a été si brillante, si aiguë, ni d'une escrime si savante que dans les pièces de Mes premières années de Paris où la satire alterne avec la louange ; jamais chants d'amour ou mornes élégies ne furent d'un ton plus tendre ni plus élevé. La véritable couronne, la perle de tout le livre est, à mon sentiment, le poëme splendide et coloré qui commence ainsi :
Oh! quand du bord du bois où, dans l'épais feuillage...
Jamais plus de passion ne fut renfermée dans une mélodie plus brûlante ; jamais les mots n'ont mieux donné la forme et les traits au suprême désir; jamais du moule n'est sortie œuvre plus pure, plus impeccable, plus alimentée dans la four-
MKS PRKMlkHi:s WNI^IKS |)i; l»\MIS. 2';
naise du sentiment et de la poésie par le souvenir et l'imagination, comme ces matériaux que Cellini jetait dans le creuset quand il fondait son Persée de sa main magistrale et palpitante.
Et de ces poëmes, fleurs funèbres répandues sur des tombes jamais oubliées et impérissables par-dessus tout dans toutes les mémoires qui gardent deux existences aimées et unies, alliant le nom du poète à celui de son puissant maître en poésie, que dire de plus que ce qui en a été dil ? Que, même après le quatrième livre des .Contemplations, ils peuvent être lus avec la sublime jouissance de la poésie et l'admiration de cette puissance du poète, qui peut aiguiser et adoucir la sensibilité la plus vive par la possession et Texaltation de l'esprit.
iF\
ALl.lSTK VACOI i:i'.ii:
Qu'un tel homme ait écrit un livre tel que celui qu'il vient de nous donner, ce fait est par lui-même un commentaire suffisamment significatif de cette doctrine qui veut chasser les poètes de la place publique et leur interdire de servir le pays. Le grand cœur qui a relevé le défi de la destinée,
Trouvant la chute belle et le malheur propice.
bat ici et brûle à chaque vers. Et ces paroles immortelles de haut et paternel témoignage qui saluèrent l'aurore d'un long exil volontaire si noblement partagé et soutenu, peuvent être lues une fois de plus avec une signification et un intérêt nouveaux.
Un nouvel à-compte a été payé sur la grande dette d'un fils fidèle envers la mère patrie. Il n'y
AUJOLUD'ilLl ET DKMAIN. '21
a pas une page dans ce livre, Aujourir hui et Demain^ qui ne puisse servir comme une arme d'attaque ou de défense contre les eimemis intérieurs et les plus dangereux de la pali-ie. 11 n'y a pas un mot qui ne vienne en aide à la France. Ce livre est la preuve complète et parfaite de l'imbécillité de ceux qui voudraient tracer une frontière entre la fonction du poëte et celle du patriote. Bien qu'Auguste Yacquerie ait le droit de dire que ce livre suflit à la démonstration, nous espérons qu'il ne nous laissera pas longtemps sans nous fournir de nouvelles preuves de cette vérité qu'un vrai grand poëte peut en même temps être un grand patriote.
La Bibliothèque Université d'Ottawa Echéance
The Library University of Ottawa Date Due
CE PC 2^58 .V3Z8l't 1875 COO SViINBURNCi ACC« 1227B45
A AUGUSTE VACQ