‹ Auprès du foyerChapitre 22 sur 35 · LA BONNE HUMEUR EN FAMILLE · texte numérisé non relu

LA BONNE HUMEUR EN FAMILLE

rlioses sont aichiconnues h la maison. On le leur a peut-être fait sentir et cela leur a coupé la parole. Ils méditent en silence le vieux proverbe : « Nul n'est prophète chez lui. »

Un troisième est très cabotin et ne se met point en frais dans son intérieur. Il lui faut une galerie, des succès à remporter. Mauvais cas que le sien !

En voici un autre très commun et fâcheux, quoique facilement explicable. Expliquer, je le veux bien, n'est pas acquitter. Mais cela enlève aux faits une partie de ce qu'ils ont d'irritant. Faisons paraître le prévenu.

On vous trouve, monsieur, plus souvent qu'à votre tour, sombre, agacé, d'un abord pénible, lorsque vous rentrez de votre travail ou de vos courses. Vous êtes avare de détails sur tout ce que vous avez pu voir et entendre. Même par le beau temps, vous rapportez au domicile une mine de jour de pluie.

Justifiez-vous, monsieur... Vous baissez la tête et ne dites rien. Je vais parler pour vous.

Lorsque vous rentrez vous êtes las, harassé. Vous avez dépensé votre provision de bonne volonté et de patience. On a fait de tels appels à votre bonté, à votre énergie qu'on vous a vidé comme un sac... Est-ce vrai cela?... Et vous avez peut-être fait de fâcheuses rencontres, subi des procédés pénibles, des contestations d'intérêts, des discussions politiques ou religieuses. Tout cela vous met, pour l'heure, dans un assez triste état. Vous vous attendez à

trouver au logis le repos, un accueil empressé, souriant, une femme aimable et des enfants gracieux. Qui vous en blâmerait? Mais voilà. En votre absence tout ce monde s'est dépensé aussi. On a peiné, fait de son mieux sans toujours y réussir. Les enfiints se sont querellés. Il s'est passé des choses qu'il faut que vous sachiez. Bref, cela cloche en plusieurs endroits. On vous attendait afin de remettre tout en état, de rétablir l'équilibre, de ramener la p:iix et le contentement dans les esprits. Résumé : Vous rentrez ici pour trouver un peu de sérénité. Ici on vivait dans l'espoir que vous en rapporteriez. Et c'est comme dans les pique-niques. Arrives au rendez-vous, les convives déballent leurs paquets.

« Avez-vous du sel?

— Non, je pensais que vous en auriez.

— Quelqu'un a-t-il songé au vinaigre!

— Non, c'est sur vous que l'on comptait pour cela. »

C'est regrettable, ce n'est pas étonnant. Je ne dis pas qu'il n'y ait là aucun sujet de se plaindre. Mais il faut être raisonnable, n'accuser personne, chercher ensemble un remède et faire appel à soi-même plus qu'aux autres.

Au fond, cette question de la bonne humeur en famille est très importante. Elle nous invite à faire souvent notre examen de conscience. La négliger c'est tomber dans le laisser-aller, l'indifTérence, le mauvais ton.

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Vous essuyez vos meubles, autrement la poussière finirait par les ternir et les entamer. Croyez-le, il est nécessaire aussi de veiller h votre humeur, de lui rendre du brillant, de la dcerasser. Tous les jours nous sommes menacés par un mal subtil semblable à ceux qui atteignent les feuilles de lu vigne, les dessèchent et les corrodent. Gare à la mauvaise humeur, ce mildew des âmes! Il est essentiellement

contarricux.

Des parents il se transmet aux enfants, h tout le personnel. J'ai même vu un perroquet contracter la maladie. Il savait une foule de choses très amusantes. Au bout de deux ans de séjour dans une maison acariâtre, il avait tout oublié et répétait toute la journée : Je suis en colère, je suis en colère!

La jeunesse ne prend pas assez garde à sou humeur. Elle a moins de graves soucis, moins de raisons de s'assombrir, que l'âge mûr ou la vieillesse. Mais le manque d'habitude dans le gouvernement d'elle-même lui fait attacher une grande importance h ses accès de bouderie ou de mauvaise humeur. Elle s'y drape en quelque sorte, comme dans une royauté morne et dédaigneuse. Je suis de mauvaise humeur aujourdliui! Quantité de jeunes seigneurs ou princesses croient avoir tout dit quand ils ont dit cela. Du haut de leur vilain cheval noir ils défient les humbles mortels. Rien ne les rend si grands que la mauvaise humeur.

Il faut de bonne heure s'habituer h considérer ce genre de grandeur comme fort douteux et même

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ridicule. En voyant l'ouvrage que ce pénible esprit fait au foyer domestique et partout, on est plus disposé à porter ailleurs ses hommages.

Qu'un peu d'humeur bonne et joviale est donc bienfaisante dans le monde où nous sommes! La bonne humeur est une des formes les plus gracieuses de la bonté. Puisque la terre est pleine de misères petites et grandes, et que l'homme notre compagnon en a le cœur étreint mêlons un peu de sourire h cette ombre. Cela corrige bien des travers, aplanit bien des difficultés. Toutes les relations en sont influencées. La bonne humeur est une force. C'est une victoire remportée sur le fait brutal et sur notre propre cœur. Elle transforme le monde. Elle est contagieuse, elle aussi, mais d'une contagion heureuse. Bien souvent elle est récompensée par l'écho qu'elle parvient h éveiller. Sans doute, il y a des êtres qui vous la font perdre malgré tout. Mais plaignons-les ceux-là. Comme cela doit être triste d'être hargneux ou enragé! Souvenons-nous de cela, si nous avons jamais all'aire à un de ces malheureux, qui feraient tourner la bile à un agneau, ou amèneraient une huître à discuter.

Au fond peu d'êtres résistent, h la longue, à la bonne humeur. L'homme, en général, prend le ton de celui qui l'aborde. Il grogne avec ceux qui grognent et sourit h ceux qui lui sourient.

Dans la même journée je rencontrai deux personnes qui cherchaient des appartements sur un boulevard. L'une s'écriait : « Mon Dieu, comme les

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