PARIS
HENRI PLON, IlIPRIilE UR-ÉDITEl'R
RUE G A R A NCI È RE , 10
AVANT-PROPOS
« J’étais là, telle chose m’advint. »
La Fontaine.
La seule raison que j’aie d’espérer la bienveillance du lecteur , en lui présentant le journal de mon voyage autour du monde, c’est que j’avais vingt ans, depuis huit jours seulement, quand je faisais voile pour l’Australie, et qu’ après avoir, sur un parcours de seize mille neuf cents lieues, visité tant de contrées du globe comme en un magique panorama, je viens affronter à vingt-deux ans les périls de la publicité.
C’était uniquement pour mes parents que j’avais pensé écrire mon journal : c’était la consolation promise à ceux que je quittais. J’y ai consigné tout ce que j’ai vu et appris pendant mon long voyage; je devrais plutôt dire que j’y ai consacré le peu de temps que me laissaient, pour écrire, les accidents variés d’une vie agitée et
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toute remplie. Chaque soir, après les fatigues du jour, je jetais bien vite mes notes sur Je papier, et chaque malle qui partait pour FEurope apportait aux miens le trop court récit de mes mouvements.
Lorsque je contemplais devant moi cet espace infini ou je ne devais pas les voir, ou bien quand je regardais en arrière vers ces parages ou je les savais attristés de mon absence, c’était une heure d’encouragement et de force nouvelle, de délices et d’aspirations élevées, que celle oii je traçais pour eux le journal de tous les instants de ma vie jeune, active, folle et enthousiaste, ou mélancolique, calme et sérieuse.
Mais puis-je espérer que ces lignes écrites à la hâte, tantôt sur la table vacillante d’un navire ballotté par la mer, tantôt sur mes genoux à la fin d’une journée de chasse, ou dans quelque hutte de Cannibale , inspireront à ceux qui les liront une pâle impression des joies sincères , des émotions vives et des souvenirs délicieux de mon voyage?
Ces souvenirs de chaque heure, tels qu’ils se présentaient à moi, sous la Ligne ou près du
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vu
Pôle Sud, je les ai laissés dans leur ensemble, quelquefois confus et sans transitions, ce qui est le propre du journal; et j’ai retranché seulement tout ce qui m’étant personnel, ne pouvait intéresser que ma famille. — Je viens simplement, et avec la timidité, mais aussi avec toute l’ardeur de la jeunesse, raconter ce qui m’a frappé dans la succession des grandes images , des faits curieux, des aventures, des dangers peut-être, de longues navigations et de pays lointains.
Qu’on me pardonne donc ce que peut avoir de monotone le récit, même abrégé, d’une première traversée de trois mois ; qu’on me pardonne les ardeurs trop folles dans les chasses émouvantes des plaines sans fin de l’Australie ou de la jongle brûlante de Java; qu’on me pardonne mes jugements sur les constitutions politiques des colonies australiennes , ou bien les éclats de la gaieté que m’ont causés les harems des sultans javanais , les amazones du roi de Siam, ou un déjeuner à Pékin avec le régent de la Chine!
Si j’ai pu, dans un voyage rapide, embrasser tant de choses diverses, je n’ai en cela aucun mérite; je le dois à des circonstances exceptionnelles : car dans ces lointaines et dangereuses
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pérégrinations, je ne volais pas de mes propres ailes. J’avais l’honneur d’accompagner un jeune Prince qui , depuis ma plus tendre enfance, voulait bien m’appeler son ami; qui, lui, avait déjà bien couru les mers comme Elève , puis comme Enseigne dans la marine des Etats-Unis d’Amérique, où il avait conquis ses grades par de solides et brillantes études, et qui, après six ans de service à la mer, voulait faire le tour du globe pour son instruction et son plaisir.
Dans l’espace de trois mois, trois jeunes Princes de la maison d’Orléans partaient d’Europe, pour exercer dans de lointains voyages leur intelligence et leur activité, qu’ils ne pouvaient consacrer au service de leur pays : — le Duc d’Alençon, lieutenant de l’armée espagnole, dans la glorieuse expédition des Philippines, où il commandait P artillerie et fit si vaillamment ses premières armes ; — le Prince de Condé , aux Indes et en Australie où la mort, hélas! l’arrêta à l’entrée d’une
carrière qui promettait d’être si belle; — le Duc de Penthièvre, fils du Prince de Joinville, tout autour du monde !
C’est ce dernier que j’avais le bonheur de suivre : il fut partout reçu et fêté par des hommes
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de cœur qui lui faisaient, avec une prévenance et une somptuosité inouïes , les honneurs de leur patrie adoptive. Pour moi, si j’ai pu glaner quelques épis dans une moisson que j’aurais dû rapporter si abondante, j’ai à cœur de placer ici, avant tout, l’expression la plus vive de ma reconnaissance pour ceux qui nous ont accueillis avec la plus cordiale hospitalité ; et, parmi eux, il est des noms que la délicatesse me fait taire, — je ne veux le dire qu’une seule fois, — ce sont des noms français.
Je dois aussi cet hommage à nos amis d’outremer, en mémoire d’un de nous qui n’est plus!... Car les beaux souvenirs de notre voyage tant rêvé ont été mêlés des plus cruelles douleurs, et un voile de deuil devait couvrir pour nous , au retour, le brillant passé qui avait réalisé toutes nos espérances du départ : — il devait m’être réservé le triste devoir de rapporter en France le cercueil de M. Fauvel, Lieutenant de vaisseau, cet homme d’un cœur si attachant, si élevé, et d’une science si solide, qui n’avait point quitté le Prince depuis sept ans , — que nous aimions comme un second père , — et qui , après avoir partagé toutes nos émotions comme
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pérégrinations, je ne volais pas de mes propres ailes. J’avais l’honneur d’accompagner un jeune Prince qui , depuis ma plus tendre enfance, voulait bien m’appeler son ami; qui, lui, avait déjà bien couru les mers comme Elève , puis comme Enseigne dans la marine des Etats-Unis d’Amérique, oii il avait conquis ses grades par de solides et brillantes études, et qui, après six ans de service à la mer, voulait faire le tour du globe pour son instruction et son plaisir.
Dans l’espace de trois mois, trois jeunes Princes de la maison d’Orléans partaient d’Europe, pour exercer dans de lointains voyages leur intelligence et leur activité, qu’ils ne pouvaient consacrer au service de leur pays : — le Duc d’Alençon, lieutenant de l’armée espagnole, dans la glorieuse expédition des Philippines, où il commandait P artillerie et fit si vaillamment ses premières armes ; — le Prince de Condé , aux Indes et en Australie. ... ou la mort, hélas! l’arrêta à l’entrée d’une carrière qui promettait d’être si belle; — le Duc de Penthièvre, fils du Prince de Joinville, tout autour du monde !
C’est ce dernier que j’avais le bonheur de suivre : il fut partout reçu et fêté par des hommes
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de cœur qui lui faisaient, avec une prévenance et une somptuosité inouïes , les honneurs de leur patrie adoptive. Pour moi, si j’ai pu glaner quelques épis dans une moisson que j’aurais dû rapporter si abondante, j’ai à cœur de placer ici, avant tout, l’expression la plus vive de ma reconnaissance pour ceux qui nous ont accueillis avec la plus cordiale hospitalité ; et, parmi eux, il est des noms que la délicatesse me fait taire, — je ne veux le dire qu’une seule fois, — ce sont des noms français.
Je dois aussi cet hommage à nos amis d’outremer, en mémoire d’un de nous qui n’est plus!... Car les beaux souvenirs de notre voyage tant rêvé ont été mêlés des plus cruelles douleurs, et un voile de deuil devait couvrir pour nous , au retour, le brillant passé qui avait réalisé toutes nos espérances du départ : — il devait m’être réservé le triste devoir de rapporter en France le cercueil de M. Fauvel, Lieutenant de vaisseau, cet homme d’un cœur si attachant, si élevé, et d’une science si solide, qui n’avait point quitté le Prince depuis sept ans , — que nous aimions comme un second père , — et qui , après avoir partagé toutes nos émotions comme
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tous nos périls dans un voyage dont il était l’âme, succombait, vingt jours avant de toucher l’Europe, aux fièvres pestilentielles des marécages tropicaux.
Maintenant que le lecteur nous connaît tous trois, qu’il voit presque un enfant pour narrateur et le tour du monde à faire , je lui demande son indulgence pour un simple Journal cle Voyage.
Sandricourt, décembre 1868.