‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 51 sur 85 · PREMIÈRE ÉPÎTRE DE $. PIERRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPÎTRE DE $. PIERRE

Commençons par Pierre. Nous avons deux épîtres de lui. M. Renan pense que la première est seule authentique. Étudions-la d’abord. Dans cet écrit, l’apôtre ne présente ni une histoire suivie du fondateur de la religion chrétienne ni un exposé complet de sa doctrine. Nous ne pouvons y relever, comme dans les lettres de S. Paul, que des allusions.”

Le Christ, dit l’apôtre de la circoncision, a été mis en croix et il est mort pour expier nos crimes (6). Semblable à un agneau immaculé, il a été immolé, et son sang précieux purifie les pécheurs comme le sang de la victime dans les sacrifices (7). S. Pierre nous décrit l’attitude de Jésus devant le tribunal qui le condamna : tandis qu’on le couvrait d’imprécations, il ne

(1) Gal., n, 9.

(3) — nu, 6.

(4) TT NH, 7.

(6) I Pet., 11, 24 ; 1n, 18. = (7) — 1, 2, 19.

maudissait pas les insulteurs ; au milieu des supplices il n’avait pas la menace à la bouche, mais il se livrait lui-même au juge injuste (t).

Après sa mort, il est ressuscité, vainqueur de la mort même, et par cette victoire nous a ouvert l’entrée de la vie éternelle. Sa résurrection a été précédée de sa descente aux limbes (2).

Ce Sauveur est supérieur aux anges; Fils de Dieu, il ést assis à sa droite, et il doitrevenir sur cette terre pour juger les vivants et les morts (3).Il existait avant la constitution du monde, et il avait été annoncé par les prophètes qui ont prédit sa passion et sa gloire. C'était son Esprit même quiinspirait ces prophètes (4).

Le Christ étant mort pour notre rédemption, il nous faut, à sonexemple, mourir au péché et renoncer aux désirs de la chair. Régénérés par le baptème, nés à une vie nouvelle d’une semence incorruptible par la parole de Dieu, nous devons croître dans la justice (5).

La grâce de Dieu qui se répand sur les humbles vient au secours du chrétien et le soutient dans le combat qu’il livre à la chair et au démon. S. Pierre dépeint cet esprit mauvais comme un lion rugissant, rôdant autour de nous et cherchant une proie à dévorer (6). De même que lapôtre $S. Paul, il admet Pexistence d’esprits célestes, soumis à Jésus-Christ, et parmi eux il distingue les anges, les Puissances, les Vertus (7).

(G)L Persan ras:

(2) — 1, 3, 21 ; lI, 19-22. — Voyez, pour la descente aux limbes: Eph., 1v, 8, 9.

(SE PER na ET 97 Vic 0

(5) — 11, Ar MR A IT, OIL, 2020, (7) — 1, 12; ut, 23.

Jésus a rétabli la paix entre Dieu et l’homme. Le fruit de cette réconciliation est le salut des âmes et un héritage de bonheur incorruptible qui nous est réservé au ciel. Il faut donc croire en lui, l’aimer et avoir en lui une espérance vive. C’est par lui que nous obtiendrons le don dela grâce(r). Mais cette paix qui vient de Jésus n’est pas un bonheur terrestre, comme

le voudrait le monde. Ici-bas, l’épreuve, la persécution

attendent lechrétien ; c’est la condition de la récompense. Il ne doit pas craindre la lutte, car personne ne peut nuire à qui fait le bien ; si le fidèle souffre pour la justice, il doit s’en réjouir. Il imite en cela Jésus-Christ qui, innocent de tout péché et detout mensonge, a cependant souffert; et il est agréable à Dieu qui lui donnera communication de sa gloire en proportion de la part qu’il aura prise de la passion du Sauveur (2). Au milieu de ces épreuves, 1l goûtera en la foi et l’amour de Jésus-Christ une joie inénarrable (3). |

S. Pierre rappelle à ses correspondants que la pré-

dication de l’évangile a eu lieu après la venue sur la

terre de l’Esprit Saint envoyé du ciel (4); dès les premiers mots de son épître, 1l nous met, comme S.Paul, en présence de ces trois termes que les pères de l’Église appelleront la Trinité : Dieu le Père, qui a la prescience, l'Esprit qui opère la sanctification, et Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui nous a régénérés par l’aspersion de son sang (5).

(Tr) A Pet:,1' 2-5 67/9419; (2) — 1, 6 ; 11,19, 24 5 ant, 13, 1V, 12-14, V, Q, 10.

Après avoir lu lesécrits de nos nouveaux exégètes, on comptait trouver, dans une exhortation adressée à des Juifs (1) par lapôtre que S. Paul appelle Papôtre de la circoncision, une chaleureuse recommandation de la loi et des prescriptions mosaïques.

Cet espoir est déçu et l’on ne peut relever à ce sujet qu’une phrase où elles sont traitées avec plus de dédain que de respect : « Vous avez été rachetés, dit-il, des vaines pratiques que vous teniez de la tradition

paternelle (2). » M. Renan pourrait encore s'étonner

de voir Pierre tenir ici, de même qu’à l’assemblée de

Jérusalem, le langage qu’on aurait attendu de Paul. Pour l’apôtre de la circoncision comme pour l’apôtre de la gentilité, c’est seulement sur la foi dans le Christ, pierre angulaire rejetée par les constructeurs mais élue par Dieu, qu'il est possible de bâtir cet édifice spirituel, agréable à Dieu, dont les hommes sont les pierres vivantes (3).

L’un des motifs pour lesquels M. Renan admet l'authenticité dela premièreépître de Pierre, c’est que, dit-il, le progrès vers la hiérarchie y paraît à peine sensible. Cependant, dans le chapitre v, l’apôtrenous montre clairement les Chrétiensorganisés en un troupeau conduit par des pasteurs au rang desquels il se met lui-même (4). Et de même que, un peu plus haut, en parlant des administrateurs de l’Église, il

faisait allusion au service des diacres (5), ici, sous le

rôle du pasteur, il laisse transparaître la charge de

(1) I Pet., 1,1. Electis advenis dispersionis Ponti, Galatiæ, etc. (2) — 1, 15.

(4) — V, 1. UpeoCurépeus red: y duty TapaxaX®, ô cupirpesGUrepes. Pre {5) — IV, LL. Et ru DLAVOVEY, ds 2 iox00ç ñ; LC LonyEt Ô Occs.

J'évêque (1). Au troupeau, il recommande lobéissance ; aux pasteurs, il prescrit de paître les brebis selon Dieu et non dans un esprit de rigueur et dans un désir de lucre. Ce sont, en substance, les mê mes exhortations que S. Paul adressait à Timothée et Titus et qui paraissaient sous sa plume suspectes M. Renan. Pourquoi plutôt que sous celle de S. Pierre? Il y a làquelque inconséquence dela part d'un

a Re

critique d’ailleurs si rigoureux.

La morale de S. Pierre est identique à celle de S. Paul. Les Chrétiens, d’après lui, sont obligés à la pratique de toutes les vertus : humilité, obéissance, chasteté, charité, fraternité, hospitalité. Étrangers et voyageurs sur la terre, ils doivent s'abstenir des désirs charnels, du mensonge, de la médisance, de

tout mal en un mot. L’apôtre veut qu’il soient so-

bres et prudents, qu'ils veillent dans la prière en attendant le jugement, qu'ils aient le cœur droit, qu'ils se souviennent toujours que le Seigneur les a prédestinés à former une race choisie, un sacerdoce royal, et que leur vie soit telle que les Nations, à la vue de leurs œuvres, glorifient Dieu (2).

S. Pierre traite particulièrement de la conduite des fidèles dans le mariage et dans la société, et ici

la ressemblance avec la doctrine de $S. Paul est en-

core frappante, Il recommande aux femmes d’être chastes, modestes, respectueuses, et de se conduire de manière à convertir leurs maris; et à ceux-ci de traiter leurs femmes avec honneur et comme des cohéri-

(1) T Pol; a: Houugvare To £r Ouiv Roïuvtoy TD Del, ETLOXOTSUVTES LT AVAYXGTUS.

(2) — 1,1-2, 14-17, 225 1, Q, 11, 12 5 il, 8-12 ; 1V, 8, 9; V,8, 9.

tières de la grâce qu’ils ont eux-mêmes reçue (1). — Devant l'autorité du roi, des magistrats, des chefs de toutes sortes, 1l invite le Chrétien à s’incliner à cause de Dieu (2). S'il est esclave, il sera soumis à son maître, bon ou mauvais; et s’il est maltraité, il endurera les souffrances patiemment, en vue du Christ qui a souffert pour nous (3). Qu'il soit saint, peu importe sa condition : Dieu juge les œuvres sans acception de personnes (4).

On ne peut extraire de cette première épître de S. Pierre qu'un très petit nombre d'indications sur lui-même. L'auteur s'intitule apôtre de Jésus- Christ (5) et déclare qu’il a été témoin desa passion (6). Sa lettre est datée de Babylone, c’est-à-dire de Rome, comme l’ont entendu tous les commentateurs. Il y nomme un disciple dont nous allons parler tout à l'heure : Marc (7). Il s'adresse exclusivement aux Juifs, particulièrement à ceux qui vivaient dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie, la Bithynie (8) : voilà, comme je l’ai déjà fait remarquer, une circonstance en rapport avec la qualité d’apôtre de la circoncision que lui donne S. Paul.

On plaçait cette épître en l’année 45 (9). M. Renan veut la mettre en 63, sans apporter à l’appui de cette opinion nouvelle quelque argument tiré d’un fait ou

Ge PeT it Tee (2) — u, 13-17.

. (9) Lenain de Tillemont. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. I, p. 168.

d’un document. Le texte lui-même ne contient pas de détails significatifs qui permettent d’élucider la question. Elle n’a d’ailleurs aucun intèrêt pour les recherches que nous poursuivons; il nous suffit que la date ne s’éloigne pas sensiblement de celle de l’ensemble des épiîtres de S. Paul, et Pan 45 comme Pan 63 répond à cette condition.

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