LA RECOMPENSE DU CRIME
Confus, humiliés, Rougeaud et ses partisans sor-
- tirent de !a salle, en proférant des paroles grossières, des menaces à l'adresse des tempérants. Sellier ne se comptait pas encore pour battu. Pour arriver à son but, il ondonna à Bonvin de se montrer généreux envers les “amis de sa cause.
L’alcoo! coula à flots dans la paroisse, tout le temps qu’il fut permis à laubergiste d’en livrer au public. | Bonvin alla encore plis loin. Un jour que M. Hé-
FOUx, a Cours de son semmon avait félicité ses chèrs paroissiens de leur belle conduite, il fit distribuer à la porte même de l’église des anrionces pour offrir en
“Profitez du bon marché; c'est là dernière chance pour vous, paroissiens de Notre-Dame, de vous procurer à bon marché des boissons de première qualité.
- “A partir de la semaine prochaine, vous. devrez
| - vous contenter de boire de l’eau de barbotes: d'après
Là, ne s’arrêtèrent pas les insultes. Les honnêtes gens, les bons chrétiens eurent à souffrir longtemps de tours, de perfidies, que les hommes de Sellier, poussés par l'alcool, ne rougissaient pas de faire au grand jour. : :
—Pourvu, disait-on, qu'ils n’en viennent pas aux dernières extrémités !
Enfin les semaines s'écoulèrent, et l’on erut
l'orage était terminé.
Quand, un soir de grande chaleur, pendant le mois de juillet, tandis que ! le vent soufflait avec violence, le feu se déclara dans la maison et les bâtiments de M. Bonneterre. Ce fut une Dame Vérchères qui donna l'alarme. .
La cloche de l'église, sonnée à toute volée, fit accourir les paroissiens au secours des incendiés. Toutefois de vent propagea les flammes sur les maisons voisines et plusieurs furent consumées.
M. Borneterre D Dh charitabie, Ce brave citoyen avait perdu tout ce qu possédait, M Héroux vint le consoler dans in heutr.
Cet événernent jeta d’émoi dans la péroisse. On fit une enquête, et l’on en vint à la conclusion que le feu … avait été allumé par un: main crirninelle,
Comme quelques jours auparavant, a cours d'une dispute avec —— Rougeautt svt menacé ce
dernier de se venger, les SOupçons se portèrent sur lui, Bien plus, Mme Verchères déclara que, la nuit du Crime, elle avait vu rôder ce triste personnage aux alentours de la maison de son voisin.
"Enfin, soit remords, soït pour fléchir le tribunal, Rougeaud lui-même avoua sa faute.
On le condamna à payer les dornmages qui s’éle-vaient à environ $4000.00 et à Passer six mois en pri, son. En le voyant partir pour ce lieu infâme, Sellier, pour le consoler Jui dit: “Courage, je te récompenserai. C’est avec cette Promesse qu’il payait les services de cet homme à tout faire, depuis plusieurs années déjà. Il lui avait bien fait quelques largesses de temps en temps, Sans Cependant jamais régler ses comptes avec lui.
“ Je suis seul en ce monkle, disait-il encore, je n'ai pas d’autres héritiers que :oi. Si je meurs tu auras tout,”
il se livra à la boisson d’üne manière excessive ; il ne dérougissait plus. Ses - hommes ne se cachaient pas pour dire qu’ils croyaient
Ces appréhensions devaient se réaliser. Dieu chà. Ke souvent dès cette vie ceux qui.ne créignent pas de
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faire ia guerre, à la religion et à. ses prêtres Il les
abandonne à eux-mêmes, et Âc-sque la mesure est
pleine, i! frappe ces malheureux de sa main vengeresse.
Un jour que, comme à l'ordinaire, Sellier était en
état d'ivresse et qu’il regardait ses hommes, occupés à
‘ abattre un gros arbre, il fut frappé à la tête par une
branche avec une telle vidlence, qu'il fut tué instantanément.
Les hommes du roulin le portèrent à sa maison.
Un médecin, mandé < ‘oute hâte, ne put que constater la mort. d
Quelle triste fin ! Grand Dieu! Quel exemple pour
teux-là qui, aujourd’he encore, né craignent pas de
- faire la guerre à Dieu et à ses ministres! Les paroles
du saint homme Job ne sont-efles pas toujours d’une remarquable actualité :
Pour moi, je l'ai vu, ceux qui labourent l’iniquité
Et qui sèment l'injustice, en moissonnent les fruits ; - Au souffle de Dieu ils périssent,
Ils sont consumés par le vent de sa colère. (1) :
Sellier fut enterré près du moulin, ainsi qu’il l’avait demandé dans son testament. Contrairement à ce qu'il avait promis à Rougeaud, il léguait tous ses biens à un de ses frères qui vivait encore en France. Ce dernier, ayant appris la fin de dome ar-
ms si
G) Job. Ch. TV, versets8, 9, 10.
L. ia un jour dans la paroisse et mit ses moulins et ses terres en vente.
M. de Verneuil se Porta acquéreur des moulins. Rougeaud, du fond de son cachot, voulut réclamer ce que Sellier Jui devait. Mais, malheureusement pour lui, il n’avait aucune Preuve à montrer pour établir la légitimité de ses réclamations.
On lui abandonna toutefois un millier de piastres
| surla demande des employés de Sellier qui intercédèrent pour ui,
Rougeaud, une fois en liberté, revint à Notre- Dame, vendit Je peu de biens qu’il possédait et s'enfuit aux Etats-Unis pour cacher sa honte.
Pendant que ces événements se passaient, la pa-
- roisse était venue en aide aux incendiés.
Comme la Providence veille sur ses enfants et “ qu'elle ne permet l'épreuve que pour leur plus grand - bien, le malheur qui fondit sur M. Bonneterre fut la … Cause que M. de Vemeuïl vint Plusieurs fois le visiter. Chaque fois le plus agé de ses fils.se faisait un plaisir de l’accon À 11 trouva Marie Bnneterre charmante ; celle-ci, de Fa Qu CE éprowvat-elle les mêmes sentiments à son égard? C'est très probable Puisqu’ils promirent qu'ils - S’uniraient par les liens du mariage à ja fin des récoltes : Se qui eut lieu en effet.
AUTOUR D'UNÉ AUBERGE tr
AUTOUR D'UNE AURIREE