‹ Autour de Honoré de BalzacChapitre 20 sur 44 · Elle est morte en avril · texte numérisé non relu

Elle est morte en avril

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complète. Sans doute il aura lui-même détruit toutes les autres, dont le nombre, ainsi qu'on le verra plus loin, fut du reste toujours des plus restreints.

Nous avons acquis, peu d'années après, la preuve incontestable que notre exemplaire d'épreuve de F Ecole des ménages, corrigé par Balzac, était absolument complet, en pouvant le comparer à une copie manuscrite, qu'au moment même de la mort de madame de Balzac nous avons découverte dans les épaves des papiers de son mari recueillies alors par nous. Cette copie, tout à fait conforme au texte imprimé et paraissant dater de la même époque, démontre également que le cinquième acte définitif du drame n'a jamais dû comporter plus de cinq scènes. Le dénouement, d'ailleurs, est tout à fait logique, et l'on ne voit guère ce qu'il serait possible d'ajouter utilement aux derniers mots de l'ouvrage.

Un autre document, fort curieux, se trou-

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vait aussi parmi les débris de Farchive du maître tombés entre nos mains. ^ C'est la facture (non soldée, naturellement) de Timprimeur Everat, pour la composition et le tirage des épreuves, en 1839, de V École des ménages. Cette facture est accompagnée d'un exploit d'huissier lancé, le 28 décembre 1852, à l'adresse de madame de Balzac, à l'effet de lui en réclamer le paiement.

Intéressante, nous semble-t-il, pour l'histoire de l'œuvre, la première de ces pièces mérite en conséquence d'être reproduite ici, augmentée de l'indication du nombre d'exemplaires d'épreuve tirés. Nous empruntons ce détail spécial à l'exploit de 1852 :

c< Imprimerie d^Adolphe Everat et C'^.

Rue du Cadran n^s 14 et 16.

» L" Ecole des ménages, trois feuilles in-octavo Jésus, à deux colonnes, en gaillarde compacte, y compris le tirage à trente exem-

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plaires, comme épreuve, au prix de soixantedouze francs la feuille :

» Pour la composition de trois feuilles, à

soixante-douze francs, ci 216 y>

» Suppressions 36 »

» Corrections et remaniements . 307 SO » Gratification à huit compositeurs, le dimanche 20 »

» Gratification à six compositeurs, la nuit 18 »

» Total 597 50

Ajoutons ici que la maison Everat imprima précisément en ces années 1838-1839, pour la librairie Charpentier, les premières éditions in-douze du Médecin de campagne, du Père Goriot, de la Peau de Chagrin, du Lys dans la vallée et d'Eugénie Grandet. De plus, à la môme époque, l'éditeur Curmer l'avait aussi chargée de l'impression des Français peints par eux-mêmes, auxquels Balzac donna

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la monographie de F Épicier. En 1839, ce dernier était donc en relations corîtinuelles avec cette imprimerie.

Mais il est temps d'arriver à la partie principale de ce récit, et de raconter enfin quand et comment Balzac conçut la pièce et l'écrivit, ainsi que les alternatives par lesquelles elle a passé avant de tomber entre nos mains.

Parmi tous les sujets scéniques dont le cerveau du grand écrivain était perpétuellement hanté, celui de cette tragédie bourgeoise fut Fun des plus obsédants.

Dès février 1837, il écrivait, sous le titre de : la Première Demoiselle^ ou de la Demoiselle de magasin, une première version de la pièce, dont il résume le plan dans une lettre adressée un peu plus tard à madame Hanska. Celle-ci en désapprouva Tidée, au point de

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vue de sa mise à la scène, et déconseilla d'en tenter l'exécution.

Le maître ne se décida pas sans regret à suspendre la réalisation de l'œuvre qu'il avait projetée; mais, écoutant toutefois le conseil de VÉtrangère, il renonça momentanément à poursuivre ce travail.

Néanmoins, ce sujet le préoccupait toujours, car il y revint, au mois de mars de l'année suivante, pendant son voyage en Corse et en Sardaigne. Cette fois, le sujet de : la Première Demoiselle avait conquis deux approbations : celle de George Sand d'abord, que l'auteur venait d'aller voir à Nohant, et celle de madame Surville ensuite, VAlma soror de la dédicace des Proscrits.

Le voyage en question, entrepris par l'auteur de Vautrin pour conquérir enfin la fortune, ne lui rapporta rien... que de nouvelles dettes I En effet, le bénéfice de sa combinaison industrielle lui fut ravi par un véritable malfaiteur, originaire de Gênes, qui profita

seul de la découverte dont Balzac, toujours sans méfiance, avait eu la naïveté de lui confier le secret, car ce Génois réussit à se faire octroyer avant lui la concession de l'affaire.

On sait qu'il s'agissait d'extraire de scories provenant des mines argentifères de la Sardaigne, — dédaignées ou mal exploitées par les Romains, — les dernières parcelles de plomb et d'argent négligées par eux, que ces scories pouvaient encore contenir.

Tout en circulant dans le pays, que ses recherches l'obligeaient à parcourir, le grand romancier, pour se distraire des fatigues du voyage, employait les repos des relais à songer à son drame, dont le plan nouveau, et peut-être même la deuxième version, furent écrits dans ces conditions. A ce moment, la pièce portait encore son titre primitif, et le maître fondait sur elle, — comme d'ailleurs sur tous ses ouvrages en cours d'exécution, scéniques ou autres, — un grand espoir de fortune et de gloire.

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Payer toutes ses dettes, grâce à des succès dramatiques retentissants, et obtenus en même temps sur plusieurs scènes parisiennes, fut, du reste, l'une des illusions les plus tenaces et l'un des souhaits les plus persistants de Balzac. Sans parler même 'de ses essais de jeunesse, que d'œuvres théâtrales, de 1828 à 4850, traversèrent ainsi son cerveau ! Mais les mille obstacles qui se dressent toujours devant toute tentative de début au théâtre, l'empêchèrent de se tourner complètement vers la scène, où son génie, — là comme ailleurs, — aurait certainement fini par triompher.

Il est curieux de constater incidemment qu'aussitôt après sa mort, le théâtre luimême reconnut ce génie, tant contesté pendant l'existence du maître. Nous trouvons en effet les couplets suivants dans les Pavés sur le pavé, revue- vaudeville en un acte, par MM. de Leuven, Brunswick et Arthur de Beauplan, représentés pour la première fois

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sur la scène du Vaudeville, le 2 septembre 1850, quelques jours seulement après la mort du grand écrivain :

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