‹ Autour de la buvette [microforme]Chapitre 6 sur 53 · LAVELEYE · texte numérisé non relu

LAVELEYE

L’ivrogne boit dans ce verre, qui vacille dans sa main tremblante, les larmes, le sang, la vie de sa femme et de ses enfants.

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Anges déchus

Qui n’a admiré l’admirable fresque de Léonard de Vinci, la Cène ?

L'auteur avait pris pour modèle du Christ un enfant de choeur. Ce jeune homme chantait avec tant de ferveur qu'il ressemblait véritablement à un ange. Il se nommait-Pietro Bandinelli.

Léonard de Vinci travaillait très lentement. La figure du Christ terminée, il chercha pendant plusieurs années un modèle pour son Judas. Le choix était assez difficile à faire car il fallait que la figure de Judas exprimât les vilaines passions et qu'elle offrit en même temps quelque trace des jours meilleurs, des saintes émotions envolées.

Un jour, Léonard de Vinci vit sur une borne un mendiant à moitié ivre, dont les traits conservaient encore quelque chose de noble, mais dont l’apparence révélait l’abrutissement, la dégradation, l’avilissement. Le peintre jugea tout de suite qu’il avait sous la main le modèle qu’il cherchait. Il en traça l’esquisse aussitôt sur son calepin. (C'était bien là l’image de l’apôtre devenu traitre, de l’ange devenu démon. Tout à coup, Léonard de Vinci, stupéfait, laissa échapper son crayon. Ïi venait de re-

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connaître dans ce mendiant, aux vêtements délabrés et à l'allure si flétrie, l’eufant de choeur Pietro Bandinelli, qui, quelques années auparavant, lui avait servi de modèle pour son Christ.

Son histoire était courte mais bien navrante : le vin, le jeu, la débauche, l’avaient usé en quelques années.

Combien en voyons-nous aujourd’hui d'enfants de choeur aux traits purs, délicats, dont l'alcool fait en peu d’années de véritables ruines !

S'il arrivait qu . « de ces épidémies dont le nom seul ré,and la terreur, menaçât d’envahir nos contrées, ne verrait-on pas toutes les volontés, toutes les énergies, toutes les autorités s’unir pour fermer la porte au fléau tant redouté ? L'’alcoolisme constitue, par les misères corporelles et spirituelles qu’il engendre, par sa funeste action héréditaire, par ses conséquences sociales, un fléau plus redoutable que tous ceux dont les médecins et les hygiénistes se préoccupent à si bon droit. Tout done nous fait un devoir de déclarer à l’alcool et aux buvettes, bien trop nombreuses, une guerre implacable.

Mgr L.-N. BEGIN

La lutte contre l’alcoolisme est le premier devoir de ce temps.

Dr JACQUET

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Qu'ils entrent dans le mouvement !

L’admirable campagne menée par notre clergé depuis quelques années sous la direction éclairée de nos évêques a déjà produit un bien immense. On n’a pas d'idée du changement opéré dans nos villes depuis quelques mois. Certains faubourgs de Québec, par exemple, sont absolument régénérés. Un curé d’une des paroisses de Québec disait devant moi, il n’y à que quelques jours : ‘‘ Avant la campagne de tempérance, dans ma paroisse, des douzaines ct des douzaines de familles ne comptaient que sur la Conférence Saint-Vincent de Paul pour subsister pendant l’hiver. Nous sommes rendus au milieu de l’hiver, et notre conférence de Saint-Vincent de Paul a eu la moitié moins de demandes de secours qu'elle avait l’habitude d’avoir.’?

Ce retour vers la tempérance va-til se continuer ? Nos familles pauvres vont-elles enfin se convaincre que l’abstention des boissons alcooliques, c’est la régénération de la famille, de la santé et de la bourse ?

J’en doute.

Pour que la campagne ou plutôt la croisade de tempérance—car c’est une véritable croisade à laquelle nous assis-

AU Que

tons en ce moment—obtienne des fruits durables, il faut que les laïques mettent l’épaule à la roue, eux aussi.

À quoi serviront les discours enflammés de nos curés et de quelques laïques distingués comme MM. les juges Langelier et Lemieux, l’honorable M. Chapais, etc., ete., si, à la sortie de l’église, on multiplie les occasions pour ceux qui viennent de prendre de bonnes résolutions, mais n’ont pas l'énergie de les tenir? Quel bien feront les appels des apôtres de la tempérance si, dans la famille, on continue à boire devant les enfants et à leur donner le goût de l’alcoo!l ?

Non, encore une fois, la croisade antialcoolique ne portera pas de fruits durables si les laïques n’entrent pas résolument dans le mouvement.

Je me prive de vin à cause des immenses avantages du régime de l’abstinence.

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