‹ Autour de la buvetteChapitre 27 sur 39 · FITZGERALD · texte numérisé non relu

FITZGERALD

Place aux meilleurs

En 1905, los mcuibres du gouvernement de l'Etat de l'indiana, aux Etats- Unis, présentaient au gouverneur, M.

Hanley, pour obtenir son approbation et sa signature, un arrêté nommant à des fonetions publiques un jeune homme très intelligent, instruit et appartenant à une famille assez influente. M. Hanley refusa net de signer.

Surpris de ce refus, les ministres prièrent le gouverneur de le motiver, et j\I. Hanley écrivit aussitôt :

"Ce jeune homme est adonné à l'usage des boissons enivrantes. Je ne veux pas dans l'administration de la chose publique, d'hommes qui boivent, et je n'en nommerai aucun aussi longtemps que je serai gouverneur."

Bravo !

Ne croyez-vous pas que la manière de voir du gouverneur Hanley devrait être adoptée dans le commerce, l'industrie et la finance ?

Vous avez besoin d'un commis, d'un employé, d'un ouvrier, pourquoi ne posez-vous pas pour conditions à ceux qui se présentent qu'ils ne doivent boire aucunes boissons enivrantes ni f ré-

quenter les buvettes, pendant qu'ils seront à votre emploi ?

Dernièrement, le chef d'une importante administration demandait un employé et offrait de payer un joli salaire. Cinq ou six candidats se présentèrent.Le négociant demanda aux jeunes gens s'ils faisaient usage d'alcool. Quatre répondirent qu'ils allaient quelquefois dans les buvettes mais qu'ils n'y prenaient que des liqueurs de tempérance ou des cigares. Le négociant n'hésita pas un seul instant. Il prit à son service le cinquième parce que non seulement il ne buvait pas mais encore parce qu'il avait la prudence de ne pas entrer dans les buvettes. Le négociant estimait que le jeune homme était, à ce titre, de beaucoup supérieur aux autres candidats.

La concurrence dans toutes les branches de l'activité humaine est tellement forte, qu'un employé ne doit pas oublier que les meilleurs seulement arrivent au premier poste.

La question ouvrière est en partie la question du salaire ; mais, fût-il cinq fois, dix fois plus élevé, le salaire ne suffira jamais à l'alcoolique et ne pourra le faire sortir de sa misère.

Mgr TURINAZ

Coïncidences frappantes

On lit parfois des nouvelles fort suggestives dans nos journaux quotidiens.

L'un d'eux publiait, pas plus tard qu'hier soir, les lignes suivantes que lui envoyait son correspondant d'une paroisse pas très éloignée :

" M. X . . . notre populaire hôtelier, qui depuis dix ans tenait l'hôtel des G G G, a acheté la superbe résidence de madame B. ]\I. X se retire des affaires après fortune faite. Il va prendre un repos bien mérité après le travail ardu auquel il s'est livré depuis dix ans."

Dans la même correspondance, quelques lignes plus loin, on lisait :

" On a conduit hier soir à l'asile de B. un pauvre diable bien connu dans notre paroisse. Il y a à peine quinze ans, son père mourait en lui laissant un beau magasin et deux bonnes terres.

H . . . faisait usage de boisson. Il a bu en moins de dix ans tout ce que son père avait si péniblement amassé. Depuis quatre ou cinq ans, H . . . était à la charité publique. Quand il pouvait se procurer quelques sous il se hâtait d'aller s'enivrer. Ces jours derniers, il est devenu subitement fou à la suite d'une

orgie prolongée et on a dû obtenir son internement à B."

Ces deux faits divers, à première vue si insignifiants, ont ouvert dans mon esprit tout un monde de rapprochements.

Voyez-vous ce jeune homme qui hérite d'un magasin, de belles terres, qui a de la fort 1. ne. qui n'a pour ainsi due qu à se laisser vivre ? V.iitcuré par Je faux amis pi'obablemer, i, il a mené jr./i^usî vie et a dépensé ramd'n.ent son bien. De eiiute en chute, le - r là à ra-.il-

Cet hôtelier qui se retire des affaires, fortune faite après dix ans, je parierais que c'est lui qui a englouti la fortune de notre jeune homme.

N'est-ce pas qu'on trouve matière à toutes sortes de rapprocliemenrs dans les colonnes de nouvelles de nos quotidiens?

Chaque fois que j'apprends qu'une famille est tombée dans la misère, et que j'en recherche la cause, je trouve la boisson.

Quand je visite les prisons, et que je demande aux malheureux qui s'y trouvent comment ils y sont arrivés, ils me répondent presque invariablement : " par la boisson. ' '

Mgr IRELAND

Le vice de l'intempérance est le plus honteux des vices humains.

SAINT THOMAS

Conséquences fatales

N'est-ce pas pour les pères alcooliques qu'a été écrite cette terrible sentence du Décalogue : " Je punirai l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération " ?

Des statistiques bien établies prouvent, en effet, que les familles d'alcooliques s'éteignent à la troisième ou à la quatrième génération.

Suivez avec attention les démonstrations suivantes. Elles sont de nature à faire frémir ceux qui ont à coeur de perpétuer leur sang et qui cependant font abus d'alcool.

Un aliéniste français de marque, le docteur Morel, de Rouen, résume ainsi l 'action de l 'alcool sur les familles : 1ère génération, dépravation morale et excès alcooliques ; 2e génération, ivrognerie habituelle, accès de manie et ramollissement cérébral ; 3e génération, hypocondrie, mélancolie, suicide, homicide ; 4e génération, imbécilité, idiotisme, stérilité, extinction de la famille.

Le docteur Demme, médecin en clief d'un asile d'enfants à Berne, a observé, pendant douze ans, deux groupes de dix familles chacun. Dans le premier groupe,

les pères et mères étaient des alcooliques ou tout au moins des buveurs notoires. Dans le second groupe, au contraire, les parents étaient sobres. Ces vingt familles appartenaient à la classe ouvrière et les pères faisaient à peu près le même ouvrage. Le groupe des dix familles de buveurs comprenait 57 enfants. 25 moururent en bas âge, dans les eon^oilsions ; 6 furent idiots ; 5 étaient nains ; 5 devinrent épileptiques ; 1 eut la danse de Saint-Guy ; 5 viurent au monde contrefaits. Il en restait donc 10 bien portants. Le groupe des dix familles sobres comprenait 61 enfants. 5 moururent en bas âge ; 4 eurent le système nerveux affecté ; 2 étaient contrefaits de naissance. Bien portants : 50,

Le résultat ne vous frappe-t-il pas ?

Le groupe alcoolique, sur 57 enfants, n 'a pu en développer que 10, soit 17 par cent. Le groupe sobre, lui, sur 61 enfants, en donne 50 à la société, soit 82 par cent.

Le docteur Legrain, un des chefs les plus autorisés du mouvement anti-alcoolique en France, a étudié 518 individus, descendants d'alcooliques. Ses observations sont navrantes. Ces malheureux, à la première génération, sont des dégénérés, des con^Tilsivants, des tuberculeux, des ivrognes. A la deuxième génération, le mal augmente : débilité

mentak', idiotie, absence de sens moral, mortalité infantile et partant anéantissement de la race. La plupart de ces 518 descendants d'alcooliques ne purent atteindre la troisième génération.

Citons ici la triste histoire d'une des familles étudiées par le docteur Legrain.

L . . . ,alcoolique, a un fils, qui devient alcoolique lui aussi dès l'instant où il goûte à l'alcool. Ce dernier se marie et a 12 enfants. Les cinq premiers meurent de convulsions entre cinq mois et deux ans. Les trois suivants meurent également de convulsions à 2 ans ; 5 et 4 mois. Le neuvième est épileptique, alcoolique, a l'impulsion au suicide et la perversion sexuelle. Le dixième est ivrogne et impotent. La onzième a des crises affreuses d'hystérie. La douzième est nerveuse et libertine. Elle était déjà débauchée à 13 ans.

Doit-on conclure de ces constatations que les enfants d'alcooliques sont fatalement voués à l'alcoolisme ?

Non, mais à la condition qu'ils n'approchent jamais de leurs lèvres un verre d'alcool. S'ils goûtent à cette liqueur maudite, ils seront hélas ! irrémédiablement perdus.

La tempérance dans le boire est la santé de l'âme et du corps.

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