‹ Autour de la buvetteChapitre 35 sur 39 · PYTHAGORE · texte numérisé non relu

PYTHAGORE

Cause et effet

La consomption, autrefois, frappait la femme beaucoup plus fréquemment que l'homme.

Aujourd'hui, cette triste maladie semble s'acharner de préférence sur l'homme..

Pourquoi ?

Parce que une nouvelle influence est venue s'ajouter aux facteurs sociaux de la tuberculose : l 'ALCOOL.

Tous les médecins admettent aujourd'hui que l'alcool fait le lit de la consomption ou, en termes plus scientifiques, de la tuberculose, en affaiblissant les forts et en favorisant l'éclosion du mal chez les descendants des buveurs.

hes docteurs Abadie et Cardeval ont fait les observations suivantes dans les services de médecine de l'hôpital Saint- André, de Bordeaux, en France :

Dans plus de la moitié des cas de tuberculose, on retrouve dans le passé pathologique ou social des malades l'habitude prolongée des boissons alcooliques.

L'homme est frappé plus souvent de tuberculose que la femme, parce qu'il contracte plus facilement qu'elle l'habitude de boire.

La tuljerculose de l'adulte paraît être

souvent la conséquence d'une intoxication alcoolique, même à dose faible mais prolongée.

Les habitudes alcooliques contractées dans la jeunesse entraînent une tuberculose plus précoce ; un alcoolisé de l'âge mûr se défend davantage contre la tuberculose.

La résistance de l'alcoolisé à la tuberculose parait inversement proportionnelle à la quantité de boissons alcooliques ingérées.

L'alcoolique pourvu d'une hérédité tuberculeuse ou alcoolique résiste moins à la tuberculose que l'alcoolisé sans tare héréditaire.

Les fils de tuberculeux semblent prédisposés à contracter la tuberculose dès leur adolescence.

Les habitudes alcooliques du mari ont une influence relativement fréquente, et non douteuse, sur la tuberculisation de la femme.

Il n'y a donc pas à se tromper : la Fréquence de la tuberculose est un aboutissant do la consommation, grande, moyenne, ou même modérée, de l'alcool.

D'où nous pourrions conclure que la lutte anti-tuberculeuse devrait commencer par la lutte anti-alcooli(iue.

L'alcoolisme mène au déshonneur, au crime, à la folie et à la mort !

Dr VAQITELAIN

Il n'y a pas de mal

Ecoutez les confidences d'un médecin bien connu.

"Je fus un jour appelé chez un homme du monde pour donner mes soins à sa femme. Lorsque j'entrai, le mari était assis à son chevet ; un superbe bouquet de fleurs était à côté d'elle ; deux petites filles jouaient au fond de ia chambre. Tout, dans cet intérieur, respirait l'amour et la paix.

" — Ma femme a fait une chute dans 1 escalier, dit le mari, et je crains qu'elle ne se soit gravement contusionnée.

" J'examinai la malade ; une épaule était très gonflée et presque noire ; une côte était cassée et avait causé des désordres internes.

" — ^Comment, madame, vous êtes- vous si grièvement blessée ?

" — Je suis tombée dans l'escalier.

"—Quand ?

" — Hier soir, dit le mari, en échangeant avec sa femme un regard furtif.

" — Monsieur, lui dis- je, la contusion ne provient pas d'une chute, et elle ne date pas d'hier. N'essayez pas de tromper un médecin.

" Et je pris mon chapeau pour me retirer.

" Le mari, tout confus, me dit :

•' — Restez, de grâce, docteur ; je vais vous dire toute la vérité.

L'avant-veille, le mari avait assisté à un grand banquet. Il avait fait abus de Champagne. En rentrant chez lui, une remarque anodine de sa femme l'avait offusqué et il l'avait brutalement frappée. Cette femme était un ange et pour cacher sa brutalité «lie avait refusé jusque là d'appeler un médecin.

■' Jamais mari coupable ne fut plus repentant, continue le médecin, jamais homme ne fut plus tendre que ne le fut mon client, durant les longues et cruelles souffrances de sa victime. Ses amis vantaient son dévouement inlassable, sa patience émouvante, et ils s'en prenaient jusqu'à la Providence qui frappait dans ses plus chères affections un homme au.ssi vertueux. Lorsque sa femme mourut, il fut inconsolable et ne lui survécut pas longtemps : personne en dehors de moi ne soupçonna jamais la vérité."

Il n'y a pas de mal à banqueter car il y a banquets et banquets comme il y a fagots et fagots. Combien de drames eonnus des médecins seulement ou de ceux qui en furent les tristes victimes. . . quand elles ne sont pas mortes, ont été le résultat de tels grands banquets dont les journaux nous ont fait des comptesrendus mirobolants !

La plaie des cabarets

On compte en France à l'heure actuelle plus de 500,000 débits de boisson. En 1889, il y en avait à peu près 350,000. C'est une augmentation de 140,000 en vingt ans. Elle -va bien la République ! Paris seul compte 30,000 marchands de vin, soit un pour moins de 20 électeurs et de 80 habitants. En Normandie, la situation est encore plus triste.La moyenne des cabarets est de un pour 16 électeurs et 66 habitants. On cite même en Bretagne une commune où il y a 52 débits pour 850 habitants, soit un pour 5 électeurs. Roubaix comptait, il n'y a pas très longtemps, 2,050 marchands de vin pour une population de 110,000 habitants. On parle d'une rue de 200 mètres à Halluin qui compte 56 cabarets sur 70 maisons.

A quelles causes doit-on attribuer cette multiplication rapide des cabarets en France ?

Une étude de M. Alfred Perrin, publiée dans l'iniivcrs, de Paris, nous donne d'amples renseignements à ce sujet.

Autrefois les cabaretiers étaient astreints à une très sévère réglementation. En 1536, François 1er édictait contre

eux des peines répressives qui comportaient, par gradation, la prison au pain et à l'eau, les eoups de verge devant la prison, la fustigation en public, l'amputation d'oreilles, l'infamie et le bannissement.

En 1554, une ordonnance de la Cour du Parlement de Paris fait " inhibition et défense à tous taveruiers et cabaretiers d'icelle ville et faubourgs d'as-" seoir et recevoir en leurs dits cabarets aucunes personnes demeurans et résidens en la dite ville depuis la Saint- Remy ^ler octobre) jusques au jour de Pasques, après sept heures du soir."

Un décret du 29 décembre 1851 exigeait, pour l'ouverture d'un cabaret, l'autorisation administrative, sous peine d'amende et de prison. Il réglementait très sévèrement la fermeture aux heures indiquées, non seulement de telles et telles salles du cabaret, mais de tout le cabaret et les consommateurs eux-mêmes pouvaient se trouver atteints.

Mais le parti républicain, sentant quelle force électorale pouvaient lui donner les cabaretiers, fit la loi du 17 juillet 1880, qui abolissait le décret de 1851.

Cette loi de 1880 permet à n'importe quel individu d'ouvrir un cabaret après déclaration i)réalable à la mairie, quinze jours auparavant.

On ne demande plus ' ' l 'autorisation ' '

comme en 1851 ; on fait simplement une " déclaration."

Il n'est donc pas étonnant que le nombre des cabarets en France soit aujourd'hui d'un demi-million.

Que de gens se croient sobres parce qu'ils ne poussent pas la consommation de l'alcool jusqu'à l'ivresse, et qui cependant présentent à l'oeil attentif du médecin les signes non équivoques de l'empoisonnement alcoolique qu'ils peuvent parfaitement transmettre à leurs enfants comme tare héréditaire.

Dr DE VAUCLEROY

S l'on pouvait supprimer complètement les boissons alcooliques, on aurait peut-être supprimé une parcelle de l'alimentation, mais on aurait rendu un immense service à l'humanité.

Dr CHS RICHET

Un médecin d'un asile d'aliénés, en France, a étudié 83 enfants idiots et épileptiques de son service; 60 d'entre eux étaient fils d'alcooliques.

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