‹ Autour de la buvetteChapitre 5 sur 39 · EPICURE · texte numérisé non relu

EPICURE

Le pnx d'un chape&u

Ceci se passait au commencement de l'été dernier, un jour de paye.

— Papa, me donneras-tu ce soir, lorsque tu auras reçu ton salaire de la semaine, $2.50 pour m 'aider à acheter mon chapeau d'été ; presque toutes les jeunes filles de L. . .ont déjà le leur.

— Impossible, ma pauvre enfant ; j'ai des dettes à payer de ce temps-ci.

Le refus désappointa un peu la jeune fille, mais en enfant soumise et raisonnable elle accepta bravement ce contretemps.

Le père se rendit à son ouvrage. La journée finie, il reçut son enveloppe de paye. Joj^eux, il invita deux ou trois amis à entrer prendre un coup chez le buvetier Z . . Là, une quinzaine de camarades étaient déjà réunis. Et le père qui ne pouvait épargner une petite somme pour le chapeau de sa fille dût payer à boire à tous ces assoiffés.

— Combien te dois-je, dit-il, au buvetier, une fois sa traite bue ?

—$2.50, répondit Z . . .

Juste à ce moment là, la fille du buvetier entra dans le bar et se dirigea vers le comptoir.

— Papa, dit-elle, il me manque encore $2.50 pour acheter mon chapeau d'été.

— Tiens, dit le buvetier, et prenant l'argent de l'ouvrier qui était encore sur le comptoir, il le donna à sa fille qui partit heureuse.

Notre ouvrier sortit de la buvette tout honteux, se disant à lui-même :

— La tille de ce vendeur d'alcool va s'acheter un chapeau avec les $2.50 que j'ai refusées ce matin à mon enfant chérie. Voilà ce que produit la fréquentation des buvettes. Je ne mettrai plus les pieds dans ces antres infâmes.

L'ouvrier a tenu parole.

Si l 'on trouve dans les ateliers tant d'ouvriers dont la main tremble, dont la vue est trouble, dont le bras suecombe sous le poids du marteau, quelle en est la cause ? Est-ce le feu de la forge et le fer incessamment frappé sur l'enclume ? Non ! Le travail fortifie.

C'est la débauche qui tue, c'est elle qui fait les invalides, qui peuple les rues de mendiants et les hôpitaux d'incurables.

JULES SLMON

Je suis convaincu que, pour la plus grande partie des hommes, l'abstinence est le seul moven d'assurer leur salut. Cardinal MANNIXG

De quelle manière peuvent-ils ?

De quelle manière les laïques peuvent-ils aider à la croisade anti-alcoolique?

Tout citoyen, quelque soit son peu d'influence, l'état minime de sa fortune, peut aider d'abord en s 'abstenant.

L'alcoolisme est pour beaucoup dû à la mode. Si ceux qui ne prennent qu'un coup, deux coups par jour, ou encore un coup par-ci par-là, si les modérés, comme on les appelle, s'abstenaient de prendre de l'alcool, ils donneraient à leurs enfants, à leurs amis, à leur entourage, un exemple qui serait bientôt suivi.

Ensuite, chacun devrait travailler dans la mesure de ses forces à faire disparaître les hôtelleries et les épiceries où l'on tient mauvaise règle. Il incombe aux conseils municipaux, il est vrai, de faire observer les règlements de police, ^lais n'est-il pas du devoir de tout citoyen honorable de porter à la connaissance du conseil municipal ou de la police les infractions à la loi commises sous ses yeux? Avec des preuves indiscutables en mains, les conseillers municipaux seraient forcés d'agir.

Un correspondant qui signe Nature suggérait dans l'Avenir du Nord, l'année

dernière, un autre moyen de dompter l'alcoolisme qui aurait d'excellents effets, si les patrons, les maîtres qui emploient des ouvriers, des domestiques ou des apprentis, voulaient les mettre en pratique.

C 'est par l 'honneur, dit Nature, qu 'on touche l 'homme, c 'est par l 'intérêt qu 'on le conduit.

Mettfz en présence doux partis. D'un côté, le patron, l'employeur, de l'autre, celui qui a besoin de travail.

Que le patron, à ^'avenir, à mesure qu'il se produira une vacance parmi ses employés, ne prenne à son service que des abstinents.

Le jeune homme qui a du coeur et l'ambition de se créer un foyer n'abandonnera-t-il pas tout de suite une habitude qui n'est pas encore invétérée chez lui pour obtenir une bonne position ?

Comme, on le voit, il n'y a pas un laïque, fut-il le plus humble journalier, qui soit incapable de faire quelque chose pour aider la croisade de tempérance.

Que chacun aide donc d'après sa mesure de capacité.

Chaque débit de boisson est une serre chaude où germent les maladies, le crime, le paupérisme et tous les fléaux qui assaillent l'humanité et la classe ouvrière en particulier.

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