IV. LES PREMIERS ADMIRATEURS DE PIERRE CORNEILLE
7^ Période 1879-1880
A côté de ceux qui se contentent de signer modestement leurs noms, s'en trouvent d'autres qui expriment leur admiration, pour le grand poète: en vers plus ou moins heureux.
Je me garderai bien cependant de porter un sévère jugement sur les sonnets, cantates ou autres pièces, que de courageux lettrés ont insérés dans ce registre destiné à être compulsé par des gens de tous pays et de tous degrés d'instruction. Bien entendu, ces essais sont bien pâles auprès de ceux du génie qui les a inspi-
rés, mais qu'importe, bons ou mauvais ne montrent-ils pas combien est profond l'amour des Normands pour leur poète I D'ailleurs quelques unes de ces compositions ne manquent pas d'originalité, comme on pourra le voir.
Voici la première, à mon avis, l'une des meilleures ; c'est pourquoi l'auteur l'a modestement signée « Un universitaire ». Certainement, il a eu tort.
Voici donc le logis par Corneille habité Sa petite maison dans le vallon perdue La cour et le jardin de modeste étendue : J'aime dans un grand cœur cette simplicité,
C'est là qu'il a souffert, aimé, rêvé, chanté. C'est là que tant de fois la muse est descendue Pour lui dicter ces vers, dont Pâme confondue Admire l'immortelle et sublime beauté.
Les enfants du poète ont soin de sa mémoire Ils recueillent pieux, les vestiges de gloire Les traces de sa vie éparses sous les cieux.
Découvre-toi, passant, car dans cette humble
enceinte Chaque place est auguste, et chaque pierre
est sainte L'âme du grand Corneille habite dans ces
lieux !
Un imbécile, n'y en a-t-il pas crailleurs partout, a trouvé bon d'écrire, au dessous, cette vérité digne de la Palisse — « Ça ne vaut pas du Corneille ».
A cette boutade un abbé mieux inspiré répondit m La rema^iue dénote un esprit étroit et lâche . » et Fabrc des l']ssarls donne le derniermot en écrivant « Vous avez raison M. l'Abbé ! » Evidemment nous ne pouvons tous prétendre à être des Corneille, tâchons seulement d'être avant tout des hommes de sain jugement !
La seconde est de M. Léon Guisy. elle est intitulée :
Après une visite à la maison de Pierre Corneille à Petit-Couronne.
De ces murs vénérés, sois fier Petit-Couronne
Car, franchissant le seuil, on contemple, en
entrant.
Le buste du penseur dont la gloire rayonne,
On adresse un salut à Corneille le Grand î
Soudain, l'âme tressaille, elle est alors saisie D'un profond sentiment de respect et d'amour. Elle aspire un parfum d'auguste poésie.
Elle pense aux chefs-d'œuvre éclos là tour à tour
Oui, maître en cette enceinte où ta muse géante S'inspira pour lancer de sublimes accents. Toute muse est muette , elle admire et béante Rêve aux brillants succès de tes vers si puissants!
Corneille, si ton âme est parfois désireuse
De revoir ton asile et d'ouvrir ces feuillets
Où s'inscrivent les noms d'une pléiade heureuse
T'offrant tribus d'honneurs et d'hommage
complets.
Elle sait que ta gloire est pour nous immortelle Que ton génie aux arts Rouen Ta consacré Qu'après deux siècles pleins, ta cité maternelle Transforma ta chaumière en Parnasse sacré !
12 8bre 1879.
Au feuillet suivant, à la même date nous Usons ce qui suit :
Pendant une visite à la maison de Pierre Corneille à Petit-Couronne
Je suis chez toi, Corneille, assis dans ta maison Et ton ombre géante éblouit ma raison : Elle détend le til qui Taide et la dirige Ton grand nom l'épouvante et Templit de vertige. Mais je sens que mon âme a soif de ces liens D'honneur et de devoir, nommés Cornéliens, Qui font croire sortis de même noble race Ces héros dont les noms : Rodrigue, Auguste,
Horace Brillent par les vertus dont tu pétris leur cœurs, Puissent ces sentiments chez nous rester vainqueurs
Qu'on les vienne puiser où jaillit ton génie A l'essence sublime : amour de la patrie ! Ta muse, aux ailes d'or, dans son vol solennel, A tracé, dans l'espace, un sillage tternel. Ton souffle impétueux inspire le courage Celui qu'on trouve né chez Rodrigue avant l'âge.
Victor Madelaine.
Un des représentant?, non des moins distingués, de l'Académie des Sciences- Belles-Lettres et Arts de Rouen, n a pas dédaigné de signer une cantate et un sonnet, dont la facture assez heureuse dénote le professionnel J.-A. de Lérue.