‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 44 sur 352 · Avenel, Lettres..., t. I, p · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres..., t. I, p

6, Abbé Lacroix, op. cit., p, 78 et suiv. ,

Les abus et le laisser-aller qu'elles combattent nous choquent singulièrement dans nos idées modernes d'après lesquelles la tenue et la dignité nous semblent naturellement inséparables du caractère sacerdotal ; mais il faut tenir compte des mœurs de l'époque affectée en outre par une ère antérieure de troubles, de violences et de misères qui avaient modifié le cours normal des conventions sociales ; jusque-là, les couvents, avec leur isolement du monde, la vie commune dans une atmosphère de recueillement, de travail et d'étude à l'abri des préoccupations de la vie matérielle avaient permis, en l'absence de séminaires, non point le recrutement du clergé séculier, mais la conservation de la doctrine dans son intégrité, et ils constituaient de plus comme un réservoir des forces vives de la discipline ecclésiastique; la Réforme le comprit, et c'est contre ceux-ci qu'elle dirigea ses efforts les plus vigoureux par une tactique de principe qu'elle ne devait pas interrompre, parce qu'ils représentaient pour elle, malgré les abus qui s'y étaient glissés, et qui en firent les premiers foyers de la Réforme, le véritable rempart de la doctrine catholique ; elle fut aidée dans cette œuvre par la désagrégation intérieure due à la réalisation des tendances des couvents à l'autonomie ; telle a été peut-être en réalité la source de ces abus, par un mouvement comparable à l'affranchissement des communes et à la dissolution du feudisme du moyen âge bien plus que l'infiltration des facilités matérielles d'étude et de controverse, assurées par la découverte de l'imprimerie. La preuve en est dans le sens des premiers efforts pour la réformation des couvents qui s'est porté tout d'abord vers la reconstitution du feudisme ecclésiastique. Quoiqu'il en soit, le clergé séculier devait fatalement sentir le contre-coup de la disparition de cette égide mystérieuse, conservatrice des traditions, et des fortes études théologiques ; jusqu'à la création des séminaires qui répondaient à ce besoin, et comblaient en partie cette lacune, il devait résulter une période d'affaissement moral et intellectuel.

Les indulgences des Valois pour les doctrines de la Réforme présentées avec les dehors séduisants d'une forme nouvelle d'érudition philosophique n'avaitpaspeu contribué à ce relâchement, et elles expliquent les violences de la Ligue contre une royauté assez légère pour méconnaître les vieilles traditions nationales, et favoriser des idées venues de l'étranger et qui étaient, au fond, la né-

gation du principe d'autorité intimement relié à Tidée religieuse auquel son sort était uni ; un ouvrage du temps, les Remontrances très humbles à Henri III ' permettent de saisir ce qu'il y avait de justifié dans l'impopularité toujours croissante de la Cour; l'exemple venait de haut, dans cette désorganisation des formes exté- Tieures de la morale qui la livrait sans défense aux attaques des novateurs ; en plus de sa dissolution, et de son mépris pour les règles religieuses, l'auteur reprochait durement à la Cour de tenir Conseil les jours de fêtes, de violer le respect dû au repos dominical jusque dans les formalités du sceau, de tolérer partout la même infraction à la loi catholique, le commerce pratiqué sans arrêt dans les bureaux des grands marchands, de même que par le petit négociant dans la rue, le dimanche consacré aux jeux de brelans avec l'assentiment des magistrats, les spectacles publics tolérés ces jours-là et particulièrement à l'hôtel de Bourgogne où la religion était bafouée publiquement 2.

La Réforme avait évidemment rencontré dans le caractère du peuple de Paris, naturellement frondeur, un auxiliaire puissant ; mais ses succès d'empiétement avaient été aussi singulièrement favorisés par le fait d'avoir trouvé les chaires vides, et les églises dégarnies de pasteurs et docteurs suffisants pour leur résister; les novateurs avaient été bien aises d'y rencontrer » de pauvres custodinos de Prêtres, serviteurs de Monsieur ou de Madame, ou bien des courtisans mondains, pouvuez de tels bénéfices par faveur, gens ignorans... » ^

En province, la situation du clergé n'était pas meilleure, et il suffit, pour s'en rendre compte, de lire le Paysan français dont l'auteur s'est donné carrière avec des peintures de

1. Remonstrances très humbles du Roy de France et de Pologne, Henry troisième de ce nom, par un sien fidelle officier et subject, sur les désordres et misères de ce Royaume, causes d'icelles, et moyens d'y pourvoir à la gloire de Dieu, et repos universel de cet Estât, 1588, p. 110 à 113.

2. ' Sur Teschaflaut, l'on y dresse des autels chargez de Croix et d'ornemens « Ecclésiaistiques, l'on y représente des Prestres revestus de surplis, mesmmes « aux farces impudiques pour faire mariages de risées : l'on y lit le texte de u l'Evangile en chant ecclésiastique pour par occasion y rencontrer un mot à « plaisir qui sert au jeu ». Il faut noter ici, avec l'auteur des Remonstrances (/foid., p. 130), que le tout était couvert par des lettres de permission royale entérinées par la Cour de Parlement et le Prévôt de Paris, malgré la défense des pasteurs ecclésiastiques.

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