Congrès, p
SOLIDARISME ET CHRISTIANISME 29
dant à un siècle entier de protestations catholiques et de protestations positivistes, professe que cette phrase primordiale : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », contient une absurdité. Or, ce fut en vain que M. Léon Bourgeois, parlant au nom du solidarisme, se flatta de ne détruire en rien l'œuvre de la Révolulion* : par cela seul qu'il affirmait, en termes excellents, que la «liberté n'est pas quelque chose d'indéfini et d'infini pouvant être revendiqué sans mesure >, que € nous ne sommes pas libres, dans la société, avant d'avoir payé aux autres ce que nous leur devons>,et qu'enfin «notre liberté ne commence qu'avec la libération de notre dette sociale * >, M. Bourgeois donnait une irréparable entorse à cet article initial de la Déclaration des droits, d'après lequel l'homme natt libre.
M. Bourgeois exposait que nous devons, par des institutions d'enseignement, d'assistance et d'assurance, travailler à réaliser entre tous les hommes ce qu'il nommait une « égalité de valeur sociale », et « les rapprocher tous, ainsi, du point où ils pourraient contracter librement les uns avec les autres, sans autre inégalité que celle qu'il ne dépend pas de la volonté humaine de faire disparaître * » ; et de pareilles déclarations dépassaient singulièrement l'étroit horizon des hommes de la Constituante, qui, dupes ou captifs de leur phraséologie, croyaient avoir tout fait pour le bien-être social en proclamant que les hommes « naissent » égaux en droit. A cette date de 1900, M. Ferdinand Buisson n'avait encore rien d'un socialiste ; et sa parole retentit, à plusieurs reprises, pour conjurer le Congrès de ne point « désavouer les idées fondamentales de la philosophie libérale et