Sicard, op. cil., III, p
uns et les autres raisonuaient avec correction. Ils étaient en désaccord, en fait, sur la façon d'interpréter le formidable soubresaut qui venait d'ébranler le monde ; et ce qui se débattait entre eux, sans que les uns ni les autres osassent formuler en termes aussi nets ce problème troublant, c'était de savoir si la Révolution était, oui ou non, un fait acquis.
S'il y avait un endroit en Europe où Ton ne pou-» vait, à cette question, répondre par un oui, cet ' endroit devait être la cour du futur Louis XVIII. On y considérait la doctrine politique de la légitimité comme si étroitement attachée au Credo chrétien, qu'on n'éprouvait aucune gêne à traiter les évoques en fourriers de la monarchie, et qu'on ne prenait aucunes formes oratoires pour la rédaction de leurs feuilles de route. Le roi fit à cet égard trois essais successifs. De Vérone, en mars 1796, il écrivit aux évoques pour leur proposer la formation d'un conseil de dix prélats dépositaires des pouvoirs de l'épiscopat, choisis par leurs collègues à la pluralité des suffrages, et chargés de « fixer l'opinion commune du clergé de France sur les matières les plus importantes au rétablissement de la religion, diriger les pasteurs de second ordre, solliciter la sanction du Saint-Siège aux principes qu'ils auraient arrêtés, et concerter avec le roi les mesures les plus propres à accélérer la restauration de l'autel et du trône S > Cette proposition, qui eût subordonné l'Église de France à une sorte de Conseil des Dix, étranger à toute règle canonique, rencontra peu d'assentiments. Mais au début de Tannée suivante, Louis XVIII, sans se lasser, réclama l'intervention des évêques pour la bonne composition des assemblées primaires : il leur fit demander, écrit M. Sicard,« d'envoyer